Crédit : Romain S. Donadio

On a discuté avec les programmateurs de Dour… Et ils vous offrent votre pass cinq jours !

Solange, Vital­ic, NAS, Phoenix, Metron­o­my, De La Soul, PNL, Jus­tice, Manu Le Malin, Jag­war Ma, The Kills, Nina Krav­iz… N’en jetez plus ? Déchiffr­er le line-up de Dour est chaque année un défi : qui retenir, qui citer en tête d’af­fiche, qui aller voir absol­u­ment par­mi les 250 groupes pro­gram­més au fes­ti­val belge, revenant cette année pour sa 29ème édi­tion, du 12 au 16 juil­let ? On a envie de ne don­ner qu’un seul con­seil : débrouillez-vous. Ou, plus sérieuse­ment, laissez-vous porter selon vos envies du moment. Car c’est tout l’in­térêt de Dour : en spé­cial­isant ses scènes (la Jupil­er Boom­box plutôt hip-hop, le Dub Cor­ner et son — vous l’au­rez dev­iné — dub, la Red Bull Elek­tro­pe­dia Balza­al et ses sets tech­no et house, le Labo pour les décou­vertes…), le fes­ti­val per­met à ses spec­ta­teurs de voguer de style en style, en fonc­tion de l’humeur, en tablant tou­jours sur des artistes et groupes à l’im­age à peu près indé — pas d’El­ton John ou de Metal­li­ca à Dour, donc. Dans les faits, on pour­ra par exem­ple cette année être envoûté par le live de Trentemøller… Pour, en quelques enjam­bées, aller ensuite se retourn­er les semelles sur la drum&bass de Nois­ia. On a dis­cuté de cet art du grand écart avec Alex Stevens et Math­ieu Fon­sny, les deux pro­gram­ma­teurs du festival.

Mais avant cela, place aux cadeaux ! Dour et Tsu­gi vous font gag­n­er un pack excep­tion­nel : un pass 5 jours (camp­ing inclus) pour deux per­son­nes. Les deux veinards pour­ront égale­ment se servir à hau­teur de 250 euros (!!!) par­mi tout le beau mer­chan­dis­ing du fes­ti­val (exem­ple ci-dessous), et auront des petits tick­ets bois­sons et repas… De quoi pass­er une semaine belge dans les meilleures con­di­tions possibles. 

Pour les gag­nants suiv­ants, il y a égale­ment deux pass pour deux per­son­nes à chop­er, pour le jour de votre choix. Et oui, c’est un con­cours de fous furieux. Pour y par­ticiper, rien de plus sim­ple : envoyez un petit mot doux à l’adresse [email protected], accom­pa­g­né d’un gif ou d’un mon­tage qui représente Dour pour vous. N’ou­bliez pas de met­tre “con­cours Dour 2017” en objet de mails pour être sûr que votre par­tic­i­pa­tion soit prise en compte. A vos Pho­to­shops, à vos Paint, on attend vos créations !

L’o­rig­i­nal­ité de Dour, c’est que vous pro­posez une pro­gram­ma­tion très large, allant de Solange à du met­al, sans non plus tomber dans l’écueil du fes­ti­val fourre-tout et sans cohérence. Cela tient évidem­ment au fait que cha­cune des sept scènes est spé­cial­isée, comme s’il y avait sept fes­ti­vals en un. Mais d’où vient cette volon­té d’éclectisme ?

Alex Stevens : C’est l’his­toire de Dour qui fait ça. Quand le fes­ti­val a com­mencé dans les années 90, il y avait déjà de gros rendez-vous en Bel­gique – ça a tou­jours été un pays de gros fes­ti­vals, avec le Pukkelpop ou le Rock Wer­chter. Ce n’é­tait pas évi­dent d’avoir les gros artistes face à ça. L’idée de Car­lo Di Anto­nio, le fon­da­teur, a été d’aller chercher tous les sous-genres qui n’é­taient pas exploités par ces gros fes­ti­vals. Il a fait venir du hip-hop, avec déjà De La Soul en 91, et a mon­té une scène élec­tro dès 96, en parte­nar­i­at avec le Fuse, un club emblé­ma­tique de Brux­elles – ça ne se fai­sait pas tant que ça à l’époque, les fes­ti­vals étaient plutôt portés sur le rock. Puis il a vu qu’il n’y avait pas vrai­ment de reg­gae non plus, et a instal­lé une scène spé­ciale. Même chose avec le rap français, qui ne venait pas tant que ça en Bel­gique. C’é­tait assez inno­vant à l’époque. Aujour­d’hui, le fes­ti­val a gran­di, on arrive à avoir les grands noms. On n’a tou­jours pas les groupes évi­dents bien sûr, comme Radio­head ou Arcade Fire, qui arrivent à ven­dre plein de tick­ets. Mais de toute façon on n’en a pas vrai­ment envie. Par con­tre, cer­tains sont en tête d’af­fiche chez nous avant de l’être ailleurs, comme Flume qui est venu quand il était encore tout petit – aujour­d’hui, quand il veut faire un grand fes­ti­val, il va le faire à Dour. Les Jus­tice aus­si ont été invités chez nous il y a dix ans, ils revi­en­nent cette année. On s’est créé nos pro­pres têtes d’af­fiche. Donc Dour, c’est ça : des styles musi­caux qu’on ne voit pas dans les fes­ti­vals général­istes, avec aujour­d’hui des grands noms qui revi­en­nent chez nous car on les a invités au début de leur carrière.

