©Claire-Lise Hardant

🎪 Ouest Park : on vous raconte le festival le plus perché de Normandie

Dans l’en­ceinte du fort de Tourneville, nichĂ© sur les hau­teurs du Havre, env­i­ron 18 000 fes­ti­va­liers se sont don­nĂ© rendez-vous du 20 au 24 octo­bre pour le Ouest Park Fes­ti­val. Un retour en force après une Ă©di­tion 2020 un peu trans­for­mĂ©e Ă  cause de la crise san­i­taire. Tsu­gi s’est ren­du sur place pen­dant deux jours. Du soleil, de jeunes tal­ents, des cĹ“urs qui bat­tent et des pieds qui tapent : on vous racon­te com­ment c’était. 

En ce début de week-end, aller au Havre depuis Paris n’est pas un long fleuve tran­quille. Le train direct au départ de la cap­i­tale est bondé. Après un tra­jet ral­longé d’une heure à cause de travaux sur la ligne, un arrêt d’une ving­taine de min­utes à Rouen, on finit enfin par y arriv­er. L’hôtel se situe à deux pas de la gare. Le temps de dépos­er les affaires, deux ou trois gorgées d’eau, un bon vieux sand­wich tri­an­gle (oui oui), et c’est par­ti. Direc­tion le Ouest Park Fes­ti­val qui se situe sur les hau­teurs de la ville. Le Havre a la par­tic­u­lar­ité d’être une citée divisée en deux : la ville basse, par­tie la plus riche. Et la ville haute, secteur le plus populaire.

Ouest Park

©Mick­ael Liblin

Sur le tra­jet qui mène au Ouest Park, on peut dire qu’on est loin des ambiances d’avant-festival : les rues sont presque vides, seul deux ou trois groupes de jeunes qui déam­bu­lent nous rap­pel­lent que nous sommes bel et bien same­di soir. On est loin d’imaginer qu’à quelques cen­taines de mètres a lieu le plus grand événe­ment musi­cal de la ville et cela depuis main­tenant 17 ans. Et pour­tant, après 20 min­utes de marche et la mon­tée d’un escalier bien abrupte d’environ 700 march­es (pas eu le temps de les compter), on arrive au fort de Tourneville. Quelques fes­ti­va­liers se pressent déjà devant l’entrée du site. Au moment de récupér­er les accrédi­ta­tions, un “Vladimir Cauchemar vient d’arriver” lancé au talkie-walkie nous met déjà dans l’ambiance.

Pre­miers pas sur le site et pre­mières impres­sions Ă  chaud (ou plutĂ´t Ă  froid au vu de la tem­pĂ©ra­ture extĂ©rieure) : le Ouest Park est un fes­ti­val, comme le veut la for­mule, “à taille humaine”. On se rend compte tout de suite que, pour une fois, on sera Ă©pargnĂ© des inter­minables files d’attente qui car­ac­tĂ©risent gĂ©nĂ©rale­ment ce type d’évĂ©nement. On dĂ©cou­vre d’emblĂ©e trois scènes : les deux pre­mières sont nichĂ©es sous un chapiteau. On apprend d’ailleurs que la tem­pĂŞte de mer­cre­di soir a bien fail­li met­tre un terme au fes­ti­val. La par­tie basse du grand chapiteau s’est dĂ©tachĂ©e, ce qui a frag­ilisĂ© l’ensemble de la struc­ture. Une heure de plus et c’est la tente entière qui s’envolait. Soupir de soulage­ment de la part des salariĂ©s du fes­ti­val et des 200 bĂ©nĂ©v­oles qui tra­vail­lent d’arrache pied, pour cer­tains depuis quelques heures, pour d’autres, plusieurs mois, voire 365 jours par an. La troisième scène est, elle, situĂ©e Ă  l’intĂ©rieure du Tetris, la salle de musiques actuelles de la ville.

Assez par­lé et pas­sons aux choses sérieuses. Cette soirée s’ouvre en douceur sur la grande scène avec Ayo. Ambiance famil­iale, on sent que le week-end com­mence, les jambes peines à se dégour­dir. La chanteuse a même ramené sa tasse de thé sur scène. Mais pour un début de soirée, c’est par­fait. Avec sa voix déli­cieuse­ment soul, Ayo nous met dans un cocon pour les pre­mières chan­sons. Puis, elle dégaine une reprise de “Né quelque part” de Maxime Le Foresti­er. Un titre qui ne sort pas de nulle part puisqu’il fig­u­rait déjà sur son album Roy­al, sor­ti en 2020. Enfin, la magie opère. Les esprits et les corps s’échauffent. À peine le temps de se refroidir sur le chemin et on enchaine avec le con­cert de Sil­ly Boy Blue sur la scène du Fort. Ca y est, on entre bel et bien dans le feu de l’action, et ça fait du bien. Les fes­ti­va­liers ont eux aus­si l’air d’apprécier le moment : les ver­res se rem­plis­sent, les voix s’élèvent. Par­mi eux : des familles, des retraités et beau­coup d’é­tu­di­ants. On sent que dans une ville où l’offre cul­turelle est en pleine effer­ves­cence, le fes­ti­val rassem­ble au-delà des généra­tions. Un mélange que l’on doit sûre­ment aux prix très attrac­t­ifs de l’événement (32e pour une soirée, 52e les deux jours). Côté con­sos, même con­stat, les prix sont plus que raisonnables. La bière sans alcool est même gra­tu­ite, fait assez rare dans un fes­ti­val pour être souligné.

