©Stefan Lozar

🔊 Playlist NOUVEAUX FUTURS : ceux qu’on écoutera demain selon December

Ă€ l’oc­ca­sion de la sor­tie de son tout pre­mier album le 12 novem­bre dernier, on a demandĂ© au Français Decem­ber de nous par­ler de ceux qui vont faire, selon lui, l’avenir de la scène Ă©lec­tron­ique Ă  tra­vers une playlist. 

Enfin. Dix ans que Decem­ber nous fait lan­guir Ă  coups d’EPs sor­tis sur les meilleurs labels de la scène Ă©lec­tron­ique “dark et coquine”, comme il s’est sou­vent amusĂ© Ă  la dĂ©finir (Jeal­ous God, Black­est Ever Black, Man­nequin, Pinkman, Return to Dis­or­der, Veyl…) et presque le mĂŞme temps qu’il Ă©cume les plus grandes scènes europĂ©ennes (Berghain, Tre­sor, Aton­al, Reak­tor, Kathar­sis). Alors après tout ça, un pre­mier album (sobre­ment inti­t­ulĂ© DĂ©but) nous parais­sait logique. Pas for­cé­ment Ă  tout le monde puisque si Decem­ber a enten­du si longtemps, c’est parce qu’il red­outait cette fameuse malé­dic­tion que l’on prĂŞte Ă  tous les pre­miers LPs. Avec DĂ©but, un album Ă©lectro-punk puis­sant, Decem­ber vient con­jur­er le sort et entre dĂ©fini­tive­ment dans une nou­velle ère, pleine­ment assumĂ©e en tant qu’artiste. On a donc prof­itĂ© de cette sor­tie pour lui deman­der de nous dessin­er le futur paysage de la scène Ă©lec­tron­ique, selon lui.

  • Sig­nif­i­cant Oth­er — The Future Doesn’t Exist

Youth est un de mes labels préférés depuis quelques temps. À l’anglaise, comme ils savent sou­vent le faire (pas tou­jours mais quand c’est bon, c’est très bon), un label qui représente par­faite­ment la moder­nité élec­tron­ique. Qu’ils sor­tent de l’ambient, de la jun­gle, de la tech­no breakée ou des col­lages post-electronica voir du trip-hop, tout est min­i­mal­iste et hybride, orig­i­nal, chaque morceau de chaque sor­tie mélange tou­jours beau­coup d’influences, c’est sub­til et sur­prenant, recèle tou­jours de tex­tures intéres­santes. La classe. Et ce morceau de Sig­nif­i­cant Oth­er en est l’exemple par­fait. Ambiance Sheffield 2052.

  • Emma DJ — Coco Eckichii

Emile alias Emma DJ est un de mes plus vieux amis parisiens, je suis son Ă©vo­lu­tion musi­cale depuis le tout dĂ©but et suis très impres­sion­nĂ© par la musique qu’il pro­duit aujourd’hui. Après des sor­ties sur L.I.E.S, BFDM, High Dig­i­tal ou Col­laps­ing Mar­ket, il s’est lancĂ© dans une rĂ©-interprĂ©tation de la trap Ă  sa sauce, chose Ă  laque­lle s’essaient la plu­part des product.eur.rice.s de musiques Ă©lec­tron­iques de nos jours, plus en moins en scred, mais surtout avec plus ou moins de rĂ©us­site Ă  mon goĂ»t. Emile a su trans­pos­er son univers Ă©trange et cru, Ă©mou­vant et DIY, pro­lifique, au champ des pos­si­bles que la trap per­met d’explorer. Il ne s’est pas con­tenter de singer la trap amĂ©ri­caine en apprenant patiem­ment par cĹ“ur le petit livre du bon beat­mak­er et tous ses tics mais l’a fait Ă  sa manière. C’est bizarre et très Ă©mou­vant, bor­dĂ©lique et spon­tanĂ© et ça tran­spire la sincĂ©ritĂ©, pas le strat­a­gème mi ten­dance mi finance. Son dernier LP, sor­ti il y a quelques jours sur UIQ (un autre excel­lent label anglais), le pre­mier dans ce reg­istre, est une mer­veille d’inventivitĂ©, de beautĂ© et de sec­ond degrĂ© punk, pas cynique. C’est vrai­ment super beau.

