đŸ€– On Ă©tait au dernier live de Kraftwerk en Belgique : Tsugi vous raconte tout

Kraftwerk, Lok­erse Feesten, Lok­eren (Bel­gique)

Le lĂ©ger crĂ©pite­ment d’un comp­teur Geiger se dis­tille dans les enceintes. Kraftwerk entame “Radioac­tiv­i­ty”, morceau phare du rĂ©per­toire du groupe de DĂŒs­sel­dorf. PlacĂ© au cen­tre de la setlist, ce titre majeur bĂ©né­fi­cie d’une sono boost­ée : la sec­onde par­tie du show va gag­n­er en puis­sance et en impact sur un pub­lic un peu mol­las­son. Avant cela, les Alle­mands ont alignĂ© plusieurs clas­siques comme “Home Com­put­er”, “The Man Machine” ou “Auto­bahn”. Mais la foule du Lok­erse Feesten, plusieurs mil­liers de per­son­nes, est plutĂŽt calme, hap­pĂ©e par l’immense Ă©cran au fond de la scĂšne qui dif­fuse des images 3D. Chaque spec­ta­teur s’est vu remet­tre Ă  l’entrĂ©e du fes­ti­val des lunettes en car­tons avec des “ver­res” spé­ci­aux pour apprĂ©ci­er cette illusion.


Kraftwerk “Radioactivity” — Dolina Charlotty, Pologne, aoĂ»t 2022

Le show de Kraftwerk est avant tout visuel et sonore, dĂ©cli­nai­son du con­cept esthé­tique Gesamtkunst­werk (“oeu­vre d’art totale” en alle­mand). Visuel car l’écran trans­porte dans des graphismes sev­en­ties con­ceptuels – une force du groupe depuis tou­jours – aux lignes sim­ples et effi­caces. La mise en scĂšne se com­plĂšte avec qua­tre pupitres au devant de la scĂšne et, der­riĂšre, les qua­tre musiciens/techniciens. Sur la gauche on peut recon­naĂźtre Ralf HĂŒt­ter, 75 ans, crĂ©a­teur et leader du groupe (l’autre tĂȘte pen­sante his­torique de Kraftwerk, Flo­ri­an Schnei­der, avait quit­tĂ© la for­ma­tion en 2008 et est dĂ©cĂ©dĂ© en 2020). Mais, Ă  part HĂŒt­ter, qui sont les trois autres hommes ?

Peu importe. Car la force de Kraftwerk rĂ©side avant tout dans l’esthĂ©tique sonore. Et le groupe a un rĂ©per­toire dĂ©men­tiel. Comme seule­ment quelques for­ma­tions dans l’histoire de la musique des cinquante derniĂšres annĂ©es (Vel­vet Under­ground, Joy Divi­sion, etc.), il a bous­culĂ© la planĂšte pop, inven­tant de nou­veaux sons, crĂ©ant un nou­veau genre. Son influ­ence est majeure et sans Kraftwerk, la tech­no n’aurait pas Ă©tĂ© la mĂȘme. Pour­tant, le quatuor alle­mand reste en 2022 un groupe Ă  la notoriĂ©tĂ© presque under­ground. Il ne joue pas dans des stades, s’intercale par­fois dans des pro­gram­ma­tions de grands fes­ti­vals, comme Ă  Rock en Seine dans quelques jours, mais ce n’est pas un head­lin­er, ou se retrou­ve dans des fes­ti­vals de moin­dre Ă©chelle. Comme lors de ses dates rĂ©centes au Dane­mark (Smuk­fest) ou en Pologne (Dolina Charlotty).

L’autre soir, Kraftwerk jouait donc Ă  Lok­eren, com­mune situĂ©e entre Gand et Anvers, lors de ces Lok­erse Feesten qui s’étalaient sur dix soirĂ©es et accueil­laient en tĂȘtes d’affiche aus­si bien The Black Eyed Peas que Judas Priest, Dami­an Mar­ley que Kings Of Leon.


Kraftwerk “Tango” — Live Ă  Milan, mai 2022

Pour dop­er l’affiche autour des Alle­mands, le fes­ti­val avait con­viĂ© 2manydjs en live – qui a clέturĂ© la soirĂ©e — ain­si que quelques artistes proches des frĂšres Dewaele comme Tiga, Asa Moto ou encore Char­lotte AdigĂ©ry & Bolis Pupul. Ce duo s’est par­ti­c­uliĂšre­ment fait remar­quer sur la grande scĂšne avec son Ă©lec­tro soul pop col­orĂ©e et fĂ©dĂ©ra­trice. Pas facile pour­tant, de jouer avant cette insti­tu­tion qu’est Kraftwerk. Mais le duo a relevĂ© le dĂ©fi avec beau­coup de fraĂźcheur et d’enthousiasme. AprĂšs lui, le quatuor de DĂŒs­sel­dorf a servi une heure et demie de show mil­limĂ©trĂ© oĂč les images rĂ©pon­dent aux mots scan­dĂ©s par Ralf HĂŒt­ter aus­si bien en alle­mand, qu’en anglais ou en français.

Kraftwerk n’est claire­ment pas un groupe fes­tif et les qua­tre hommes figĂ©s der­riĂšre leurs pupitres en tĂ©moignent. Pour­tant sa musique froide et cĂ©rĂ©brale est ensor­ce­lante. C’est tout un pan de l’histoire des musiques syn­thé­tiques et Ă©lec­tron­iques qui se joue devant nous avec des morceaux Ă©tirĂ©s en ver­sion longue et sou­vent redy­namisĂ©s avec des beats plus tech­noĂŻdes. Notam­ment “Tour de France”, “The Robots” ou “Musique Non Stop”. Tous les morceaux du show, issus de sin­gles ou d’albums mythiques pub­liĂ©s lors des annĂ©es 1970 et 1980, pro­posent alors un voy­age dans le temps. Une odyssĂ©e sen­sorielle incomparable.

Olivi­er Pernot

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