Oxia : “Je m’en suis un peu lassé, mais quand je vois la réaction des gens ça fait toujours plaisir de jouer ‘Domino’ ”

Il y a dix ans, presque tout pile, Oxia sor­tait un tube : “Domi­no”. Mais jamais, jusqu’à aujour­d’hui, le titre culte n’a été remixé. Dix ans après, grâce à l’in­flu­ence de son ami Ago­ria, Oxia a finale­ment accep­té de con­fi­er son bébé à d’autres artistes tal­entueux. Le duo Frankey & San­dri­no, Mata­dor et Robag Wruhme ont relevé le défi de repenser le tube. Quelques semaines après l’an­niver­saire de sa sor­tie et peu de temps avant son pas­sage au Cha­monix Unlim­it­ed Fes­ti­val, on s’est dit qu’il serait bon de revenir un peu sur son his­toire. Un sujet en entraî­nant un autre Oxia nous a aus­si par­lé de ses débuts et de ses pro­jets futurs.

Tu as com­mencé à mix­er à l’âge de 15 ans, ça cor­re­spond à l’âge où tu as écouté tes pre­miers sons tech­no ?

Non, vu mon age ça n’ex­is­tait pas encore. J’ai com­mencé à mix­er sur de la funk. Au début je fai­sais de la radio, j’an­i­mais une émis­sion de funk. C’é­tait un peu le moment de tran­si­tion de la funk à la house. On s’est ren­du compte plus tard que même si la house n’ex­is­tait pas encore à l’époque, il y a des morceaux funk qui sont lim­ites house.

La radio existe encore ?

Je ne sais pas du tout. J’ai fait deux émis­sions de radios dif­férentes d’ailleurs. J’ai encore des cas­settes de ces radios, il faudrait que je les retran­scrive. On pour­rait enten­dre ma voix qui com­mence à muer. Ça ne doit pas être très sexy ! Je ne sais pas si les cas­settes sont encore viables en revanche.

A ce moment-là, la scène élec­tro a com­mencé à mon­ter ?

C’est arrivé un petit peu plus tard, plus vers 92–93. C’est à ce moment qu’il y a eu les pre­mières soirées. J’ai ren­con­tré pas mal d’artistes qui tour­nent encore comme Miss Kit­tin, The Hack­er. Une bande de bons copains qui a bien marché !

Ton dernier album date de 2012, tu en sor­ti­ra un nou­veau bien­tôt ?

Oui oui il se pré­pare ! Je me rap­pelle des inter­views du dernier album où l’on me dis­ait “huit ans pour faire l’al­bum, pourquoi aus­si longtemps ?”. Je me suis dit la prochaine fois, j’es­say­erais de faire moins longtemps. Je me rends compte que ça fait déjà cinq ans ! J’ai quand même quelques trucs de prêt. J’e­spère pou­voir le sor­tir l’an­née prochaine.

Il sera dans la lignée du sec­ond album, assez calme et mélodieux ?

Oui je pense. Autant sur les EPs j’aime bien pro­duire des titres assez dance­floor, mais sur mes albums je préfère faire quelque chose de dif­férent. Faire dix ou douze tracks essen­tielle­ment pour le dance­floor je trou­ve que ça n’a pas vrai­ment d’in­térêt.

Dans quel état d’e­sprit étais-tu au moment de la créa­tion de “Domi­no” ?

C’é­tait il y a dix ans donc tu sais je ne m’en rap­pelle pas vrai­ment. Tous les jour­nal­istes me deman­dent de leur racon­ter un peu com­ment je l’ai pro­duit. A vrai dire je ne sais pas, j’é­tais nu dans mon stu­dio… non ce n’est pas vrai (rires).

Tu as pro­duit ce tube avec quels instru­ments ?