December

Art­work de l’al­bum “Début”

  • Vulka­n­s­ki — Skep­ti­cal Answers

J’ai ren­con­trĂ© ce pro­duc­teur gĂ©orgien quand j’ai jouĂ© Ă  KHIDI, club incroy­able Ă  Tbilis­si, cathé­drale tech­no de bĂ©ton au sound-system de feu. Il est DJ rĂ©si­dent de cet endroit incroy­able et a sor­ti son pre­mier LP sur le label de Phase Fatale il y a quelques mois. C’est un de mes dis­ques de club music prĂ©fĂ©rĂ©s depuis un bon moment. Brut, pri­maire, puis­sant, punk et entê­tant. Une sĂ©rie de ses­sions ryth­miques crues et vis­cĂ©rales, oĂą rien n’est de trop, pas de fior­i­t­ures mais tout est Ă  sa place. Il pour­rait avoir Ă©tĂ© enreg­istrĂ© en 1990 autant qu’en 2035. “Skep­ti­cal Answers” est un morceau jouis­sif et vicieux. Cela me fait penser Ă  Con­tain­er en plus tech­no, ver­sion robot rouil­lĂ©. Un bon­heur Ă  mixer.

  • Oper­ant — Nav­i­gat­ing Your Meat Suit (…)

Luna et August sont les deux aliens der­rière Instru­ments Of Dis­ci­pline, label de tech­no indus­trielle berli­nois qui s’aventure de plus en plus en dehors des con­trées cod­i­fiées et sou­vent ennuyeuses de la dark tech­no au kilo­mètre. Leur nou­v­el album sous leur alias Oper­ant en est une démon­stra­tion fla­grante. J’ai été frap­pé par l’originalité et la vir­tu­osité de ce morceau qui mêle beat trap, élé­ments indus, mélodie émo, un syn­thé presque foot­work et l’intensité de la noise. Dif­fi­cile de se fig­ur­er ce mélange avant de l’écouter mais c’est pour­tant une réus­site totale, un des morceaux qui m’a le plus saisi récem­ment. Un de ces tracks qui opère et réus­sit la grande fusion des gen­res “futur­istes” dont tant se van­tent depuis quelques années mais dont si peu y parviennent.

  • Kata­ton­ic Silen­tio — Sta­t­ic Whip

Une des pro­duc­tri­ces les plus promet­teuses de 2021, sans aucune hési­ta­tion. Cela fait quelques années que je suis son évo­lu­tion et suis à chaque fois frap­pé par la pro­fondeur, la com­plex­ité et la sub­til­ité de sa musique. Encore une fois, beau­coup par­lent de futur et se gar­garisent de ce con­cept très ten­dance mais com­bi­en créent des iden­tités musi­cales per­son­nelles, sin­gulières, élé­gantes ? Kata­ton­ic Silen­tio, selon moi, le font. Mélodie mélan­col­ique et cav­al­cade pas bour­rine ni indi­geste de beats post IDM dont la pro­duc­tion sonne comme un scalpel tran­chant sans être froid. Cour­rez et écoutez-la.

  • NVST — Empire State Auto­hi­five Zone 1994 Mix

>Autre musi­ci­enne Ă  suiv­re, NVST me touche et m’impressionne aus­si beau­coup dans sa lib­ertĂ© de pro­duire et jouer un nom­bre d’influences et de gen­res extrĂŞme­ment larges en Ă©tant tou­jours très per­son­nelle, avec une approche très fine de la musique breakĂ©e qui peut par­fois ĂŞtre trop dĂ©mon­stra­tive ou car­i­cat­u­rale. Pas chez elle. MĂ©langeant spo­ken word, ambi­ent, IDM, jun­gle, dub, rave, col­lages expĂ©ri­men­taux ou trap avec une vir­tu­ositĂ© dĂ©con­cer­tante. C’est tou­jours som­bre mais jamais pom­pi­er, dĂ©li­cat mais gĂ©nĂ©reux, min­i­mal­iste mais ultra maĂ®trisĂ©, poé­tique mais physique. Un Ă©quili­bre par­fait. La Suisse, c’est le futur.

