© Dan Medhrust

Otherliine (George FitzGerald x Lil Silva) reviennent sur leur bijou d’album entre house et pop

Chronique du pre­mier disque éponyme d’Other­li­ine (George FitzGer­ald & Lil Sil­va), déjà disponible.

Pren­dre son temps est le moyen le plus sûr d’arriver à son but. C’est ce qu’ont bien com­pris les deux Anglais George FitzGer­ald et Lil Sil­va. Le pre­mier, créa­teur d’une elec­tron­i­ca légère et rêveuse, a pub­lié deux albums chez Dou­ble Six, fil­iale de Domi­no. Le sec­ond, après avoir été une fig­ure de la UK funky à la fin des années 2000, s’est recon­ver­ti en pro­duc­teur elec­tro et pop, en par­tic­i­pant notam­ment à la pro­duc­tion d’un titre de l’album 25, d’Adele, aux côtés de Mark Ron­son. À eux deux, ils sont devenus Oth­er­li­ine : “Ce n’est pas 50 % George et 50 % Lil Sil­va, c’est une troisième entité” déclare George. Un duo de house mélodique et aéri­enne aux accents pop, qui a pub­lié le 31 jan­vi­er un pre­mier disque éponyme de sept pistes, un véri­ta­ble petit bon­bon sucré sans aucun addi­tif.

Les bases du duo remon­tent à 2016, lorsque Sil­va com­mande un remix de son titre “Lines” à George FitzGer­ald. Ce dernier, à l’écoute des pistes séparées, est impres­sion­né par le chanteur, pour­tant très en retrait dans le mix final. C’est en décou­vrant avec sur­prise que cette voix n’est autre que celle de Sil­va lui-même qu’il l’invite ensuite à pos­er sa voix haut-perchée sur le titre “Roll Back” sur son album All That Must Be, sor­ti en 2018. Très vite, l’envie de pour­suiv­re cette col­lab­o­ra­tion mène à la nais­sance du pro­jet Oth­er­li­ine, nom faisant référence au titre qui a provo­qué la nais­sance du duo. La genèse du pro­jet est notam­ment racon­tée dans un bref doc­u­men­taire tourné par Joe Mar­shall pen­dant l’en­reg­istrement du disque.

Ce n’est pas 50 % George et 50 % Lil Sil­va, c’est une troisième entité

Art­work

Les ses­sions ont eu lieu tan­tôt dans le stu­dio de George dans le Sud-Est de Lon­dres tan­tôt dans le stu­dio Lil Sil­va à Bed­ford, à une heure au nord de la cap­i­tale anglaise. Durant l’écriture, le duo a choisi de ne se pli­er qu’à deux règles. La pre­mière : “Je ne chante pas” s’amuse George. La sec­onde : ne pas se press­er, pren­dre son temps jusqu’à ce que la musique soit fin prête, sans penser aux médias, label, ou toute autre source de pres­sion. “On voulait que le proces­sus créatif soit naturel, libéré de toute influ­ence extérieure” nous explique George. Aucun rôle pré­cis n’est défi­ni, la musique vient comme elle vient. Un sen­ti­ment qui revient à l’écoute : les pistes évolu­ent avec flu­id­ité, chaque élé­ment est par­faite­ment à sa place pour pro­cur­er un plaisir immé­di­at, nous por­tant à la fois vers la transe de la house et la gris­erie immé­di­ate de la pop.

Trou­ver son style prend du temps.

Ce plaisir de la créa­tion repose aus­si sur le chant de Lil Sil­va. “J’ai vrai­ment essayé d’expérimenter, de m’amuser avec ma voix”, lui qui lais­sait jusque-là le chant en arrière-plan de ses pro­duc­tions. Ici, sa voix se retrou­ve partout : en lead, mais aus­si dis­séminée en mul­ti­ples har­monies et per­cus­sions dans chaque piste. Une manière de tra­vailler qui change des habi­tudes de cha­cun : “Quand on a fait nos débuts, vers 2007, il n’y avait que des tracks instru­men­taux autour de 130 BPM et très peu de chant”, racon­te George.

Cepen­dant, arriv­er à un niveau de lâcher-prise suff­isant pour trou­ver cette fraîcheur prend du temps. “Nous avons tous les deux l’habitude de tra­vailler seul, et la pre­mière chose qu’il a fal­lu appren­dre était com­ment faire con­fi­ance l’un à l’autre” explique Lil Sil­va. Pour résumer : “Trou­ver son style prend du temps.” Et ce style lui-même sem­ble ain­si hors du temps : les boucles musi­cales for­ment un mate­las pour notre con­science qui se laisse bercer par les rythmes house et les sonorités aéri­ennes. Les deux inter­ludes en par­ti­c­uli­er sont des moments de calme total, et même les pistes plus dynamiques comme “Chimes” et “Where We Get To” sont d’une grande douceur, se per­me­t­tant même des moments de sus­pen­sion inat­ten­dus. Cohérent de bout en bout, le disque réus­sit à apporter beau­coup de sérénité sans tomber dans la tor­peur de l’ambient : la ryth­mique énergique vient tou­jours nous trans­porter naturelle­ment vers la danse.

Le duo compte bien pour­suiv­re sa col­lab­o­ra­tion, et pré­pare en ce moment une for­mule live. Un nou­veau disque est à l’é­tude, mais la règle est tou­jours la même : ne rien press­er, pour être sûr que tout soit fait cor­recte­ment.


Le premier disque d’Otherliine est disponible sur toutes les plateformes

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