Playlist NOUVEAUX FUTURS : ce qui sort aujourd’hui, ce qui s’écoutera demain

par Tsugi

NOUVEAUX FUTURS”, ce qui sort aujour­d’hui, ce qui s’é­coutera demain. La playlist multi-plateformes de Tsu­gi sur le thème des musiques con­tem­po­raines et d’avenir, accueille comme chaque ven­dre­di une nou­velle clique de morceaux tout neufs et de tous hori­zons, curatée et com­men­tée par Jon Beige.

Le +

Beau­coup de douceur et de fragilité cette semaine. Quelques pro­jets d’ambient aux saveurs d’ASMR avec le beau disque de Christi­na Vant­zou, ou le pre­mier extrait de Guy Andrews, tout comme cette lec­ture de Lana Del Rey, ou l’on s’imaginerait bien dans un jardin en train de faire un pique-nique avec elle. On y fer­merait les yeux parce que c’est l’heure de la sieste, sen­ti­ment bien aidé par l’artwork. Même Brandy, reine du r’n’b des années 90, ressort un album avec des bruits de petite fontaine, comme dans un spa. Sinon, Oklou a sor­ti les pre­miers sons de sa mix­tape Galore pleine de classe, mais ce morceau, « Fall », rem­porte la palme. AK.Paul, frère du (plus si) mys­térieux Jai, a égale­ment sor­ti un morceau très chou­ette par le biais de l’entreprise famil­iale, Paul Insti­tute, tan­dis que Dean Blunt a encore fait par­ler la poudre avec son side-project Baby­fa­ther.

Le -

Dans ce qu’on a moins aimé cette semaine, pas de Dis­clo­sure par exem­ple, et ça devient mal­heureuse­ment de plus en plus évi­dent. Pas non plus de Jor­ja Smith, n’en déplaise aux fans qui eux ne seront pas déçus. Pas de Luke Vib­ert, et ça c’est une sur­prise. Son album de « rave-hop » nous est passé à côté, le par­tie pris son­nant un poil comme un mau­vais album de Chi­nese Man. Pas de Romare, qui, mal­gré un album de bonne fac­ture, n’a plus cette qual­ité futur­iste des pre­miers temps. La propen­sion à se réin­ven­ter appa­raît d’ailleurs comme le pre­mier critère d’exclusion de semaine en semaine. Le nou­velle com­pi­la­tion de Run­ning Back n’est pas ter­ri­ble non plus, et comme Dis­clo­sure, ça devient avec le temps une évi­dence de plus en plus triste et var­iée. Le nou­veau morceau de Bil­lie Eil­ish n’est pas si mal, mais ça ne suf­fit pas pour cette liste d’élite assumée. Le remix d’Actress pour Leya est un peu ennuyeux, au con­traire de ses deux sor­ties suc­ces­sives, qui ne fig­urent pas sur Spo­ti­fy. On zape égale­ment l’EP de Tom­my Holo­han sur Unknown to the Unknown, par foli­chon au final, tout comme l’album quelque peu sopori­fique de E.M.M.A. Pas non plus du pre­mier sin­gle de Mana sur Hyper­dub, aux sonorités agaçantes. Enfin, pas non plus de cette drôle d’improvisation au piano de Devon­té Hynes alias Blood Orange, qui ressem­ble à s’y mépren­dre à ce qui sort du piano lorsque le petit cousin de six ans fait mu-muse avec.

Le club

Le club est mort ? Pas dans nos coeurs. Ce n’est d’ailleurs pas pour autant qu’il ne faut pas le soutenir, puisque sans sou­tien, pas d’argent. Sans argent, pas de nour­ri­t­ure. Sans nour­ri­t­ure, c’est la mort assurée, et donc pas de cœur pour soutenir les vic­times directes et indi­rectes des clubs aux portes clos­es. Mais la musique qui devrait y réson­ner se porte bien, pour l’instant. On y va : un remix future dance­hall de Kel­ly Lee Owens ; un onomat-EP de Loraine James inti­t­ulé Hmm ; et des prières païennes signées Riv­er Yarra. Il y a aus­si cette méga-compilation des incon­tourn­ables lis­boètes de Principe Dis­cos, Verão Dark Hope, qui a le mérite de venir avec un beau t‑shirt et qui répar­tit les revenus équitable­ment entre les artistes qui y ont con­tribué. Il y a l’EP plein d’énergie de Mar­tin Bootyspoon ; la claque UK de Lone sur R&S ; une nou­velle occurence des excel­lents Failed Units, cette fois-ci délivrée par l’inconnu Yogev Freilich­man ; et l’EP vaporeux de car­lota sur le label Nina Krav­iz, трип.

Le mot du curateur

« They say there were two Sum­mers of Love before, but maybe every Sum­mer is just that, and maybe every Sea­son should be. This one right now demands reflex­ion and calls for hope. » C’est la phrase d’accroche du para­graphe de présen­ta­tion de la com­pi­la­tion Verão Dark Hope sus-citée, sor­tie début juil­let sur Principe Dis­cos. Je la trou­ve extrême­ment bien con­stru­ite, notam­ment quand on sait à quel point la rédac­tion de ce genre de texte est laborieuse, et ennuyeuse par­fois (« vendez-vous ! »). En pre­mier lieu, je suis absol­u­ment d’accord avec l’affirmation selon laque­lle chaque été est plein d’amour, même, et surtout, celui-ci. J’écris actuelle­ment cet arti­cle depuis la gare de Valence TGV. Il est 14:16, il fait 36 degrés, je suis en vacances, comme vous sûre­ment. J’écoute, comme tou­jours, la playlist dans son ordre choisi pen­dant que j’écris. J’en suis au morceau de Lana Del Rey, et je me sens envahi de ce sen­ti­ment de l’été. Chaque été est un Sum­mer of Love. Il m’est dif­fi­cile de dire avec cer­ti­tude si c’est moi qui voit dans chaque morceau ce que je viens y chercher – un sen­ti­ment d’été – comme un con­joint jaloux qui chercherait dans le télé­phone de son parte­naire, ou si ce sen­ti­ment s’y trou­ve davan­tage en cette sai­son. Après tout, les films de Noël sor­tent générale­ment pour Noël. Cette semaine, la sélec­tion est à mon avis pleine de cette chaleur acca­blante, et de la lenteur agréable qui en découle. Et si c’est un Sum­mer of Love, comme tous les autres, nous nous devons de le répan­dre. En ce qui me con­cerne, c’est en met­tant une émo­tion dans une sélec­tion de morceaux, en sou­tenant comme je le peux les artistes en sit­u­a­tion de détresse (lisez cet arti­cle), ou en achetant un beau t‑shirt tie and dye fourni avec une belle com­pi­la­tion (moi, le t‑shirt m’allait trop petit, donc je l’ai don­né à ma copine, trop dégoûté).

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