Flore ©Philippe Pace

🔊 Playlist NOUVEAUX FUTURS par Flore : ce qui sort aujourd’hui, ce qui s’écoutera demain

par Tsugi

NOUVEAUX FUTURS, ce qui sort aujourd’hui, ce qui s’écoutera demain. La playlist multi-plateformes de Tsu­gi sur le thĂšme des musiques con­tem­po­raines et d’avenir, curatĂ©e et com­men­tĂ©e tour Ă  tour par les artistes. Aujour­d’hui, c’est la pro­duc­trice et DJ lyon­naise Flo­re, prĂȘtresse française de la bass music et boss du label POLAAR, qui se prĂȘte bril­lam­ment Ă  l’exercice.

Eve Maret et les nouvelles formes de pop song

J’ai dĂ©cou­vert le track « Syn­the­siz­er Hearts » dans l’une des excel­lentes Ă©mis­sions de la BBC et depuis il tourne en boucle chez moi. C’est Ă©ton­nant car c’est dis­co, et aprĂšs en avoir beau­coup Ă©coutĂ© il y a longtemps, c’est un style qui a ten­dance Ă  me fatiguer trĂšs rapi­de­ment. Mais ce morceau est mag­ique car il est « Ă  cotĂ© ». La struc­ture est toute pĂ©tĂ©e, le refrain n’en est pas un, on est Ă  cheval entre Lau­rie Ander­son et Cer­rone, et ça marche effron­té­ment bien ! Eve Maret est une artiste issue de la scĂšne alter­na­tive de Nashville, on peut sen­tir une trĂšs claire envie d’exploser les codes, et son usage de la voix est aus­si extrĂȘme­ment intĂ©res­sante. Comme dans les albums de Kait­lyn Aure­lia Smith, Rose Bon­i­ca, Lyra Pra­muk ou Yae­ji, tous sor­tis cette annĂ©e, et dont j’ai mis quelques morceaux dans cette playlist. On sent que ces femmes pro­duisent elles-mĂȘmes leur musique, qu’elles vien­nent d’un back­ground oĂč leur voix fait par­tie des nom­breux out­ils dont elles dis­posent. L’écriture reste pop, mais dans une ver­sion trĂšs dĂ©complexĂ©e.

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Hyph11e et le footwork 3.0

“160 est le nou­veau 120 bpm”, me dis­ait un de nos artistes, SNKLS il y a peu. Je valide. Hyph11e fait par­tie du label ultra hype SVBKVLT, un label basĂ© Ă  Shang­hai qui insuf­flent depuis quelques annĂ©es un vent de fraĂźcheur et de sauvagerie sur la scĂšne club inter­na­tionale. Dans la bande, il y a 33EMYBW, Zaliva‑D, Oshey­ack, Pret­tyb­woy (un artiste que nous parta­geons avec POLAAR) ou encore Gab­ber Modus Operan­di. On y pra­tique des bpm Ă©levĂ©s, entre 150 et 180. Hyph11e ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle, avec un pen­chant trĂšs mar­quĂ© pour le foot­work et les break­beats anglais, avec cepen­dant une approche trĂšs dif­fĂ©rente des pio­nniers amĂ©ri­cains et UK. C’est expĂ©ri­men­tal dans les sons et hybride dans la forme. His­torique­ment, le foot­work est un style qui tire ses racines de la ghet­to house, et les lĂ©gen­des du genre (DJ Rashad, DJ Spinn) ont posĂ© les codes du genre, ali­men­tant cette musique de sam­ples issus du hip-hop et de la funk, tout ça mĂ©langĂ© Ă  l’incontournable son des TR-808 et 909. J’aime la façon dont cer­tains artistes (comme Rian Tre­anor et EXAEL dans la playlist) cassent les habi­tudes du genre pour y incor­por­er des sons plus syn­thé­tiques. Pas Ă©ton­nant que des labels tels que Plan­et Mu ou Berlin Aton­al s’intĂ©ressent Ă  eux ! En France, la bande de Para­doxe Club est bien dans ce genre de recherche aus­si. J’aime beau­coup et il y a fort Ă  pari­er que ces exem­ples vont se multiplier.

