© Maxime Chermat

Peacock Society : réinventer la fête diurne, toujours aussi sauvage

Du 10 au 11 sep­tem­bre, la Pea­cock Soci­ety a fait sa plus belle roue pour nous charmer. Les notes élec­tron­iques sont venues se mélanger aux chants des oiseaux du parc de Choisy Paris-Val-de-Marne pour un week-end placé sous le signe de l’ex­ci­ta­tion, de la décou­verte et évidem­ment de la danse, sous toutes ses formes. Sa nou­velle for­mule 100% diurne et bucol­ique réin­vente les pra­tiques fes­tives des Parisiens.

Same­di 10 sep­tem­bre, le RER D déver­sait un flot con­tinu de danseurs drapés de k‑ways vers les 60 000 m² du parc de Choisy. Ce n’est pas la pluie qui va décourager les fes­ti­va­liers. Au con­traire, ils s’en amusent. Sur le chemin, les groupes d’amis esquiv­ent tour à tour les flaques d’eau au prix de quelques gouttes de bière ren­ver­sées. Dès l’entrée de Pea­cock Soci­ety, la couleur est annon­cée : la plus grande scène, la Solar, sur­plombe la plus grande par­tie du fes­ti­val où des ginguettes, stands de préven­tion et friperies s’organisent. Ça four­mille pen­dant que DJ Har­vey s’occupe de chauf­fer le pub­lic de 18h à 20h. Oui, deux heures ! On touche au gros point fort de ce fes­ti­val. Loin des pau­vres trente min­utes que l’on peut accorder aux artistes dans d’autres évène­ments, Pea­cock Soci­ety laisse la pos­si­bil­ité à ses invités de déploy­er un réel set, allant de 1h30 à 2h pour les têtes d’affiche. Il en ressort des con­certs mémorables qui lais­sent place à la mod­u­la­tion, que les fes­ti­va­liers s’empressent d’embrasser par la vari­a­tion de leurs dans­es. Quel bon­heur. Alors on a fait le choix ‑même si c’é­tait par­fois déchirant- d’honor­er ce par­ti pris du fes­ti­val, et d’as­sis­ter aux con­certs du début à la fin, ne cédant pas à l’envie de faire moitié/moitié entre deux artistes.

 

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On avait une petite appréhen­sion face à la nou­velle for­mule diurne du fes­ti­val : arrivée dès 13h mais départ oblig­a­toire à minu­it. Mais les fes­ti­va­liers ont joué le jeu, comme s’ils voulaient défi­er la nuit. Car même si le voile de l’obscurité n’était là que pour quelques heures, les pos­si­bil­ités de trans­gres­sion que nous avons de la nuit, elles, étaient bien là. Out­rance, détache­ment du regard des autres, extrav­a­gance, dépasse­ment de soi. On ren­verse notre imag­i­naire pour laiss­er place à une fête de jour. Bref, place aux hos­til­ités : les concerts.

Délicieux mélange de valeurs sûres et de bonnes surprises

Comme chaque année, la Pea­cock Soci­ety offre les poin­tures de la scène élec­tron­ique. On est irradié par les rayons de la scène Solar, où les dieux de la house se sont suc­cédé. Same­di, Peg­gy Gou a fait son grand retour sur le fes­ti­val en tant que maîtresse de céré­monie, 5 ans après sa dernière venue. On a aus­si tapé du pied sur DJ Har­vey, Jamie Jones et l’ensorcelante Vanille qui nous avait impres­sion­nés lors de son live dis­jonc­té à Nuits sonores. Dimanche, c’é­tait au tour du mae­stro de l’électro français, Lau­rent Gar­nier, de présider la soirée. Il était, comme l’a si bien souligné le fes­ti­val sur son Insta­gram, “comme à la mai­son pour 3h de set légendaires”. Il était accom­pa­g­né de Kölsch et DJ Koze.

La mir­ror stage était mise à l’é­cart, nichée au fond du fes­ti­val. Et pour cause ! Elle a fait trem­bler les alen­tours avec de mag­nifiques sets. Au pro­gramme, un quatuor de pure folie : Anetha, Amélie Lens et VTSS et u.r.trax, déess­es de la tech­no. VTSS est con­nue pour ses sets déchaînés sur fond de tech­no acid, sur­fant sur l’EBM. La reine de la nuit ne nous à pas déçus, même en plein jour.

