© Photography by Jake Davis (www.hungryvisuals.co.uk)

Printworks : l’immense warehouse londonienne qui nous réconcilie avec les superclubs

La fin du monde est pour bien­tôt. Enfin au moins la fin de l’Europe telle que nous l’entendons : d’ici le 29 mars, ou d’ici trois mois si un report est enfin voté, nos cousins anglais quit­teront l’Union européenne. Le bor­del déjà en cours à Gare du Nord avec une grève des douaniers donne un bon aperçu du futur chaos. Résul­tat : peut‐être qu’il fau­dra éviter les allers‐retours lon­doniens dans peu de temps. Mais en atten­dant, autant en prof­iter. Et s’il y a bien un endroit à tester avant de couper les ponts avec la per­fide Albion, c’est bien Print­works. En se per­dant dans une zone indus­trielle de l’East Lon­don, aux alen­tours d’un Decathlon et de la Hawk­er House, sorte de parc à thème pour adultes avec street‐food, bar à gin et tables de ping‐pong, dif­fi­cile d’imaginer qu’ici se cache l’un des lieux de fêtes les plus exci­tants des nuits anglais­es. C’est là, dans les anciens docks ornés aujourd’hui de grandes tours en verre, au milieu d’un quarti­er rel­a­tive­ment vide (et dénué de pont, comme dans tout l’est lon­donien), qu’étaient imprimés dans un gigan­tesque entre­pôt le Metro ou le Evening Stan­dard. Et qui dit énorme imprimerie, dit lieu par­faite­ment insonorisé. Impos­si­ble depuis la rue déserte d’entendre quoique ce soit. Il y aurait de quoi, pour­tant : depuis deux ans à Print­works, la musique élec­tron­ique a rem­placé le bruit des machines, pour des fêtes house ou tech­no, de jour comme de nuit. Un dédale d’immenses hangars, de cour­sives, d’escaliers et de mez­za­nines, dans un décor indus­triel, où les anciens engins d’impression cohab­itent avec les dizaines de lights quadrillant l’endroit. 11 000m² à l’intérieur, 3700 à l’extérieur. Plusieurs espaces vides pour faciliter la cir­cu­la­tion et per­me­t­tre de pren­dre l’air loin de la foule. Quelques stands de nour­ri­t­ure, bars (dont un bar à cock­tail), casiers et toi­lettes. Un mini‐club pour les artistes émer­gents. Et surtout, un colos­sal dance­floor, tout en longueur, bardé de part et d’autres d’enceintes et de lumières, avec en fond, minus­cule au milieu de la foule, le DJ, posé devant un écran LED atteignant à vue de nez les huit mètres de haut. 5000 per­son­nes éparpil­lés dans ce labyrinthe gar­gantuesque. Et sur­prise : c’est beau, entre murs bruts, lumières hyp­no­ti­santes et fringues bigar­rées.

Ce jour‐là, same­di 9 mars, de midi à 23 heures, place à la house. Nor­mal, puisque c’est le grand Ker­ri Chan­dler qui tient les rênes de la soirée, aux côtés de Skream, Mr G ou Motor City Drum Ensem­ble. Avec une pro­gram­ma­tion pareille, pas de sur­prise : impos­si­ble de ne pas danser, entre les clas­siques garage et house bal­ancés par Ker­ri Chan­dler, un live de Mr G ou un remix de “17 Days” de Prince lâché par MCDE. Mais au‐delà de la musique, il y a autre chose qui donne envie de danser à Print­works : le côté safe de l’événement. En talons aigu­ille ou en bas­ket, en mini‐robe ou en jog­ging, gay, hétéro, lad lon­donien ou pépète française en week‐end, quadra ou post‐ado, per­son­ne n’emmerde per­son­ne. Ce qui est mal­heureuse­ment suff­isam­ment rare pour être noté. La gen­til­lesse du per­son­nel de sécu et le fait qu’ils soient si nom­breux (y com­pris à la sor­tie du club pour faire tra­vers­er la route en toute sécu­rité), quoique dis­crets, joue peut‐être. Le fait que tout le monde ait besoin de se chang­er les idées quand le mot “Brex­it” est pronon­cé 14 fois par minute depuis plusieurs semaines a peut‐être égale­ment son intérêt. Après avoir impéra­tive­ment pen­sé aux early‐birds (le tick­et à l’entrée se ven­dant 42 livres, une for­tune), restent les pro­por­tions mon­u­men­tales, l’ambiance respectueuse et les déci­bels non bridées. De très bonnes raisons pour tra­vers­er la Manche. Tant qu’on peut tran­quille­ment.

© Pho­tog­ra­phy by Jake Davis (www.hungryvisuals.co.uk)

 

Ker­ri Chan­dler. © Pho­tog­ra­phy by Jake Davis (www.hungryvisuals.co.uk)

 

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