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Lurka et le cyber dancehall

Ce n’est un mys­tĂšre pour per­son­ne que je suis une grande fan de dance­hall. Il y en a dans cha­cun de mes albums, c’est selon moi le groove le plus sexy qui existe. Pen­dant trop longtemps, le genre a Ă©tĂ© mĂ©prisĂ© par la scĂšne Ă©lec­tron­ique (trop de Sean Paul peut-ĂȘtre ?), mais depuis quelques annĂ©es, il s’installe, grĂące notam­ment au groupe jamaï­cain Equiknoxx qui a creusĂ© le sil­lon d’une nou­velle forme plus instru­men­tale du style, min­i­mal­iste et auda­cieuse. Cette annĂ©e, il y a eu des tueries qui poussent le genre encore plus loin. J’ai Ă©coutĂ© l’EP Rhythm Hi-Tek de Lur­ka en boucle cet Ă©tĂ©. C’est ciselĂ©, futur­iste, mais ça par­le aux fess­es, c’est d’une rad­i­cal­itĂ© que j’affectionne tout par­ti­c­uliĂšre­ment, c’est vrai­ment un morceau que j’ai hĂąte de jouer sur un sound sys­tem ! Dans le mĂȘme genre, on retrou­ve les Français de Maquis Son Sys­tem, Lak­sa ou Time Cow.

Sophia Loizou et l’ambient rave

Si vous ne con­nais­sez pas Sophia Loizou, c’est une grave erreur ! C’est prob­a­ble­ment l’artiste que j’ai le plus Ă©coutĂ© ces derniĂšres annĂ©es, notam­ment son tout pre­mier album Sin­gu­lacra, sor­ti en 2016, qui est une pure mer­veille et qui fut mon com­pagnon de route (au casque, dans le train, c’est addic­tif !) À l’époque, l’ambient n’était pas encore vrai­ment de retour, pas plus que le break­beat anglais. Sophia aura donc l’audace en 2016 de mĂ©langer ces deux gen­res diamé­trale­ment opposĂ©s, allant piocher dans les clas­siques du hap­py hard­core pour y rĂ©vĂ©ler autre chose que son aspect dance­floor. Ce pre­mier essai est pure­ment magis­tral, coup de maĂźtre recon­duit cette annĂ©e encore avec la sor­tie sur Hound­stooth de Untold, son dernier album. Dans une dĂ©marche sim­i­laire, l’incroyable « Head Above The Para­keets » de HAAI, sonne pour moi comme un cri d’amour aux raves. Un morceau nos­tal­gique, poé­tique et envelop­pant, qui m’a fait beau­coup de bien cette annĂ©e. Au dĂ©but du con­fine­ment, alors que tout le monde se demandait si la club music avait encore un sens, cette fusion sem­blait lui en trou­ver. Elle est aus­si une Ă©niĂšme preuve Ă  mes yeux que la musique club n’est pas qu’une musique « de club » et qu’elle nour­rit nos cul­tures con­tem­po­raines, sous plein de formes.

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Jay Glass Dubs et le dub

EniĂšme muta­tion dub, dont Jay Glass Dubs, For­est Dri­ve West, Azu Tiwa­line, Toma Kami ou le label Bokeh Ver­sion sont les fers de lance. Moi, la Lyon­naise (pour les igno­rants, Lyon a eu une influ­ence majeure sur cette scĂšne grĂące notam­ment au label Jar­ring Effects), ça ne me laisse for­cé­ment pas indif­fĂ©rente ! J’aime la fraĂźcheur de cette nou­velle approche du son « dub », avec une exploita­tion trĂšs orig­i­nale des sam­ples et des effets. Cer­tains morceaux de Jay Glass Dubs son­nent d’ailleurs trĂšs pop. Encore un preuve de l’influence cap­i­tale de ce genre sur la musique Ă©lectronique.

ZULI et les autres rageux

J’aime les appel­er les “rageux” (ce qui est un com­pli­ment dans ma bouche !). On pour­rait se deman­der pourquoi ils sont aus­si mĂ©chants ? Mais sincĂšre­ment, connaissez-vous musique plus libĂ©ra­trice en temps de con­fine­ment que ces expĂ©ri­men­ta­tions punk ? Pour ma part, ces morceaux m’ont fait un bien fou, c’était la soupape nĂ©ces­saire. Je suis fan de la musique de ZULI depuis plusieurs annĂ©es, de la façon dont il dĂ©tru­it ses ryth­miques, sa façon de tout faire par­tir en flamme. Dans le mĂȘme reg­istre, j’ajouterais Ped­er Man­ner­felt, qui apporte une touche trĂšs punk Ă  la tech­no (tout en sor­tant par­fois des morceaux ambi­ent on ne peut plus sub­tils et lĂ©chĂ©s). En France, je pense Ă  Emma DJ bien sĂ»r, et pour les accom­pa­g­n­er, j’ajouterais aus­si le pro­duc­teur amĂ©ri­cain Only Now ou encore Duma, qui a frap­pĂ© fort cette annĂ©e avec la sor­tie de son album sur Nyege Nyege Tapes. Des dĂ©march­es sin­guliĂšres, pleine de lib­ertĂ©, qui dĂ©tru­isent les stan­dards clubs et qui son­nent comme un appel Ă  la rĂ©volte dans mes oreilles.

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Écouter l’ex­cel­lent album de Flo­re Rit­u­als, sor­ti sur son label POLAAR en 2020.

 

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