© Illustration : Marc Poitvin pour Tsugi

🌿 Plus verte la free : comment faire une teuf Ă©colo ?

Com­ment faire une teuf Ă©co­lo ? Si la con­science Ă©cologique sem­ble large­ment partagĂ©e dans le mou­ve­ment des free par­ties, l’attention Ă  l’environnement reste vari­able d’une teuf Ă  l’autre. L’impact nul n’existant pas, le plus impor­tant reste encore de savoir trou­ver le bon lieu.

Les années passent, l’image reste. Après plus de trente ans, les raves ont tou­jours mau­vaise presse. Et aux reproches habituels de nui­sance sonore ou de dégra­da­tion de lieux s’en ajoute un, plus con­tem­po­rain : les free par­ties men­a­cent la bio­di­ver­sité locale. Un reproche légitime ? C’est notam­ment ce que sem­ble sug­gér­er un com­mu­niqué pub­lié le 27 juil­let 2021 par les asso­ci­a­tions Bre­tagne Vivante et le Parc Naturel Région­al d’Armorique. En plein été et avec le recul de la pandémie, la fête bat­tait son plein en Bre­tagne. Y com­pris dans des lieux pro­tégés, comme les bor­ds du lac de Bren­nilis dans le Fin­istère, où nichent “les dernières pop­u­la­tions de la région de courlis cen­drés, de busards Saint-Martin ou encore de busards cen­drés”. Des espèces men­acées, et dont la nid­i­fi­ca­tion au sol a été dérangée par des fêtes répétées, soulig­nent les asso­ci­a­tions. Celles-ci “deman­dent con­join­te­ment à l’État de pren­dre les mesures qui s’imposent”. Un ton dur, tem­péré lorsque nous con­tac­tons l’association Bre­tagne Vivante : “On n’a rien con­tre les gens qui vien­nent taper du pied en rave par­ty, mais c’est tou­jours frus­trant de voir des efforts de plusieurs années effon­drés en un week-end.” Avant de pour­suiv­re: “Notre but n’est pas tant de mon­tr­er du doigt les raves, mais de dire que la fréquen­ta­tion de sites pro­tégés a un impact.” Cela n’empêche pas l’association d’attendre des organ­isa­teurs de free par­ties qu’ils pren­nent leurs respon­s­abil­ités : “La plu­part sont du secteur, ils savent que ce sont des sites protégés.”

 

Nettoyer, encore et encore

Repris par l’AFP, ce com­mu­niqué n’a pas man­qué de faire réa­gir les médias locaux. Mais cette stig­ma­ti­sa­tion facile, à laque­lle les teufeurs sont habitués, n’atténue pas le fond de cette cri­tique. Robin DK, organ­isa­teur de free depuis cinq ans, l’assure: “Il ne faut surtout pas entr­er dans le face-à-face avec les asso­ci­a­tions écol­o­gistes, parce qu’on défend les mêmes idées.” Pour lui, la con­science écologique est forte par­mi les teufeurs. Il y a, for­cé­ment, tou­jours un impact, mais selon lui, “s’il y a quelqu’un à blâmer, ce ne sont ni les teufeurs ni ces assos, mais le fait qu’il n’y a pas assez de lieux pour faire des fêtes en toute sécu­rité”. Il estime égale­ment que ces cri­tiques restent mar­ginales “par rap­port au nom­bre de fêtes qui se tien­nent à l’année en France”. La bonne volon­té des par­tic­i­pants ne fait aucun doute à ses yeux. Il en veut notam­ment pour preuve cette règle ances­trale de “laiss­er le site encore plus pro­pre qu’en arrivant”. Certes, elle existe égale­ment pour des ques­tions d’image, notam­ment auprès des pro­prié­taires des lieux. Il n’empêche que cet état d’esprit est con­nu de tous, y com­pris de l’association Bre­tagne Vivante, qui estime ain­si : “Si on peut met­tre des sacs-poubelles partout, on peut prob­a­ble­ment don­ner d’autres con­signes”, plus poussées.

