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Mike Myers as Shrek in "Shrek"
13 juin 2019

Pourquoi la bande originale de Shrek est-elle si culte et s’offre une sortie vinyle en 2019 ?

par Elie Chanteclair

Sortez le disque de sa pochette. Déposez-le sur le plateau du lecteur, insérez délicatement le diamant entre deux sillons de la galette et criez : « Sortez de mon marais ! »  à quiconque viendra troubler votre jouissif et nostalgique moment musical. Car oui, la sortie de la bande originale du premier opus de Shrek en vinyle a été annoncée pour août. Cette information peut sembler bien anodine ; elle l’est probablement. Mais pour une poignée d‘irréductibles villageois, cette réédition constitue une excellente occasion de se replonger dans un film classique, une époque désormais révolue et, surtout, une ambiance unique.

Pour porter dignement l’atmosphère et l’identité d’un long-métrage d’animation, une BO se doit de réunir plusieurs ingrédients parfois difficiles à concilier. Cela peut-être un thème et un timbre identifiable, comme dans Les Indestructibles, où les cuivres explosifs nous évoquent dès l’ouverture l’univers rétro-futuriste, héroïque et très référencé d’une métropole aux gratte-ciels interminables. On doit également miser sur un jeu de sonorités bien huilé et cohérent : Toy Story en est le parfait exemple, avec une ambiance jazz développée sur pas moins de quatre films (bientôt cinq, mais il est encore trop tôt pour s’avancer). Les thèmes de l’enfance, du temps qui passe sont parfaitement retranscrits par des accords de piano propres à ce style de musique, chauds mais mélancoliques. Shrek ne s’encombre de rien de tout cela, et c’est ce qui le rend génial.

En effet, les morceaux accompagnant les aventures de l’ogre vert ne sont pas reliés par un fil conducteur extrêmement identifiable : c’est un brassage qui ne se contente pas de soutenir l’ambiance du film, mais de la créer. On peut d’ailleurs segmenter la tracklist en différentes catégories bien distinctes. Tout d’abord, le rock saturé et potache, propre à l’humour décalé (et parfois un peu crado) du dessin-animé : « Bad Reputation » du groupe Halfcocked pendant l’incroyable scène où Shrek et l’Âne mettent la misère aux chevaliers de Lord Farquaad, et bien évidemment Smash Mouth, qui connaît son heure de gloire en signant deux titres sur cette BO, « I’m A Believer » et l’interplanétaire, l’infatiguable « All Star ». Ce dernier morceau est extrêmement intéressant, tant il est devenu indissociable du film ; c’est d’ailleurs en grande partie grâce à lui que Shrek est encore aussi populaire chez les geeks et les fans de memes, comme en témoigne la quantité de détournements postés sur Internet depuis plusieurs années. Ensuite, on trouve les chansons tristes, tout aussi cultes. La reprise de « Hallelujah » par Rufus Wainwright en est la plus célèbre et évidente illustration, tout en invitant à redécouvrir l’originale de Leonard Cohen : on a tous eu envie d’aider ce brave Shrek à reconquérir Fiona, prise entre les griffes d’un mariage forcé. La troisième catégorie est celle des mélomanes les plus exigeants : du rock indé comme on l’aime, avec l’excellent « My Beloved Monster », issu du premier album de Eels sorti en 1996, Beautiful Freak. La chanson apporte une atmosphère toute spéciale à une balade champêtre et timidement galante entre l’ogre et la princesse. On notera également « Stay Home » de Self, groupe de rock alternatif ayant travaillé avec Beck .

La quatrième catégorie est celle qui parachève l’ensemble. Des chansons bubblegum à la frontière des styles et du mauvais goût, transpirant le début des années 2000 : le beat dansant, les scratchs, les guitares électriques, les voix féminines, le refrain « plus pop tu meurs » du « Like Wow » de feu Leslie Carter, soeur d’un Backstreet Boy, compile tout cet esprit dans un guilty pleasure des plus extrêmes. C’est toutefois avec ce morceau que l’on comprend pourquoi la BO de Shrek est si géniale : les studios Dreamworks n’ont pas cherché à créer une ambiance musicale médiévale et convenue, qui aurait pu plus facilement s’engouffrer dans l’univers facétieux et parodique de Fort Fort Lointain. Ils ont concocté un bouillon de pop culture si hétéroclite et rafraîchissant qu’il a fait du film un des meilleurs produits de son époque, à cheval entre la fin des années 90 et le nouveau millénaire. Il y a de l’émotion, du kitsch et des tubes. Shrek est devenu grand, et délicieusement vintage, y compris en 45 tours.

Si vous ne pouvez pas patienter jusqu’au 2 août, voici de quoi vous refaire la B.O.

 

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