Renaud 'Reno' Gay, hiver 2016. Crédit photo : Mathieu Zazzo pour Tsugi.

Renaud “Reno” Gay d’Expressillon et Concrete : respect éternel

Nous avons appris en début de semaine la triste dis­pari­tion des suites d’une longue mal­adie de Renaud “Reno” Gay respon­s­able de la pro­duc­tion artis­tique de Con­crete. Mais au‐delà de ce dernier rôle impor­tant chez l’agence Sur­prize, on retien­dra aus­si son activisme au sein de la scène rave/free par­ty qu’il décou­vre dès 1992 lors de la pre­mière venue en France des Spi­ral Tribe. Il en tis­sera des liens d’amitié qui ne seront pas oubliés lorsqu’il lancera en 1997 le label Expres­sil­lon, terre d’accueil des pro­duc­tions sonores des “Spi” 69DB, Crys­tal Dis­tor­tion et autres Ixy. On doit aus­si à Reno Expres­sil­lon, comme on l’appelait, la décou­verte d’un cer­tain Mael­strom dont il sor­ti­ra en 2009 le maxi “Il Traf­fi­co”. En hom­mage à Reno, nous pub­lions son dernier pas­sage dans nos pages dans notre hors série d’hiver lors d’une inter­view avec ses amis de la team Sur­prize. Respect éter­nel.

Arti­cle extrait du hors‐série 14 de Tsu­gi (hiv­er 2016), disponible à la com­mande ici.

Surprize Parties

Con­crete, Weath­er, Hors série, autant d’événements qui ces cinq dernières années ont boulever­sé la nuit parisi­enne. Ren­con­tre avec les activistes de l’agence Sur­prize, à l’origine de ces suc­cès.

Une barge au bord de Seine, en plein cen­tre de Paris. Un cadre unique au monde qui a vu sur son dance­floor explos­er la scène la plus exci­tante de ces dernières années. Celle qui a mis à l’honneur de nou­velles têtes français­es ou étrangères (MCDE, Rød­håd, Ben Vedren, S3A) ou qui a su remet­tre en mémoire les pio­nniers oubliés (Luke Slater, Robert Hood, Lil’ Louis). Logique donc de retrou­ver sur les lieux de ce que l’on appelle désor­mais “la” Con­crete, et sans laque­lle le Weath­er Fes­ti­val n’aurait jamais existé, les cerveaux de la team Sur­prize pour tir­er le bilan de cinq années, qui les a vus régn­er sur la tech­no et la house parisi­enne. En toute mod­estie.

Vous venez de fêter les cinq ans de Con­crete, on fêtera les cinq ans de Weath­er l’année prochaine, c’est un accom­plisse­ment ou bien est‐ce juste une étape ?

Aurélien Dubois (prési­dent) : C’est un accom­plisse­ment dans l’étape! (rires) Du freestyle un peu con­trôlé. Mais au départ, on n’avait pas prévu de plan de développe­ment à part entière et on est tou­jours en per­pétuelle remise en ques­tion sur ce que l’on fait.
Brice Coud­ert (directeur artis­tique) : Tout ce pro­jet, c’était quand même notre rêve au départ, mais je pense que l’on n’imaginait pas aller aus­si loin aus­si vite.
Pete Vin­cent (par­ty man­ag­er) : Un peu des deux, mais c’est surtout une pas­sion parce qu’il faut être un peu fou pour faire tout ça.

Brice, tu dis sou­vent que vous vous êtes dévelop­pé trop vite…

Brice : Depuis cinq ans, on n’a pas sor­ti la tête de l’eau, parce que l’on est pas­sion­né et on est inca­pable de dire non à un pro­jet. Comme lorsque l’on trou­ve un lieu comme le Paris Event Cen­ter (où se déroule le Weath­er Win­ter, ndr). Ce n’était peut‐être pas le moment de créer un nou­v­el événe­ment, mais c’était très exci­tant.
Aurélien : Et on reste très attaché à ce qu’étaient les soirées tech­no à l’origine, c’est-à-dire des événe­ments qui se pas­saient chaque fois dans des lieux dif­férents.
Renaud Gay (respon­s­able de la pro­duc­tion artis­tique) : Notre orig­i­nal­ité, c’est de vouloir lancer des nou­veaux pro­jets tout en péren­nisant Con­crete, qui se déroule toutes les semaines.
Aurélien : Sur Con­crete, il y a une volon­té con­stante d’amélioration. Que ce soit vis‐à‐vis des artistes, pour qu’ils puis­sent avoir une expres­sion artis­tique plus aboutie, et vis‐à‐vis du pub­lic au niveau de l’accueil et du con­fort.

