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© Tomas Fryscak
17 juin 2020

Perles de disquaires : les meilleures et pires histoires de comptoir

par Violaine Schütz

Mélomanes, monomaniaques, cleptos, relous, weirdos… les clients des disquaires ne tournent pas toujours tous très rond. Mais sans eux, le métier ne serait pas tout à fait le même. On a demandé à quelques-uns des meilleurs magasins de disques indés de France de nous playlister leurs bonnes (et mauvaises) rencontres faites au comptoir.

Alors que la première journée des Disquaire Days approche (le dimanche 20 juin), retour en quatre anecdotes sur les perles de disquaires, initialement publiées dans le Tsugi 130 spécial histoires de disquaires. La suite des anecdotes est à retrouver dans le magazine, disponible à la commande ici.

Nicolas du Comptoir du Disque
Montpellier, Disquaire généraliste

Quand Billie Joe Armstrong de Green Day passe faire coucou

On possède un large choix de disques de styles très différents, alors on a autant comme client la fille de 15-17 ans qui vient de s’offrir une platine au magasin et cherche du PNL et du Janis Joplin que des mecs de 40 ans qui achètent de l’électro, du jazz ou de la world. Il y a aussi des monomaniaques. Par exemple ce type qui vient souvent et prend tout ce qui est BO de mangas, de séries TV françaises et de variété des années 80. Il ne choisit pas que les tubes, mais va se tourner vers les morceaux les plus obscurs de Chantal Goya, Bananarama et Laura Branigan. À côté de ça, il peut lui arriver aussi d’acheter des disques ultra-pointus qu’il a entendus au magasin comme un coffret du chanteur de blues texan Lightnin’ Hopkins. On a aussi pas mal de musiciens connus qui passent. Il y a eu DJ Premier, le leader de Brian Jonestown Massacre ou encore Jello Biafra, l’ex-chanteur des Dead Kennedys. Il nous a dédicacé un vinyle en y écrivant cette phrase : “Mon sperme est pour vous.” Il y a quelques années, le chanteur de Green Day, Billie Joe Armstrong, est venu dans le magasin. C’est notre stagiaire de 18 ans qui l’a reconnu, il le dévisageait. Je suis allé lui parler et il m’a expliqué qu’il avait demandé à un roadie des Arènes de Nîmes où se trouvait un bon disquaire dans le coin. Il lui a parlé du magasin et il a pris une voiture pour venir. Son fils a acheté des CDs et lui, pour une centaine d’euros de classiques pop rock. Il m’a demandé pourquoi il n’y avait pas son groupe dans les bacs. Je lui ai dit qu’il ne nous restait plus qu’un vinyle Best Of mais qu’il était mis de côté pour un client. Du coup, il l’a dédicacé.

Le disquaire Comptoir du disque

 

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Les journées Disquaire Days commencent le 20 juin

 

Mark de Born Bad
Paris, Disquaire garage, punk, blues, 50’s, 60’s, 70’s

Quand les Jon Spencer Blues Explosion ont retourné le magasin (sans rien acheter)

Dans nos clients attachants, il y avait Daniel Darc. Il venait plusieurs fois par semaine quand on était rue Keller et parfois, on ne le voyait plus pendant trois mois. Il cherchait des bootlegs d’Elvis dont il était ultra-fan, du Johnny Thunders, des vinyles des New York Dolls. Il était très marrant, il déconnait tout le temps même si parfois, il était le seul à rire à ses blagues. Il était loin de l’image sombre qu’on peut en avoir ou du rôle qu’il pouvait jouer publiquement. Sa personnalité était très touchante, c’était un vrai passionné. Pas mal de musiciens viennent au shop, comme récemment Thurston Moore, qui voulait du jazz prog ou Jarvis Cocker. Parmi les people, le styliste Hedi Slimane qui était chez Saint Laurent (chez Céline aujourd’hui), très branché Burger Records, psyché, garage nous a acheté 300 disques en deux fois. Il y a 15 ans, les Jon Spencer Blues Explosion sont venus. Ils cherchaient du sixties français. Ils étaient à fond alors je leur ai sorti pas mal de disques. J’ai pris du temps pour m’occuper d’eux. Et d’un coup, leur attachée de presse, Sophie, débarque et leur dit qu’il faut y aller. Du coup, ils ont tout reposé, comme ça, en laissant un bordel de disques dans le magasin. J’étais un peu déçu, je me suis dit : “C’est quoi ces branques ?” Sauf que depuis Sophie, que je voyais alors pour la première fois, est devenue ma petite amie. Aujourd’hui, on rigole de cet épisode. Sinon une belle histoire nous est arrivée il y a quelques jours. Un type qui avait vécu dans des squats à Londres à l’époque du punk est venu nous proposer d’acheter une grande photo de Sid Vicious avec Viv Albertine. Ils avaient un groupe ensemble qui s’appelait The Flowers Of Romance, qui n’a jamais trop rien fait. Il la vendait, car il avait des problèmes de thunes. Il nous a dit qu’elle avait été affichée au Chelsea Hotel à un moment donné. On ne sait pas trop si c’est vrai mais on lui a pris et on l’a mise au mur au shop. Elle est superbe.

