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🔊 Playlist NOUVEAUX FUTURS par Teki Latex et Brice Coudert : ce qui arrive après

NOUVEAUX FUTURS, ce qui sort aujourd’hui, ce qui s’écoutera demain. La playlist multi-plateformes de Tsu­gi sur le thème des musiques con­tem­po­raines et d’avenir, curatĂ©e et com­men­tĂ©e tour Ă  tour par les artistes. Après la prĂŞtresse française de la bass music Flo­re, l’homme-machine Arnaud Rebo­ti­ni et les Alle­mands de Mod­e­se­lek­tor ou au Français Para One, c’est aux deux poids lourds de la scène Ă©lec­tron­ique française de nous partager leur vision du futur de la musique avec une sĂ©lec­tion de 40 tracks, 40 artistes sur lesquels Teki Latex et Brice Coud­ert pari­ent pour l’avenir.

Quand deux acteurs majeurs de la scène élec­tron­ique française s’as­so­cient, for­cé­ment les regards se tour­nent, les sour­cils se lèvent et les oreilles se dressent : l’ex-DA de Con­crete et fon­da­teur d’Un­der­scope Brice Coud­ert fait équipe avec son ancien meilleur enne­mi Teki Latex pour créer Impos­si­ble City Records : “Une ville imag­i­naire qui a les gratte-ciel imposants de New York, les néons et les petites ruelles de Tokyo, la sen­sa­tion chaleureuse de Mon­tréal et une légère sen­sa­tion de ville bal­néaire du Sud de la France, con­fie Teki Latex. Les couleurs seront donc mul­ti­ples, les scènes aussi.”

“Je me suis vite ren­du compte qu’on avait beau­coup de points com­muns sur notre vision de la musique.”

Brice con­tin­ue sur leur asso­ci­a­tion : “Je me suis vite ren­du compte qu’on avait beau­coup de points com­muns sur notre vision de la musique, et qu’il serait super intĂ©res­sant de tra­vailler avec lui. Je lui ai donc pro­posĂ© en sep­tem­bre dernière – Ă  sa grande sur­prise – de crĂ©er ce label avec moi.”

Pour la pre­mière release sor­tie le 11 juin dernier, Impos­si­ble City a choisi l’artiste bri­tan­nique Renslink, qui pro­pose dans l’EP Curios­i­ty Is A Type Of Youth, un mélange mod­erne d’ambient et de club music. Tout ça nous a donc don­né l’oc­ca­sion d’aller fouin­er dans leurs meilleures playlists et surtout celle que ces deux précurseurs français de la musique élec­tron­ique gar­dent le plus secret, con­tenant le next lev­el de la scène. Sur qui Teki Latex et Brice Coud­ert misent-ils pour l’avenir ? Répons­es commentées.

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Teki Latex

Ceep­hax — Camelot Fossil 

Je suis tou­jours en admi­ra­tion devant les chemins tor­dus que peu­vent emprunter les cerveaux gĂ©ni­aux des frères Jenk­in­son, Ă  savoir mon hĂ©ros de tou­jours Square­push­er et mon deux­ième hĂ©ros de tou­jours Ceep­hax Acid Crew. Mais je n’aime jamais autant Ceep­hax que lorsqu’il dĂ©cide de faire une sorte de ver­sion elec­tro, acide et/ou breakĂ©e de la musique mĂ©dié­vale comme dans ce “Camelot Fos­sil”. Lorsqu’il dĂ©gaine son petit clavecin Ă©lec­tron­ique, me voilĂ  propul­sĂ© au cĹ“ur d’un mĂ©lange d’épĂ©es, de sor­cel­lerie et de canons lasers entre le film Lady­hawke et la sĂ©rie Loki. Ce mĂ©lange anachronique me rap­pelle que le temps n’est peut-ĂŞtre pas une ligne mais plutĂ´t un cer­cle plat.