Math­ieu Fon­sny : Il y a un mot d’or­dre chez nous : “alter­natif”. On garde ça en tête. On n’a pas gran­di en se payant de gross­es têtes d’af­fiche, mais plutôt en enfonçant le clou sur toutes les cul­tures alternatives.

Vous citez Radio­head comme gros noms, mais il y a bien plus com­mer­cial non ?

Alex Stevens : Au niveau musi­cal c’est sûr, mais ça reste un des groupes qui vend le plus de tick­ets pour les fes­ti­vals européens.

Math­ieu Fon­sny : Mais plutôt que de s’of­frir un Radio­head, je préfère vrai­ment inviter 50 groupes qui, mis bout à bout, auront beau­coup plus d’é­chos chez nos fes­ti­va­liers. En plus, si tu habitues les gens à avoir un très grand nom, il faut pro­pos­er une énorme tête d’af­fiche chaque année.

Alex Stevens : Et si tu fais ça, les gens vien­nent pour le nom, pas pour le fes­ti­val. Or, les gens dis­ent “je fais Dour”. Pas “je vais voir Radio­head à Dour”.

Il y a tout de même de gross­es têtes d’af­fiche cette année, comme M.I.A. ou Solange… Pour une pro­gram­ma­tion assez fémi­nine. C’est une volon­té assumée ?

Alex Stevens : Oui, on essaye. Selon les styles musi­caux, c’est plus ou moins faciles : sur la scène dub par exem­ple, il faut faire un effort. Mais c’est pos­si­ble, on a fait pas mal de recherch­es et on a invité LMK et Mo’ Kalami­ty. Aus­si, le same­di soir, on a un plateau qua­si 100% féminin (excep­té Mall Grab) sur la scène du Labo, avec Marie David­son, Demi­an Licht et DJ AZF. On ne se met pas de quo­ta, on pro­gramme ce qu’on aime avant tout, mais on essaye en effet d’être atten­tif à la parité.

Crédit : Lau­rent Gélise

Une des nou­veautés cette année, c’est la Can­ni­bal Stage qui change de nom pour devenir La Cav­erne. Pourquoi ?

Alex Stevens : La Can­ni­bal Stage était la scène met­al et hard­core, des sous-genres peu exploités par les autres fes­ti­vals. Mais on s’est ren­du compte qu’avec le Hellfest, le Graspop ou aujour­d’hui le Down­load Fes­ti­val, trois événe­ments qui se tien­nent en juin, tous ces groupes là ne sont plus en Europe en juil­let. Il faudrait qu’on paye très très cher pour les faire venir en avion. Et puis le pub­lic met­al est un pub­lic par­ti­c­uli­er, qui ne vient voir que ça. Or on avait un peu de mal à se renou­vel­er sur la pro­gram­ma­tion car les groupes ne sont tout sim­ple­ment pas dans le coin. Du coup, on a décidé de faire une scène de rock dur certes, mais plus ouverte. Il y aura bien sûr du met­al avec Amen­Ra par exem­ple, mais il y aura aus­si The Kills, ou des ambiances plus garage avec Han­ni El Khat­ib. L’idée était d’ex­plor­er une ver­sion plus large du rock dur, qui peut être aus­si appré­ciée par des gens qui écoutent de l’indie. Le mot d’or­dre du fes­ti­val étant l’ou­ver­ture d’e­sprit, on part du principe que notre fes­ti­va­lier “lamb­da” appré­cie autant écouter The Kills que Trente­moller… Ou que Damso !

En par­lant de Damso, cette nou­velle scène rap belge est pas mal représen­tée sur le fes­ti­val cette année. Comme expli­quer cette scène à des gens qui n’y con­nais­sent rien du tout ?