Amelie Lens sur la mir­ror stage ©Maxime Cher­mat

On a aus­si eu droit à de bonnes sur­pris­es. Avec notam­ment l’Anglaise Anz ‑dont on avait déjà décelé l’én­ergie com­mu­nica­tive dans sa Boil­er Room. On est en plein milieu d’après-midi, on arrive devant la scène Woody qui nous paraît bien vide après l’ef­fer­ves­cence provo­quée par la Darude la veille. Une poignée de fes­ti­va­liers s’é­tal­ent, pren­nent toute la place néces­saire pour s’en­gouf­fr­er vers la délivrance de la danse. On est sur le point de tourn­er les talons lorsqu’Anz nous appâte avec un mer­veilleux remix du tube de Baby D, ” Let Me Be Your Fan­ta­sy”. La pro­duc­trice sem­ble directe­ment s’adress­er à nous “Let me be your fan­ta­sy, I’ll take you high­er”. Tu as gag­né, on reste. Et aucun de regret. Elle passe de morceaux dansants à de la tech­no plus dark avec une aisance décon­cer­tante. Les fes­ti­va­liers accom­pa­g­nent ses mou­vances par leur danse. Tan­tôt expéri­men­tant tout leur corps, tan­tôt en ne bougeant que leur tête avec des mou­ve­ments saccadés.

Trikk

©Maxime Cher­mat

 

Un peu plus loin, c’est Trikk qui parvient à retourn­er la foule amassée devant la Nomad. On se fau­file entre les cen­taines de fes­ti­va­liers, on se bous­cule, les ver­res se ren­versent, on croise des âmes esseulées per­dues dans leur monde, qui se tré­moussent yeux mi-clos devant les défla­gra­tions de l’artiste. Orig­i­naire de Por­to, il a vite trou­vé sa place dans la famille d’Innervisions avec Âme et Dixon, gage d’un tal­ent qui se con­firme sur scène.

 

 

 

La Darude et ses lofteurs survoltés 

DJ kwame © Maxime Chermat

Le fes­ti­val ne se con­tente pas de ces gross­es têtes d’affiche. Il invite la crème des col­lec­tifs qui organ­isent nos plus belles soirées pen­dant l’année. La Darude, Nyege Nyege, Rinse et 99Ginger ont pu s’ap­pro­prier une scène et dévelop­per leur univers singulier.Une belle manière de leur ren­dre hom­mage et de laiss­er par­ler leur créa­tiv­ité. On vous avoue qu’un col­lec­tif nous a un peu plus fait danser que les autres : La Darude. Depuis qua­tre ans main­tenant, elle souhaite met­tre en avant l’eurodance et la trance, le tout ponc­tué d’une esthé­tique rétro-kitch. Sur leur scène, la Wod­dy, on a pu voir les créa­teurs DJ Kwame et Die Klar, qui ont ouvert le bal à une défer­lante de pépites. La légende dit que leurs sets était telle­ment qual­i­tat­ifs qu’ils ont dû se balad­er avec des sacs plas­tiques dans le fes­ti­val pour ne pas qu’on leur saute dessus pour les acclamer.

Paul Seul

Paul Seul © Geof­frey Hubbel

Paul Seul, qu’on a vu arpen­ter tous les fes­ti­vals avec son acolyte Mathilde Fer­nan­dez du duo ascen­dant vierge, a pris la relève avec brio. Il a sur­passé toutes nos attentes lors de son clos­ing, en reprenant “I Love You Always For­ev­er” de Don­na Lewis, tube incon­tourn­able de la fin des années 1990. Mer­ci Paul, elle nous a trot­té dans la tête tout le week-end !

Qui de mieux qu’Han­nah Dia­mond pour feater avec l’esthétisme de La Darude. Il suf­fit de scroller 3 min son compte Insta­gram pour com­pren­dre : cheveux rose pas­tel, haut tube, cas­quette, pail­lettes, bref tout y est. Sa musique pop presque robo­t­isée nous a char­més, surtout quand elle a partagé les platines avec Dan­ny L Harle qui clô­tu­rait la soirée.

