© Bartosch Salmanski

Ososphère 2022, l’utopie électronique

À Stras­bourg, une édi­tion extrême­ment riche et réussie des Nuits de l’Ososphère avec des dance­floors bondés, des expos innom­brables et le quarti­er de la Lai­terie trans­for­mé en cité de l’art, de la musique et de la fête. Nous y étions, d’autant que Tsu­gi y célébrait aus­si ses 15 ans. 

Le quarti­er est bouclé, mais ce n’est pas pour une opéra­tion poli­cière. C’est pour faire la fête. On danse, tout autour de la Lai­terie et dans ses salles de con­certs et d’expositions ouvertes en 1994 par la ville de Stras­bourg et gérée depuis par l’association Arte­fact. Ce sont les Nuits de l’Ososphère, que les lecteurs de Tsu­gi con­nais­sent bien puisqu’elles mari­ent musique élec­tron­ique et art numérique d’une manière vrai­ment orig­i­nale depuis la fin des années 90, et que nous les avons régulière­ment évo­quées. C’est au nom de ce com­pagnon­nage his­torique que Tsu­gi y a fait escale ven­dre­di pour fêter son quinz­ième anniver­saire en com­pag­nie de Mo Lau­di, le rési­dent de Tsu­gi Radio au son afro­house tou­jours eupho­risant, et des col­lec­tifs Camion Bazar et la Mamie’s qui se sont affron­tés jusqu’à l’aube dans un B2B totale­ment jouis­sif, dont la diver­sité des sonorités et l’énergie vitale partage nos valeurs musicales.

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© Bar­tosch Salmanski

Alors qu’elle est si sou­vent rejetée en périphérie, à Stras­bourg la musique a encore le droit de cité en ville dans le quarti­er de la Lai­terie, à dix min­utes à pied de la gare. Un quarti­er où la mix­ité sociale est encore forte et où les habi­tants ont depuis longtemps adop­té l’Ososphère. D’ailleurs, comme le racon­te Thier­ry Danet de l’association Arte­fact “les riverains sont de moins en moins nom­breux à souhaiter être rel­ogés durant les Nuits de l’Osophère. Ils se sont appro­priés l’évènement”.

Mais de quoi est-ce qu’il s’agit exacte­ment ? De musique évidem­ment avec qua­tre dance­floors sur lesquels on a retrou­vé dans les nuits de ven­dre­di et same­di, Mila Diet­rich (elle aus­si rési­dente de Tsu­gi radio), Maud Gef­fray, NTO, Dj Vadim, Fakear, Break­bot & Irfane, Meute, Gargän­tua ou encore Traumer. Un pro­gramme qui a fait le plein, au point qu’il était par­fois dif­fi­cile d’entrer dans les salles ou d’y rester trop longtemps. Tous ceux qui ont essayé d’approcher les platines de Jeff Mills com­pren­dront. Mais pour ceux qui ont réus­si à se faire une place en arrivant tôt, le spec­ta­cle a été à la hau­teur de sa répu­ta­tion. Le vétéran de Detroit a enchaîné avec sou­p­lesse et élé­gance sur cdj et vinyle quelques tracks de tech­no bien sen­tis, alors que sa fameuse TR808 ajoutait un sacré swing à l’ensemble.

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Mais de toute manière, durant l’Ososphère le spec­ta­cle est partout. C’est une véri­ta­ble ville nou­velle qui sort de terre durant le fes­ti­val, avec ses façades d’immeubles qui ser­vent d’écran de pro­jec­tion ou d’écrin pour des œuvres de street art. On se croirait un peu dans Blade Run­ner, la pluie en moins, la joie en plus. Une soix­an­taine d’installations de tous gen­res étaient présen­tées autour des dance­floors et elles restent d’ailleurs acces­si­bles en journée jusqu’au 2 octo­bre. Il y en avait partout, des œuvres orig­i­nales créées pour l’occasion par des artistes avec qui l’équipe d’Artefact a noué des liens solides ou des œuvres déjà mon­trées à d’autres occa­sions… Comme cette instal­la­tion réal­isée pour l’exposition élec­tro à la Phil­har­monie de Paris en col­lab­o­ra­tion entre Lau­rent Gar­nier, qui a com­posé une série de playlist thé­ma­tiques retraçant l’histoire de la tech­no, que l’équipe de 1024 Archi­tec­ture a mis en lumière. Mais comme le dit Thier­ry Danet : “On ne fait pas une expo­si­tion d’art con­tem­po­rain, ce n’est pas notre truc, on ne sait pas faire, mais on essaye de con­stru­ire un réc­it et de présen­ter les œuvres dans un con­texte ouvert où elles peu­vent plus facile­ment séduire le plus grand nom­bre. Ososphère pour moi, c’est comme une pochette de disque, tu peux y faire de l’art con­tem­po­rain mais cela reste une pochette de disque. Ici, tu peux présen­ter des œuvres très pointues, cela reste une grande fête musicale.”

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Belle déf­i­ni­tion. D’ailleurs, man­i­feste­ment à l’Ososphère, tout le monde prend autant de plaisir à danser qu’à déam­buler par­mi les créa­tions artis­tiques de cette ville utopique à l’allure de gigan­tesque dance­floor visuel. Out­re le set à l’esprit joyeuse­ment disco-pop de Break­bot et Irfane et la tech­no sans con­ces­sion au clin d’œil punk-rock de Mila Diet­rich, Gargän­tua qui fait chanter à tue-tête la salle de l’Abysse sur leur tube “Immoral et Illé­gal” et le col­lec­tif Con­tre­façon qui a offert dans la nuit de same­di un grand revival big beat, avec édit des Chem­i­cal Broth­ers et un fin­ish hap­py hard­core trancey, une de nos œuvres non-musicales préférées a été celle de Pas­cal Dom­bis. L’artiste habitué des galeries pres­tigieuses, pro­je­tait sur la façade d’une mai­son, un invraisem­blable mon­tage en vitesse accélérée des dernières sec­on­des de films en forme de cut-up ciné­matographique pas­sant du tech­ni­col­or au noir et blanc, d’Hiber­na­tus avec De Funès à M*A*S*H de Robert Alt­man ‑et tant d’autres- sans que jamais les mots The End ne soient réels. Men­tion spé­ciale égale­ment aux ‘Céramix’ de Stéphane Kozik, une col­lec­tion ‘d’assiettes musi­cales’ placées comme des vinyles sur des platines, et dont les aspérités jouent une bien drôle de musique.

 

Meilleur moment : Se promen­er dans la nuit de ven­dre­di avec Mo Lau­di et le voir être félic­ité par de nom­breux fes­ti­va­liers qui décou­vraient son set euphorisant.

Pire moment : Tou­jours un peu frus­trant de ne pas pou­voir approcher un dance­floor vic­time de son succès.

 

Alex­is Bernier et Luc Leroy

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