© Tomas Fryscak

Perles de disquaires : les meilleures et pires histoires de comptoir

Mélo­manes, mono­ma­ni­aques, clep­tos, relous, weirdos… les clients des dis­quaires ne tour­nent pas tou­jours tous très rond. Mais sans eux, le méti­er ne serait pas tout à fait le même. On a demandé à quelques-uns des meilleurs mag­a­sins de dis­ques indés de France de nous playlis­ter leurs bonnes (et mau­vais­es) ren­con­tres faites au comp­toir.

Alors que la pre­mière journée des Dis­quaire Days approche (le dimanche 20 juin), retour en qua­tre anec­dotes sur les per­les de dis­quaires, ini­tiale­ment pub­liées dans le Tsu­gi 130 spé­cial his­toires de dis­quaires. La suite des anec­dotes est à retrou­ver dans le mag­a­zine, disponible à la com­mande ici.

Nicolas du Comptoir du Disque
Montpellier, Disquaire généraliste

Quand Bil­lie Joe Arm­strong de Green Day passe faire coucou

On pos­sède un large choix de dis­ques de styles très dif­férents, alors on a autant comme client la fille de 15–17 ans qui vient de s’offrir une pla­tine au mag­a­sin et cherche du PNL et du Janis Joplin que des mecs de 40 ans qui achè­tent de l’électro, du jazz ou de la world. Il y a aus­si des mono­ma­ni­aques. Par exem­ple ce type qui vient sou­vent et prend tout ce qui est BO de man­gas, de séries TV français­es et de var­iété des années 80. Il ne choisit pas que les tubes, mais va se tourn­er vers les morceaux les plus obscurs de Chan­tal Goya, Bana­nara­ma et Lau­ra Brani­gan. À côté de ça, il peut lui arriv­er aus­si d’acheter des dis­ques ultra-pointus qu’il a enten­dus au mag­a­sin comme un cof­fret du chanteur de blues tex­an Light­nin’ Hop­kins. On a aus­si pas mal de musi­ciens con­nus qui passent. Il y a eu DJ Pre­mier, le leader de Bri­an Jon­estown Mas­sacre ou encore Jel­lo Biafra, l’ex-chanteur des Dead Kennedys. Il nous a dédi­cacé un vinyle en y écrivant cette phrase : “Mon sperme est pour vous.” Il y a quelques années, le chanteur de Green Day, Bil­lie Joe Arm­strong, est venu dans le mag­a­sin. C’est notre sta­giaire de 18 ans qui l’a recon­nu, il le dévis­ageait. Je suis allé lui par­ler et il m’a expliqué qu’il avait demandé à un road­ie des Arènes de Nîmes où se trou­vait un bon dis­quaire dans le coin. Il lui a par­lé du mag­a­sin et il a pris une voiture pour venir. Son fils a acheté des CDs et lui, pour une cen­taine d’euros de clas­siques pop rock. Il m’a demandé pourquoi il n’y avait pas son groupe dans les bacs. Je lui ai dit qu’il ne nous restait plus qu’un vinyle Best Of mais qu’il était mis de côté pour un client. Du coup, il l’a dédi­cacé.

Le dis­quaire Comp­toir du disque

 

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Mark de Born Bad
Paris, Disquaire garage, punk, blues, 50’s, 60’s, 70’s

Quand les Jon Spencer Blues Explo­sion ont retourné le mag­a­sin (sans rien acheter)

Dans nos clients attachants, il y avait Daniel Darc. Il venait plusieurs fois par semaine quand on était rue Keller et par­fois, on ne le voy­ait plus pen­dant trois mois. Il cher­chait des bootlegs d’Elvis dont il était ultra-fan, du John­ny Thun­ders, des vinyles des New York Dolls. Il était très mar­rant, il décon­nait tout le temps même si par­fois, il était le seul à rire à ses blagues. Il était loin de l’image som­bre qu’on peut en avoir ou du rôle qu’il pou­vait jouer publique­ment. Sa per­son­nal­ité était très touchante, c’était un vrai pas­sion­né. Pas mal de musi­ciens vien­nent au shop, comme récem­ment Thurston Moore, qui voulait du jazz prog ou Jarvis Cock­er. Par­mi les peo­ple, le styl­iste Hedi Sli­mane qui était chez Saint Lau­rent (chez Céline aujourd’hui), très branché Burg­er Records, psy­ché, garage nous a acheté 300 dis­ques en deux fois. Il y a 15 ans, les Jon Spencer Blues Explo­sion sont venus. Ils cher­chaient du six­ties français. Ils étaient à fond alors je leur ai sor­ti pas mal de dis­ques. J’ai pris du temps pour m’occuper d’eux. Et d’un coup, leur attachée de presse, Sophie, débar­que et leur dit qu’il faut y aller. Du coup, ils ont tout reposé, comme ça, en lais­sant un bor­del de dis­ques dans le mag­a­sin. J’étais un peu déçu, je me suis dit : “C’est quoi ces bran­ques ?” Sauf que depuis Sophie, que je voy­ais alors pour la pre­mière fois, est dev­enue ma petite amie. Aujourd’hui, on rigole de cet épisode. Sinon une belle his­toire nous est arrivée il y a quelques jours. Un type qui avait vécu dans des squats à Lon­dres à l’époque du punk est venu nous pro­pos­er d’acheter une grande pho­to de Sid Vicious avec Viv Alber­tine. Ils avaient un groupe ensem­ble qui s’appelait The Flow­ers Of Romance, qui n’a jamais trop rien fait. Il la vendait, car il avait des prob­lèmes de thunes. Il nous a dit qu’elle avait été affichée au Chelsea Hotel à un moment don­né. On ne sait pas trop si c’est vrai mais on lui a pris et on l’a mise au mur au shop. Elle est superbe.