Nore­a­ga — Nahmeanuheard

Ce morceau de Nore­a­ga pro­duit par Swizz Beats, c’est vrai­ment le futur de 2002 et par exten­sion le futur tout court, pour moi. La prod sonne com­plète­ment hors du temps grâce à cette mélodie à base de bruits de freins et ces drums de fan­fare mil­i­taire trade­mark de Swizz. N.O.R.E trans­forme ses cou­plets en une suc­ces­sion de slo­gans dans lesquels il auto-déconstruit sa pro­pre écri­t­ure : “Who gives a fuck about whose lyrics is bet­ter, as long as my shit is dope when I put it togeth­er” (“qui en a quoi que ce soit à foutre de qui a les meilleures paroles à par­tir du moment ou ma shit est dope quand je l’assem­ble”). Le fait que N.O.R.E annonce cela de manière indis­cutable : la notion de com­péti­tion dans le rap est obsolète tant que sa “shit” est “dope” au moment où il “l’assem­ble”, c’est ce qui fait de lui un génie absolu. Assemble-nous cette shit N.O.R.E !

©Lucie Hugary

Brice Coudert

Shab­jdeed / Ktyb et le hip-hop tur­fu des pays arabes

Que ce soit en Pales­tine (comme Shab­d­jeed et son pro­duc­teur Al Nather), en Tunisie (comme KTYB), ou en Egypte avec des artistes comme Abyusif (qui col­la­bore beau­coup avec ZULI), il se passe un vrai truc en ce moment avec le hip-hop dans les pays arabes et du Maghreb, et je suis à fond là-dedans. La langue, déjà, se prête par­ti­c­ulière­ment au rap, car beau­coup plus “ronde” et “roulée” que le français par exem­ple. Ajoutez à ça des instrus hyper pointues, flir­tant sou­vent du coté des sonorités IDM ou du meilleure de la musique élec­tron­ique expéri­men­tale. Et pour couron­ner le tout, niveau street cred – car ça compte aus­si – les bidonvilles de Ramal­lah ou les rues étroites du Caire sen­tent tout autant l’au­then­tic­ité, voire plus, que le Queens­bridge ou le Cren­shaw boule­vard des années 90.

Imer6ia, Ytem et les bas fonds som­bres de SoundCloud

Si vous avez dĂ©jĂ  passĂ© une nuit Ă  dig­ger Sound­Cloud, et que vous avez atter­ri au fil des clics sur de la trance hyper-pop beat­less russe, ou de la trap wave auto-tunĂ©e pro­duite par un Danois de 15 ans, tout ça bien Ă©videm­ment unre­leased et non mas­ter­isĂ©, c’est que vous ĂŞtes arrivĂ© sur le ter­rain de jeu d’artistes comme Imer6ia ou Ytem. Car c’est lĂ  que ces artistes vont puis­er leur rĂ©fĂ©rences pour inven­ter une sorte de pop music mod­erne, com­plète­ment dĂ©com­plexĂ©e en ter­mes de sonoritĂ©s, et puisant aus­si bien dans le main­stream que dans des courants hyper con­fi­den­tiels et oubliĂ©s. Si vous voulez creuser lĂ -dedans, check­ez le label AbĂ®me, les artistes du crew Ille­gal Tapes, le label mar­seil­lais Du Coeur, ou le label Park­ing­stone. Ce sera dĂ©jĂ  un très bon dĂ©but.

Don Zil­la et la scène Ougandaise

Comme son nom l’indique, on par­le ici du Don du crew africain Nyege Nyege Festival/Hakuna Kulala (Ougan­da). Son album sera prob­a­ble­ment sor­ti à l’heure ou vous lirez ces lignes, mais en atten­dant j’ai mis dans la playlist un des morceaux que j’ai du le plus joué chez moi ces deux dernières années. Comme son col­lègue Slik­back, Don Zil­la fait de la musique qui sonne dure, dark et lim­ite indus. À l’op­posé du cliché qu’on pour­rait se faire de la musique élec­tron­ique africaine. Et ça fait vrai­ment du bien d’avoir des artistes qui posent enfin un œil nou­veau sur ce genre de sonorités.

 

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