 

Tous les invités du col­lec­tif ont joué le jeu en nous pro­posant un pont entre deux temps, avec un pied dans les années 2000, l’autre ancré dans les méan­dres des musiques élec­tron­iques. Le tout a créé une faille tem­porelle, où les lof­teurs ont pris plaisir à se défouler. Il faut aus­si saluer le pub­lic du col­lec­tif, qu’on sacre le plus bien­veil­lant et le plus motivé. Le tout se finit sur une dis­tri­b­u­tion, ou plutôt un lancé de sucettes dans l’assem­blée. Ce bon­bon est à l’im­age de La Darude, acidulé et qui craque sous la dent.

Die Klar et ses lof­teurs © Geof­frey Hubbel

Finir en apothéose avec le show futuriste de  BPM x Molécule

On arrive devant la Solar pour finir ce fes­ti­val en beauté. Le show doit com­mencer à 21H10. 21H16, les tech­ni­ciens font encore des allers-retours sur scène. Un “bon, on se casse ?” fuse à côté de moi. “Mais t’es fou, tu veux vrai­ment louper un set fait par un robot ?” Effec­tive­ment J.I.L. n’est pas encore tout à fait prêt. J.I.L. ? C’est l’instrument du futur née de la col­lab­o­ra­tion entre Molécule et l’équipe du BPM, l’acronyme de Brain Per­for­mance Mix, qui per­met “la pre­mière per­for­mance musi­cale créée et con­trôlée par la pen­sée d’un artiste”. Ce n’est pas un robot, mais une tech­nolo­gie inno­vante qui per­met à l’artiste de jouer de la musique sans utilis­er ses mains en con­nec­tant directe­ment son cerveau et donc ses émo­tions. La musique évolue en fonc­tion de son état d’e­sprit comme l’a expliqué récem­ment Molécule sur Tsu­gi radio.

 

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Ce pro­jet fou est porté par le mécé­nat de The Abso­lut Com­pa­ny Cre­ation, la start­up française Next­Mind, spé­cial­isée dans les tech­nolo­gies des neu­ro­sciences et Molécule. C’est bon, sous les applaud­isse­ments de la foule, le pro­duc­teur de “Sila” appa­raît. Mais ce live ne com­mence pas comme les autres, une voix métallique résonne : “Proces­sus de cal­i­bra­tion… Cerveau con­nec­té.” Une fois l’esprit de Molécule con­nec­té à J.I.L au moyen du petit casque dévelop­pé par Next­mind, le show peut com­mencer. La noirceur des vête­ments de Molécule se fond avec la scène qu’il par­court sans cesse d’un coté a l’autre. Il nav­igue entre son stu­dio recréé sur la droite avec ses machines tra­di­tion­nelles et J.I.L., sur la gauche, incar­né sous la forme d’un mono­lithe qui sem­ble tout droit sor­tie du film 2001 l’Odyssée de l’e­space, créant des moments qua­si mys­tiques où les beats sor­tis de nulle part sem­blent  flot­ter dans le ciel. Plus besoin de ses rayons, la scène Solar s’il­lu­mine de l’in­térieur. Les scep­tiques de tout à l’heure sont aux anges. Grâce à une per­for­mance visuelle dis­crète mais effi­cace qui par­fait la grandeur du duo homme-machine, on touche encore une fois les hau­teurs, les nuages de cet univers recom­posé à coups de fumée sur scène. C’est l’ovation.

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Votre cœur était ser­ré à la lec­ture de cet arti­cle parce que le fes­ti­val vous manque déjà ? ARTE Con­cert a tout prévu et a posté sur Youtube la retrans­mis­sion des con­certs d’Anetha, u.r.trax, Adam Bey­er et Boys Noize.

 

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Meilleur moment : Quand on a croisé, dimanche, un groupe qui chan­ton­nait “I Love You Always For­ev­er”, le fameux clos­ing de Paul Seul.

Pire moment : Quand on a reçu une sucette lancée par DJ Kwame, fon­da­teur de la Darude, dans l’œil.

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