 

“Il y a une envie de lim­iter l’impact sur l’environnement, mais il y a avant ça la volon­té d’éviter d’être saisi”

 

C’est au fond ce que pense Ă©gale­ment la jeune asso­ci­a­tion Unisonord, active sur la prĂ©ven­tion des risques en teuf (sur le mod­èle de l’historique Tech­no+). L’organisme sen­si­bilise tant sur l’usage de drogues ou les vio­lences sex­uelles que l’environnement. Ain­si, le 25 juin, elle organ­i­sait une journĂ©e de net­toy­age des ter­rils (ces collines de char­bons nĂ©es des mines, con­sid­érĂ©es comme pat­ri­moine local) d’HĂ©nin-Beaumont, rĂ©gulière­ment salis par les pas­sants. “On stocke notre matĂ©riel pas loin, explique Anto­nio, secré­taire gĂ©nĂ©ral, donc ça nous sem­blait naturel de faire cet Ă©vène­ment.” La journĂ©e a rĂ©u­ni une cen­taine de per­son­nes pour ramass­er, en musique, env­i­ron 150 kilos de dĂ©chets. Fuir les sites pro­tĂ©gĂ©s L’association Unisonord tente de pro­longer cette men­tal­itĂ© dans ses fĂŞtes, par la dis­tri­b­u­tion de sacs-poubelles, l’installation de cen­dri­ers, et surtout une grande atten­tion au site choisi. “On utilise GĂ©o­por­tail, une carte en ligne indi­quant tous les sites pro­tĂ©gĂ©s de France, qu’on Ă©lim­ine ain­si d’emblĂ©e”, quitte Ă  repouss­er une fĂŞte le temps de trou­ver un lieu prop­ice. Anto­nio regrette que tout le monde ne fasse pas ces efforts. “Il faut bien com­pren­dre qu’il y a Ă©nor­mé­ment de sound sys­tems en France, de tailles très divers­es”, et avec plus ou moins d’expĂ©rience dans l’organisation. Un con­stat partagĂ© par Robin, qui insiste sur l’importance de “la com­mu­ni­ca­tion entre nous, la trans­mis­sion d’informations, la for­ma­tion”. L’association Bre­tagne Vivante abonde : “Ça ne coĂ»te rien de se ren­seign­er, et les asso­ci­a­tions locales sont aus­si lĂ  pour Ă§a.”

 

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Mais au-delĂ  des lim­ites internes au mou­ve­ment, ce type de bonne volon­tĂ© subit un impor­tant frein: la rĂ©pres­sion poli­cière. “Il y a une envie de lim­iter l’impact envi­ron­nemen­tal, mais il y a avant ça la volon­tĂ© d’éviter d’être saisi”, explique Robin. Car si organ­is­er une teuf sur un site pro­tĂ©gĂ© peut don­ner lieu Ă  une forte amende, celle-ci pèse bien peu face Ă  la perte de matĂ©riel, voire les vio­lences graves comme Ă  Redon ou Nantes. Pour Robin, “si la rĂ©pres­sion ces­sait, les organ­isa­teurs pour­raient mieux se prĂ©oc­cu­per du choix du lieu”. Un souci Ă©gale­ment bien com­pris par l’association Bre­tagne Vivante, qui souhaite surtout “que les organ­isa­teurs puis­sent avoir des lieux vrai­ment adap­tĂ©s”. Robin se mon­tre mĂŞme très opti­miste, la free reprĂ©sen­tant pour lui un mod­èle alter­natif, pou­vant incar­n­er une forme de dĂ©crois­sance. Lui qui est par ailleurs tech­ni­cien dans le monde du spec­ta­cle affirme que “mĂŞme s’il y a beau­coup Ă  redire sur les vĂ©hicules ou les gĂ©nĂ©ra­teurs, je vois bien qu’à frĂ©quen­ta­tion Ă©quiv­a­lente, une free con­somme large­ment moins qu’un con­cert clas­sique”, bien qu’il n’ait pas de chiffres pour le cer­ti­fi­er. La free par­ty Ă  l’avant-garde de l’écologie ? Cela reste plus facile Ă  dire qu’à faire.

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