Le crew Con­crete. De gauche à droite : Jonathan Malaisé, Brice Coud­ert, Aurélien Dubois, Pete Vin­cent et Reno Gay. Crédit : Math­ieu Zaz­zo pour Tsu­gi.

Est‐ce que vous avez été sur­pris du suc­cès des pre­mières fêtes Con­crete, ori­en­tées tech­no house, alors qu’à l’époque à Paris le son en vogue était plus celui de la french touch 2.0 ?

Brice : Pour moi, c’était évi­dent que c’était le son que les gens voulaient, puisque quand tu allais à l’étranger, il y avait plein de Français qui venaient écouter ces sons‐là, joués par des artistes que l’on ne voy­ait pas à Paris. Mais je crois aus­si que la mort de DJ Meh­di a mar­qué la fin de cette péri­ode french touch. Au même moment, il y a eu aus­si la grosse hype autour de Berlin, du Berghain avec Ben Klock et Mar­cel Dettmann, qui ont com­mencé à être des pop stars.
Renaud : Toutes les musiques que l’on entend à Con­crete – la tech­no, la house, la min­i­male – revi­en­nent aux sources de ce qu’est la musique élec­tron­ique. C’est-à-dire une musique répéti­tive où l’on a le temps de con­stru­ire les choses, avec des DJs qui jouent très longtemps. Avant Con­crete, on ne voy­ait plus du tout ça. La french touch 2.0, c’était de la musique immé­di­ate avec des tubes, la musique élec­tron­ique était dev­enue une musique de sin­gles.

Avez‐vous l’impression d’avoir été à l’origine d’une scène ou bien est‐ce que vous l’avez juste accom­pa­g­née ?

Brice : Elle aurait peut‐être gran­di dif­férem­ment si l’on n’était pas inter­venu. Si ça se trou­ve, les stars à Paris n’auraient pas été Ben Klock ou Lil’ Louis, mais Skrillex ! (rires) Si l’EDM n’a pas réus­si à se dévelop­per à Paris, c’est peut‐être parce que nous, et d’autres orgas, avons pro­posé un autre style de musique et c’est ce qui l’a emporté.
Pete : Je trou­ve que Paris a tou­jours eu la vibe tech­no ou house, mais elle a été en quelque sorte cachée pen­dant un cer­tain temps, je pense qu’on a été l’étincelle sur un feu qui était juste en veille.

C’était impor­tant pour vous de remet­tre aus­si sur le devant de la scène des pio­nniers dont qua­si­ment plus per­son­ne ne voulait ?

Brice : En 2011, quand on est arrivé, on est par­ti de zéro et on s’est dit qu’on était là pour édu­quer les gens, donc on allait le faire avec des jeunes artistes, mais aus­si avec des pio­nniers qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de voir. Pen­dant dix ans, Robert Hood venait juste une fois par an au Rex Club, et Der­rick May, lui, jouait au Djoon devant 300 per­son­nes. La pre­mière fois que j’ai fait venir Robert Hood, la majorité du pub­lic ne l’avait jamais vu. La pre­mière fois que DJ Deep a joué, des jeunes venaient me voir et me demandaient de quel pays il était ?

Vous dites sou­vent que votre pub­lic est très éduqué musi­cale­ment, mais on a quand même l’impression que sa moti­va­tion pre­mière, c’est la teuf plus que la musique…

Brice : Oui, il est là pour faire la teuf, mais il n’empêche qu’il est aus­si plus éduqué musi­cale­ment qu’il y a cinq ans. On le voit avec ce qu’il se passe sur les groupes Face­book Weath­er Fes­ti­val Music, Chineurs de house ou Chineurs de tech­no. Il y a quand même des petits gars de 18, 20 ans qui ont une meilleure cul­ture que moi au même âge. On peut aus­si dire que le pub­lic est moins éduqué à la fête, bor­délique, très dif­fi­cile à tenir, râleur sur les réseaux soci­aux…

Le fameux reproche “Con­crete : c’était mieux avant”, vous le com­prenez ?