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Playlist NOUVEAUX FUTURS : l’avenir de l’électronique selon Yan Wagner

 

  • LISA — Peace­ful Rest To The Liv­ing Dead

L’une des DJs rĂ©si­dentes du 1O1 Ă  Clermont-Ferrand et pro­duc­trice française, LISA fait par­tie – comme NVST – de mes chou­c­hous de la « nou­velle scène » europĂ©enne. Je partage avec LISA cette affec­tion par­ti­c­ulière pour le pont entre la mĂ©lan­col­ie 80’s et une cer­taine idĂ©e sonore du futur, une science-fiction Ă©mo, entre Drex­ciya et Boards of Cana­da ou Aphex Twin. Comme si les Ă©mo­tions trag­iques et naĂŻves de la new wave ren­con­traient la mĂ©lan­col­ie tran­chante de l’IDM. Ecoutez-la, vous ver­rez. Cler­mont, c’est le futur aussi.

©Gytis Dubauskas

  • Maoupa Maz­zoc­chet­ti — Rekt II

Flo­rent est un de mes plus proches amis et est aus­si mon coloc de stu­dio depuis que j’habite à Brux­elles où je me suis instal­lé il y a deux ans. Et n’allez pas penser que je suis influ­encé par mon ami­tié quand je dis que c’est un musi­cien absol­u­ment génial. Je pèse mes mots. Il sait tout faire, tout jouer, a une inven­tiv­ité com­plète­ment folle et un univers si par­ti­c­uli­er qu’il en est totale­ment fasci­nant. Et puisque l’on par­le de ce fameux futur ici, ce sont des gens comme lui à qui l’on devrait con­fi­er la pro­duc­tion des albums des pop stars du futur, des jin­gles des JT ou des hymnes nationales.

  • Eszaid — Notre Mer

>Un autre ami proche dont j’admire pro­fondé­ment la musique, devenu un de mes musi­ciens élec­tron­iques préférés et m’influençant beau­coup, Eszaid rêve à un futur sin­guli­er. Plus nos­tal­gique, mélan­col­ique, pous­siéreux et fan­toma­tique que l’image à laque­lle on asso­cie sou­vent les temps à venir. Quelque part entre Mika Vainio, Mus­lim­gauze et une ver­sion aride et som­bre, squelet­tique, de l’univers musi­cal de labels anglais des 90’s comme Rephlex ou Skam, il com­pose une musique d’une sub­til­ité rare. C’est glacial mais sa musique a une âme comme peu d’autres, sub­tile mais pas démonstrative.

  • Grouper — Dis­or­dered Mind

Le seul rap­port au futur que je peux trou­ver avec Liz Har­ris aka Grouper, c’est que je peux affirmer sans aucun doute que dans trente ans j’écouterai encore ses dis­ques. Parce que la ques­tion du futur c’est aus­si ça : qu’est-ce qui peut dur­er et pass­er l’épreuve du temps, que l’on pour­ra encore Ă©couter dans des annĂ©es, hors des ten­dances et des courants artis­tiques qui par­fois vieil­lis­sent mal, rĂ©vĂ©lant sou­vent leurs tics rigides ou kitsch avec le temps. Mais l’on s’en rend rarement compte au prĂ©sent, trop sĂ©duits, pris par les mou­vances con­tem­po­raines qui s’inscrivent dans le cor­pus esthé­tique glob­al d’une Ă©poque. Liz Har­ris est de ces artistes qui me boule­versent si pro­fondé­ment, au-delĂ  des gen­res, des codes et modes. C’est une musique pure, Ă  la beautĂ© min­i­mal­iste au point que le temps sem­ble n’avoir aucune prise sur elle. Une chose est sĂ»re, je l’écouterai encore en 2051.

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