Born Bad à Paris

 

Toma de Balades Sonores
Paris (et Bruxelles), Disquaire rock-pop-folk indé

Quand Melvil Poupaud, Anna Mouglalis et Éti­enne Daho se ren­con­trent dans la bou­tique

Un client espag­nol, qui ne con­nais­sait la bou­tique que de répu­ta­tion, a fait sa demande en mariage dans le mag­a­sin le soir du 31 décem­bre… Elle a dit oui et ils sont repar­tis avec plein de dis­ques. Nous avons aus­si eu la vis­ite de l’actrice améri­caine Natasha Lyonne, con­nue notam­ment pour son rôle de junkie dans la série Orange Is The New Black, qui a fait une razz­ia de synth-pop française. Josiane Bal­asko qui est venue chercher de bon matin du hip-hop pour ses neveux. Hedi Sli­mane qui de temps en temps repart avec des kilos de garage et de psy­ché. Et en décem­bre dernier, à l’approche de Noël, nous avons eu en même temps dans la bou­tique Melvil Poupaud, Anna Mouglalis et Éti­enne Daho, des habitués du mag­a­sin, qui ont fini par faire la causette ensem­ble. Dans les mau­vais­es sur­pris­es, il y a les voleurs qual­i­fiés, mal­heureuse­ment trop nom­breux… Nous nous sou­venons par­ti­c­ulière­ment de celui qui a pris un casque audio de valeur. Il est revenu une semaine après, et on l’a enfer­mé avec nous dans la bou­tique : il a fini par le pay­er.

Les Balades Sonores de Brux­elles

 

Julien de Besides Records
Lille, Disquaire généraliste

Les dis­quaires et les gens un peu fous…

Un jour, un client entre dans le mag­a­sin. Pre­mier détail un peu choquant, le mec porte deux chaus­sures dif­férentes… Deux­ième fait sur­prenant, il arrive au comp­toir pour me “shak­er”, comme si nous étions fam­i­liers… Il écume alors nos bacs de musique clas­sique pen­dant une demi-heure, en sort un disque de Mendelssohn et lit à haute voix, en alle­mand et pen­dant dix min­utes, les notes explica­tives. Après avoir exam­iné de près la pho­to du com­pos­i­teur, il me demande de lui con­firmer qu’il lui ressem­ble. J’acquiesce alors qu’il ne lui ressem­ble que très vague­ment. Un sourire illu­mine son vis­age et il s’en va sans rien dire. À peine le temps d’atterrir de cette hal­lu­ci­na­tion, que le gars repasse devant la bou­tique, un ours en peluche d’à peu près sa taille sous le bras… J’ai une autre anec­dote mignonne, un de mes anciens profs de fac vient un jour au mag­a­sin. Il ne me recon­naît pas et fonce direct vers le mur pour y décrocher le Grey Album de Dan­ger Mouse. Et là ça me revient : il nous avait fait un cours sur le mash-up, le sam­ple et les ques­tions légales qu’ils impliquent en citant large­ment ce disque comme référence. Il se pointe au comp­toir et com­prend que j’ai suivi ses cours lorsque je l’appelle par son patronyme. Il me demande si j’étais là lors de son exposé sur ce disque mêlant le White Album des Bea­t­les et le Black Album de Jay‑Z. Je lui réponds que j’en ai appris l’existence grâce à lui et d’un grand sourire, il me claque : “La boucle est bouclée ! Je ne savais même pas qu’il exis­tait en vinyle.”

Besides Records à Lille

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