Math­ieu Fon­sny : His­torique­ment, comme le rap québé­cois ou le rap suisse, on est en Bel­gique les petits bâtards du rap français. Face à votre gigan­tesque scène rap, qui est une tra­di­tion chez vous, on a tou­jours été dans l’om­bre, même si on a eu un petit âge d’or avec De Puta Madre, Rival ou Starflam dans les années 90. Et puis il y a eu un creux. Non pas qu’il ne se pas­sait rien, mais par­fois tu as besoin qu’il y ait plusieurs per­son­nes qui fassent la même chose au même moment et qui col­la­borent, afin de créer une effer­ves­cence. Il y a qua­tre ans, un groupe appelé La Smala a remis le rap belge sur le devant de la scène, et beau­coup de groupes ont été créés suite à ça. Je peux t’en citer au moins une dizaine, entre Romeo Elvis, Caballero & Jean­Jass, L’Or du Com­mun, Le 77, Zwan­gere Guy, Hamza, Damso… Toutes les villes de Wal­lonie sont représen­tées, et on les a très vite mis en avant, en invi­tant la Smala dès 2014 par exem­ple. On essaye avec Dour d’être pre­scrip­teur des cul­tures alter­na­tives, surtout celles de notre pays… Ce serait quand même con de ne pas les met­tre à l’hon­neur ! On leur a alors demandé de met­tre en place une créa­tion spé­ciale pour le fes­ti­val cette année, “Brux­elles arrive”. Romeo Elvis, Caballero et Jean­Jass ont créé leur pro­pre show, exclusif au fes­ti­val. On avait déjà fait quelque chose comme ça l’an­née dernière avec le grime : plutôt d’in­viter unique­ment Skep­ta comme tout le monde, on a fait venir sept ou huit artistes grime.

Est-ce qu’il y aura un autre live un peu spé­cial cette année ?

Alex Stevens : On fait venir Binkbeats. C’est un mec qui débar­que avec un petit camion rem­pli d’in­stru­ments. Il a ses pro­pres com­po­si­tions mais il reprend aus­si Aphex Twin ou Fly­ing Lotus. Ça prend trois voire qua­tre heures d’in­stal­la­tion, ça fait plusieurs années qu’on souhaite le faire mais c’est com­pliqué à met­tre en place. Cette année c’est bon, on peut enfin le faire venir à 19 heures le mer­cre­di, en ouver­ture du fes­ti­val, comme ça on a toute l’après-midi pour l’installer.

Math­ieu Fon­sny : C’est assez incroy­able ce qu’il fait. Il est entouré de dizaines d’in­stru­ments, de cloches, de vibra­phones, et il enreg­istre des loops. Et il refait “Win­dow Lick­er” à lui tout seul !

Ce qui sur­prend quand on vient à Dour pour la pre­mière fois, out­re l’im­men­sité du lieu et la pro­gram­ma­tion, c’est l’am­biance hyper bon enfant, ryth­mée par les “doureeeeeuh” criés pen­dant tout le week-end. Com­ment faites-vous pour installer cet esprit sur le fes­ti­val ?

Alex Stevens : Ça passe par beau­coup de com­mu­ni­ca­tion, en insis­tant sur le fait que Dour doit être une bulle. On essaye que les gens vien­nent à Dour en oubliant leurs dif­férences, de classe sociale ou d’o­rig­ine géo­graphique, pour écouter et décou­vrir des groupes, tout en faisant gaffe aux autres – on est dans un milieu fes­tif, donc on répète régulière­ment à nos fes­ti­va­liers de faire un peu atten­tion à leurs voisins, à ce qui se passe autour d’eux. Tu vas en fes­ti­val, en feria ou au car­naval, car c’est un défouloir. Tu veux tout oubli­er, tu te déguis­es, t’y vas avec tes potes. Les gens qui vont à un fes­ti­val juste pour aller voir Radio­head, ils vont sim­ple­ment voir un con­cert en extérieur plutôt que dans une salle. Ici, on essaye de créer un fes­ti­val dans le vrai sens du terme.

Ce sera la tren­tième édi­tion de Dour l’an­née prochaine, vous y pensez déjà ?

Alex Stevens : Générale­ment, on pré­pare l’édi­tion d’après pen­dant le fes­ti­val : on prend des notes, on réflé­chit aux amélio­ra­tions. On se repose, et on revient en sep­tem­bre pour dis­cuter de tout ça. On a déjà prévu quelques petites choses, mais rien n’est acté pour le moment.

Crédit : Joseph Havenne

(Vis­ité 1 958 fois)