Je l’ai fait avec un Atari et des syn­thés externes. L’Atari, con­traire­ment à main­tenant où tu peux ren­tr­er chaque piste une par une, là c’é­tait un bloc. Pour les remix­es, il a fal­lu retrou­ver tout ça pour pou­voir envoy­er les par­ties aux artistes. Heureuse­ment, j’avais gardé l’Atari, le col­lec­tor ! J’ai dû tout rebranch­er pour rechercher les élé­ments, ça a pris un temps fou. En plus, j’avais seule­ment la boucle prin­ci­pale. La mémoire de l’Atari avait effacé des par­ties. Une galère…

Com­ment les artistes remixeurs ont-il été choi­sis ?

Comme le disque est pro­duit sur le label d’Ago­ria, on a choisi tous les deux. On a fait cha­cun une liste qu’on a rejoint. Ensuite on a com­mencé à deman­der aux pro­duc­teurs. Il y a pas mal de gens qui ont refusé d’ailleurs. Cer­tains ont dit “non, c’est un trop gros clas­sique”. C’est sûr que c’é­tait un risque de remix­er un track qui a tant marché et qui marche tou­jours autant. En tout cas, ceux qui ont relevé le défi ont vrai­ment réus­si !

Tu leur a don­né des direc­tives ?

Non pas du tout. Ils avaient toute ma con­fi­ance. Frankey & San­dri­no et Mata­dor ont repris les pistes alors que Robag Wruhme a car­ré­ment rejoué le morceau avec d’autres sonorités. Il en a fait plusieurs, beau­coup même, et tous très dif­férents, du pre­mier au dernier.

Tu as aus­si choisi de le retra­vailler toi-même…

J’ai beau­coup hésité à faire un remix. La plu­part des gens n’ar­rivent pas à dis­cern­er la dif­férence entre l’o­rig­i­nal et le rework (rires). Pour­tant quand tu écoutes avec atten­tion, il n’est pas pareil ! C’est exacte­ment les mêmes sons, mixés avec les pos­si­bil­ités et les out­ils de notre époque. Mais les gens ne captent pas (rires). C’est là où je regrette un peu de ne pas avoir fait de remix.

Tu aurais pu sor­tir ces remix­es sur un autre label que celui de ton pote Ago­ria ?

Avec Kom­pakt on en avait plus ou moins déjà par­lé, j’ai eu d’autres propo­si­tions de labels aus­si. A ce moment là, mes droits avec Kom­pakt étaient ter­minés je pou­vais donc faire ce que je voulais avec “Domi­no”. Ils ne devaient pas être très con­tent, mais ça s’est très bien passé, je pense qu’ils ont com­pris.

Tu aurais pu sor­tir l’EP de remix­es sur le label que tu as créé avec Nico­las Masseyef, Diver­sions Music ?

Oui pourquoi pas, mais on n’a pas les mêmes ambi­tions qu’Ago­ria avec Sapi­ens. Nous c’est plutôt créer un label pour sor­tir nos tracks quand on a envie et faire ce que l’on veut. Après on pro­duira aus­si d’autres artistes, mais c’est surtout pour avoir une plate­forme.

Tu le joues encore ?

Oui je suis un peu obligé, les gens me le demande. Je m’en suis un peu lassé, mais quand je vois la réac­tion des gens ça fait tou­jours plaisir. Ça m’é­tonne encore, mais c’est tou­jours le feu. C’est le même principe que des vieux groupes de rock, trente ans plus tard ils jouent tou­jours leurs plus gros tubes et les gens sont tou­jours aus­si heureux. Je joues les remix­es aus­si main­tenant !

Oxia sera au Cha­monix Unlim­it­ed Fes­ti­val aux côtés de la crème de la tech­no et de la house. Du 5 au 9 avril, les fes­ti­va­liers auront le choix entre Ben Klock, Mar­cel Dettmann, Hen­rik Schwarz, Kon­stan­tin Sibold, Rod­had, Vital­ic ou encore Ker­ri Chan­dler.

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