Born Bad à Paris

 

Toma de Balades Sonores
Paris (et Bruxelles), Disquaire rock-pop-folk indé

Quand Melvil Poupaud, Anna Mouglalis et Étienne Daho se rencontrent dans la boutique

Un client espagnol, qui ne connaissait la boutique que de réputation, a fait sa demande en mariage dans le magasin le soir du 31 décembre… Elle a dit oui et ils sont repartis avec plein de disques. Nous avons aussi eu la visite de l’actrice américaine Natasha Lyonne, connue notamment pour son rôle de junkie dans la série Orange Is The New Black, qui a fait une razzia de synth-pop française. Josiane Balasko qui est venue chercher de bon matin du hip-hop pour ses neveux. Hedi Slimane qui de temps en temps repart avec des kilos de garage et de psyché. Et en décembre dernier, à l’approche de Noël, nous avons eu en même temps dans la boutique Melvil Poupaud, Anna Mouglalis et Étienne Daho, des habitués du magasin, qui ont fini par faire la causette ensemble. Dans les mauvaises surprises, il y a les voleurs qualifiés, malheureusement trop nombreux… Nous nous souvenons particulièrement de celui qui a pris un casque audio de valeur. Il est revenu une semaine après, et on l’a enfermé avec nous dans la boutique : il a fini par le payer.

Les Balades Sonores de Bruxelles

 

Julien de Besides Records
Lille, Disquaire généraliste

Les disquaires et les gens un peu fous…

Un jour, un client entre dans le magasin. Premier détail un peu choquant, le mec porte deux chaussures différentes… Deuxième fait surprenant, il arrive au comptoir pour me “shaker”, comme si nous étions familiers… Il écume alors nos bacs de musique classique pendant une demi-heure, en sort un disque de Mendelssohn et lit à haute voix, en allemand et pendant dix minutes, les notes explicatives. Après avoir examiné de près la photo du compositeur, il me demande de lui confirmer qu’il lui ressemble. J’acquiesce alors qu’il ne lui ressemble que très vaguement. Un sourire illumine son visage et il s’en va sans rien dire. À peine le temps d’atterrir de cette hallucination, que le gars repasse devant la boutique, un ours en peluche d’à peu près sa taille sous le bras… J’ai une autre anecdote mignonne, un de mes anciens profs de fac vient un jour au magasin. Il ne me reconnaît pas et fonce direct vers le mur pour y décrocher le Grey Album de Danger Mouse. Et là ça me revient : il nous avait fait un cours sur le mash-up, le sample et les questions légales qu’ils impliquent en citant largement ce disque comme référence. Il se pointe au comptoir et comprend que j’ai suivi ses cours lorsque je l’appelle par son patronyme. Il me demande si j’étais là lors de son exposé sur ce disque mêlant le White Album des Beatles et le Black Album de Jay-Z. Je lui réponds que j’en ai appris l’existence grâce à lui et d’un grand sourire, il me claque : “La boucle est bouclée ! Je ne savais même pas qu’il existait en vinyle.”

Besides Records à Lille

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