Ariel Pink à la Machine du Moulin Rouge. Crédit photo : Hellena Burchard

Paris Psych Fest : le rock psyché donne le sourire à la capitale

Com­pliqué d’or­gan­is­er un fes­ti­val à l’in­térieur de Paris. Pour­tant, depuis sa créa­tion, Paris Inter­na­tion­al Fes­ti­val Of Psy­che­del­ic Music — auquel on préfér­era son rac­cour­ci Paris Psych Fest — relève le défi avec brio. Pour fêter son cinquième anniver­saire, le rock psy­chédélique a envahi le XVI­I­Ième arrondisse­ment du same­di 1er sep­tem­bre au mar­di 4 sep­tem­bre mal­gré une pause le lun­di suite à l’an­nu­la­tion de la soirée avec Dead Sea et Saint DX. Un contre-temps qui coupera mal­heureuse­ment le fes­ti­val en plein milieu mais n’empêchera pas d’en­chanter les spec­ta­teurs pen­dant trois jours.

Dans le mag­nifique cadre de la Machine du Moulin Rouge, le pre­mier soir annonce la couleur. Entre un ate­lier cus­tomi­sa­tion de tote bags Dr. Martens et chi­nage de vinyles, les groupes se suc­cè­dent sans temps mort entre la scène prin­ci­pale — habil­lée d’une instal­la­tion de télévi­sions dif­fu­sant dif­férentes images signée ≈sheglitchr — et celle de la chauf­ferie, au sous-sol. Pen­dant qua­tre heures, de Th Da Freak à Volage, les yeux se fer­ment, les sourires se dressent et les bras ond­u­lent au rythme des mélodies à la fois planantes et enivrantes. Ici, les instru­ments pren­nent le dessus et les voix devi­en­nent instru­men­tales, les paroles inaudi­bles. Pour nous aider, le chanteur de Vox Low dévoil­era les dif­férents thèmes des morceaux. Jolie attention.

Vient enfin le tour d’Ariel Pink, atten­du comme le Messie. Change­ment d’am­biance direct : le Cal­i­fornien et sa mas­sue à pic envahissent la scène et la salle en l’e­space de dix sec­on­des. Et ce ne seront pas les fans des pre­miers rangs qui diront le con­traire : à plusieurs repris­es, le chanteur posera ses pieds sur leurs têtes et n’hésit­era pas une sec­onde à leur bal­ancer les télés de l’in­stal­la­tion — vite récupérées par la sécu­rité. Au fond de la salle, tan­tôt la sur­prise, tan­tôt l’ad­mi­ra­tion pren­nent pos­ses­sion des vis­ages, mais tou­jours dans l’a­muse­ment. Avec un spec­ta­cle aus­si vio­lent que sa musique — qu’il ampli­fie à coups de micro col­lé aux enceintes -, Ariel Pink a mon­tré ce qu’est un spec­ta­cle de rock, un vrai. Son loufoque acolyte cho­riste et ses dans­es endi­a­blées vont d’ailleurs bien nous manquer.

Petit Fan­tôme à la Sta­tion — Gare des Mines. Crédit pho­to : Emi­lie Mauger

Loin de la folie d’Ariel Pink, le dimanche après-midi voit le calme repren­dre le dessus dans le cadre intimiste en plein air de la Sta­tion — Gare des Mines. Entre des DJ-sets du fes­ti­val, Faux Real — pre­mier con­cert au com­plet pour la for­ma­tion notam­ment com­posée du chanteur de Jag­war Ma — et Petit Fan­tôme délivrent cha­cun leur tour une pop joyeuse et esti­vale en har­monie avec le ciel bleu turquoise. Tim­ing par­fait : le soleil se couche sur l’en­chanteur “Tu ressem­bles à l’or­age”. Il est temps de ren­tr­er, le chef-d’oeuvre Twin Peaks: Fire Walk With Me clô­ture la journée à l’in­térieur, où une poignée d’âmes peu­plent les coussins pour revivre les sept derniers jours de Lau­ra Palmer.

Enfin, direc­tion la Cigale pour un mar­di 100% cal­i­fornien dédié au label Cas­tle Face Records. A 19h, devant une salle qua­si­ment vide — com­préhen­si­ble, vu l’heure -, le groupe Pret­ti­est Eyes est en charge d’ou­vrir la soirée avec son pre­mier con­cert à Paris. Déroutant est le pre­mier mot qui vient à l’e­sprit devant cette con­fig­u­ra­tion scénique. Voir un bat­teur occu­per égale­ment le rôle de chanteur est loin d’être com­mun. On regret­tera toute­fois sa propen­sion à en faire trop, jusqu’à faire exprès de tomber plusieurs fois, effaçant un peu le plaisir de ce mélange de punk, noise et rock. N’est pas Ariel Pink qui veut. Con­stat un peu moins pronon­cé chez Male Gaze : même si le chanteur passe son temps à se peign­er entre deux morceaux, il le dit lui-même : il est con­scient de n’être que l’ “appe­tiz­er” de la suite. Le groupe se con­tente d’of­frir un rock clas­sique, se révélant vite ennuyant. Les réac­tions de la fos­se con­fir­ment ce que nous pen­sions : nous sommes face à un con­cert de Thee Oh Sees — Oh Sees, OCS… on ne sait plus com­ment les appel­er — et ses pre­mières parties.

Thee Oh Sees à la Cigale. Crédit pho­to : Emi­lie Mauger

Mais l’at­tente en valait la peine. Avec ses qua­tre mem­bres en pre­mière ligne sur la scène, le show est à la hau­teur des attentes. Après une intro­duc­tion d’une dizaine de min­utes, les lumières s’éteignent enfin et la frénésie démarre dans la fos­se. Les riffs de gui­tare de John Dwyer con­ver­gent avec la puis­sance des deux bat­ter­ies pour un résul­tat enflam­mé et inflam­ma­ble. Pen­dant 80 min­utes, les pogos ne s’ar­rêteront pas et les slam­mers — autant féminins que mas­culins — défileront en abon­dance. La magie de l’in­stant peut se lire sur tous les vis­ages de la Cigale, illu­minés d’un grand et hon­nête sourire. Cer­tains l’ont peut-être oublié, mais pas le Paris Psych Fest : le rock rend heureux.

Meilleur moment : le “crowd­surf” du pied de micro d’Ariel Pink pen­dant cinq bonnes min­utes, bran­di comme la Coupe du Monde.

Pire moment : la fin abrupte du con­cert d’Ariel Pink, à 1h30 pile.

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