Pete : C’est typ­ique­ment humain de se remé­mor­er le passé et se dire: “Ah, le bon vieux temps !”
Renaud : Au bout de six mois de Con­crete, les gens dis­aient déjà que c’était mieux avant ! Quand on fait l’anniversaire de nos cinq ans, on a vu sur Face­book des gens qui postaient de pho­tos de Con­crete du début en dis­ant: “Ah, c’était la bonne époque.” Mais c’était il y a à peine cinq ans !
Jonathan Malaisé (directeur des espaces scéniques) : Quand on a com­mencé à organ­is­er nos pre­mières raves avec Aurélien, on nous dis­ait déjà que c’était fini les raves, c’était mieux avant ! Alors pour en avoir vécu beau­coup, je sais que ce ne sont pas for­cé­ment les pre­mières Con­crete qui ont été les meilleures. Aujourd’hui, il y a des gros dimanch­es qui sont vrai­ment très spé­ci­aux. Mais ça fait tou­jours bien de dire que c’était mieux avant et que l’on était là avant tout le monde. Et ils oublient quand même qu’il n’y avait pas la qual­ité de son qu’il y a aujourd’hui, ni le même con­fort dans l’accueil du pub­lic.

Est‐ce que l’on peut imag­in­er qu’un jour comme à Nuits Sonores à Lyon, on pour­ra voir à Weath­er aus­si bien Jamie XX ou Cari­bou que Unforseen Alliance ou François X ?

Brice : Jamie XX, Cari­bou, ce n’est pas non plus le grand écart. C’est juste une ques­tion de logis­tique, parce que ce n’est pas évi­dent d’avoir des gros lives au milieu de DJs. Mais musi­cale­ment, pro­gram­mer des artistes plus pop, ce n’est pas dans notre ADN et je ne pense pas que les gens nous feraient con­fi­ance. Si on com­mence à faire du Rihan­na on va nous envoy­er des tomates. (rires) On suiv­ra la musique élec­tron­ique là où elle sera la plus intéres­sante, mais on ne se forcera pas à élargir le spec­tre juste pour l’élargir.
Renaud : On a envie de rester ce que nous sommes, Weath­er ne va pas devenir demain un fes­ti­val pop.

Aurélien Dubois. Crédit : Math­ieu Zaz­zo pour Tsu­gi.

C’est pos­si­ble de faire un Weath­er sans Nina Krav­iz, Mar­cel Dettmann ou Ben Klock ?

Brice : Ben Klock c’est quand même un des meilleurs DJs au monde. C’est la référence. Si j’entendais un jeune mec qui mix­ait comme lui, je le book­erais sûre­ment et ça me coûterait moins cher. (rires) Nous ne sommes pas dans une cul­ture pop où des agences de pub vont nous sor­tir des nou­velles stars tous les ans. On est dans une musique où il y a des pio­nniers qui sont tou­jours là, et on ne par­le pas de gens qui sor­tent des albums, mais de DJs. Des gens qui ont un savoir‐faire : s’ils étaient bons il y a trois ans, ils le sont encore aujourd’hui.
Renaud : La musique n’est pas la même. Dans la pop, un groupe va rejouer ses clas­siques ad vitam æter­nam, mais le set de Ben Klock cette année n’avait rien à voir avec celui d’il y a trois ans par exem­ple. Weath­er, c’est un équili­bre entre les repères artis­tiques que tu cites, car pour le pub­lic, il faut des grands noms et puis des choses beau­coup plus orig­i­nales et des créa­tions.
Aurélien : La force de Weath­er, ce sont les pro­jets spé­ci­aux que pro­pose Brice. Par exem­ple Robert Hood qui fait un set hip‐hop, ou pro­gram­mer des asso­ci­a­tions d’artistes que l’on ne voit pas ailleurs. On pro­gramme peut‐être des artistes qui tour­nent beau­coup, mais ils font des choses uniques pour nous.
Brice : En par­lant avec des artistes comme MCDE et DVS1, la pre­mière chose qu’ils m’ont dit c’est: “Quand on vient ici, on est comme à la mai­son, on vous con­naît, on con­naît le pub­lic, on est à l’aise et on a envie de faire de belles choses.” C’est ce que j’ai ressen­ti cette année au Weath­er, où tous les artistes avaient envie de se don­ner à fond, pour nous et pour le pub­lic.
Aurélien : Les artistes font par­tie de l’équipe, cer­tains nous accom­pa­g­nent depuis le début, ils ont suivi notre évo­lu­tion, et ils savent que l’on con­tin­ue à met­tre en appli­ca­tion les mêmes valeurs que l’on avait au départ. C’est pour ça qu’ils sont sou­vent beau­coup plus à l’aise de venir jouer pour nous que pour quelqu’un d’autre.
Pete : Oui, je crois que les artistes qui vien­nent chez nous repar­tent plus que sat­is­faits, parce qu’ils se sont sen­tis libres de jouer ce qui leur plai­sait.