 

Ă€ lire Ă©galement
Interview : Silly Boy Blue, la comète que personne n’arrête

 

Une rapi­de pause repas et c’est déjà l’heure d’Hervé. “Tu vas voir, sur scène, il se donne”. Ce n’est pas la pre­mière fois que de telles paroles sont pronon­cées con­cer­nant les con­certs du chanteur. La con­fir­ma­tion vient quelques min­utes plus tard. Qu’on aime ou pas, Hervé dif­fuse une énergie bluffante pen­dant l’heure entière du show (oui, appelons-le comme ça). Il danse, joue du clavier, chante, saute, crie, monte sur les struc­tures de la scène. La liesse atteint son parox­ysme lorsqu’il dégaine une écharpe de l’équipe du Havre Ath­let­ic Club, chop­pée au stade avant son con­cert. Dans la foule, c’est l’explosion.

Ouest Park

©Mick­ael Liblin

Au Tetris, les sué­dois du groupe post-punk Via­gra Boys vien­nent de com­mencer leur con­cert. Là aus­si, pur shoot d’énergie. Les corps tran­spirent, on bal­ance de la bière sur la scène. Bref, un con­cert de rock comme on les aime. À la seule dif­férence que les morceaux du groupe sont nour­ris de déli­cieux solos de sax­o­phone, ren­dant le tout sin­gulière­ment mod­erne. À la sor­tie de la salle, le coin jeux d’arcade est plein : flip­pers, baby-foot géant… L’expression “deux salles, deux ambiances” prend alors tout son sens. Mal­gré le froid dehors, la foule se fait de plus en plus dense. À l’intérieure de la car­a­vane spec­ta­cle, qua­trième scène un peu spé­ciale du fes­ti­val, un con­cert de Pink Flamin­gos se pré­pare. La promis­cuité de la car­a­vane donne une ambiance feu­trée, qui l’est de moins en moins au fur et à mesure qu’avance la nuit. Un exem­ple con­cret nous est don­né par ce fes­ti­va­lier qui se saisit du micro et lance “Y’a‑t-il un pilote dans l’avion ?”.

 

Ă€ lire Ă©galement
Playlist : les 4 groupes les plus bandants du moment selon Viagra Boys

 

Il est 00h30, Vladimir Cauchemar sera sur la scène du fort dans 10 min­utes et déjà, le chapiteau est plein à cra­quer. Le DJ masqué déroule son set habituel (on l’avait vu en août dernier au Delta Fes­ti­val à Mar­seille) et joue avec ses rappeurs fétich­es : des remix­es de Lay­low, Soso Maness ou encore 13 Block. Certes un peu répéti­tif, mais on lui accorde, la for­mule fonc­tionne : le pub­lic est aux anges. Au Tetris, on reste dans l’électro avec Tolvy qui vient clô­tur­er la soirée. Accom­pa­g­née de ses pads, la jeune artiste présente ses pro­duc­tions : de la tech­no à la dub­step en pas­sant par la trance, avec une scéno­gra­phie impec­ca­ble. À pian­ot­er de la sorte face au pub­lic avec une dex­térité folle, Tolvy nous rap­pelle un peu Fakear (repris d’ailleurs dans son dernier track), à la dif­férence que les BPM sont rel­a­tive­ment plus élevés. On serait bien resté jusqu’au bout de la nuit, mais le set se ter­mine et, on l’avoue, cette soirée nous a bien fatigués.

Ouest Park

©Mick­ael Liblin

Au Ouest Park, la dernière journée du fes­ti­val est tou­jours gra­tu­ite. Un peu comme une tra­di­tion. Mal­gré ce dimanche ensoleil­lé, le site peine un peu à se rem­plir. À côté de la car­a­vane spec­ta­cle, la com­pag­nie “Stand 2000” fait défil­er les enfants au micro. Ambiance école de fan un peu trash avec à la clé des cadeaux de récup’. Tor­dant. Au Tetris, C’est Kar­ma nous con­firme que la musique est bien au rendez-vous aujourd’hui. Elle enchaine des solos de gui­tare et des titres aux accents élec­tro. Avec sa voix cristalline et un humour décalé, la jeune artiste arrive aus­si bien à nous impres­sion­ner en par­lant d’amour que de spaghet­tis, référence à son dernier single.

Alors qu’on sen­tait l’ambiance du dimanche pren­dre le dessus, cor­nets de glace dĂ©gustĂ©s au soleil et dis­cus­sions Ă  mi-voix en sirotant une bière, l’énergie dĂ©bor­dante de Ban­dit Ban­dit vient tout bal­ay­er d’un revers de la main. Comme pos­sĂ©dĂ©e, la chanteuse du groupe de rock pose sa voix sur des notes de gui­tare Ă©lec­trique qui font dĂ©cidem­ment beau­coup de bien en cette fin de Ouest Park. Le dĂ©mon­tage de la scène prin­ci­pale com­mence, le ciel se cou­vre, noyĂ© dans l’effervescence du fes­ti­val, on ne pen­sait plus trop Ă  ce moment fatidique. Avant de par­tir, un rapi­de pas­sage par la scène du Fort : Java donne le dernier con­cert. Le chapiteau plein Ă  cra­quer nous con­firme que Ouest Park a rĂ©us­si son pari : pro­pos­er un Ă©vĂ©ne­ment acces­si­ble et famil­ial, tout en gar­dant une pro­gram­ma­tion Ă©clec­tique et pointue, en lais­sant une place Ă©gale aus­si bien Ă  des artistes con­fir­mĂ©s qu’à de jeunes tal­ents. Durant le fes­ti­val, des nom­breuses voix auront raison­nĂ© dans l’enceinte du fort. Par­mi elles, on en entend une s’élever un peu plus que les autres : celle du retour Ă  la vie.

Ouest Park

©Claire-Lise Hardant

Ouest Park

©Mick­ael Liblin

(Vis­itĂ© 1 309 fois)