On a l’impression que les pou­voirs publics sont plutôt bien­veil­lants à votre égard, c’est quoi votre secret ?

Aurélien : Je ne dirais pas qu’il y a une bien­veil­lance. On respecte juste les règles. Cela nous coûte beau­coup finan­cière­ment et humaine­ment, notam­ment au niveau des retours du pub­lic. Comme lorsque l’on se con­traint à dif­fuser à 105 dB en fes­ti­val en extérieur alors que l’on peut en faire péter 130. J’ai Brice et Jonathan qui vien­nent me deman­der toute la nuit de met­tre plus fort. Même moi je suis dégoûté de ne pas le faire, mais il y a des règles. On fait aus­si très atten­tion en matière de sécu­rité. Sur la barge, per­son­ne n’est tombé à l’eau en cinq ans, on n’a pas eu une seule per­son­ne hos­pi­tal­isée avec pronos­tic vital engagé, alors que nous recevons 500000 per­son­nes à l’année sur toutes nos activ­ités.
Jonathan : Même quand nous fai­sions des soirées à la Sira à Asnières, dès le début on a fait des amé­nage­ments parce que nous ne voulions pas ris­quer de tuer notre pub­lic. Car s’il y a un inci­dent grave, tu peux non seule­ment y laiss­er ton pro­jet, mais c’est aus­si toute la scène qui peut dis­paraître.
Aurélien : Depuis cinq ans, on sort de la dia­boli­sa­tion. Au niveau pou­voirs publics, ils peu­vent dire qu’ils ont la pos­si­bil­ité de tra­vailler avec des gens sérieux. Ce serait dom­mage parce que l’on a trop d’enthousiasme d’oublier de pren­dre telle ou telle mesure pour qu’il n’y ait pas de dif­fi­cultés. On s’autocensure sur beau­coup de choses, c’est aus­si ce qui fera notre longévité.

Aujourd’hui avec la mul­ti­pli­ca­tion des événe­ments, des col­lec­tifs, la con­cur­rence sem­ble de plus en plus dure entre organ­isa­teurs…

Pete : Aujourd’hui je suis vrai­ment con­tent de lire les listes d’événements parisiens et de voir que le pub­lic a le choix d’écouter une grande var­iété de musique.
Brice : Ça crée une énergie. Si les gens venaient chez nous tous les week‐ends, à un moment don­né, ils se lasseraient et ne sor­ti­raient plus. Toute cette effer­ves­cence leur per­met d’aller de lieux en lieux et de créer de nou­velles envies. Main­tenant sur la dernière année, en rai­son de la con­cur­rence, on a bat­tu des records au niveau des cachets. C’est devenu un vrai prob­lème.
Aurélien : Au point que cela devient dif­fi­cile de rentabilis­er une soirée, on touche aux lim­ites de l’exercice. Quand tu ouvres ton club, tu sais que tu es défici­taire, donc com­ment tu peux con­tin­uer à ouvrir ?
Renaud : Paris est devenu une poule aux œufs d’or pour cer­tains DJs, alors qu’avant, c’était la mis­ère. Mais on a atteint le pla­fond de ce qu’on peut leur don­ner. L’espace de Con­crete est opti­misé et l’on ne peut pas pouss­er les murs.
Brice : Il ne faut pas oubli­er que le club est gra­tu­it jusqu’à minu­it et qu’il n’est pas rem­pli de tables pour ven­dre des bouteilles.
Aurélien : Nous n’avons pas envie d’avoir une sélec­tion à la porte où ne ren­tr­eraient que des gens qui sont blind­és. Nous, on reçoit les gens qui aiment la musique, qui vien­nent pour danser et pass­er un bon moment. On ne veut pas entr­er dans un mod­èle où on ferait ce que l’on cri­tique.

Le récent rap­port de la Sacem sur les musiques élec­tron­iques soulig­nait la fragilité économique des acteurs du milieu…

Aurélien : Nous sommes une jeune entre­prise, on cherche encore un mod­èle économique qui puisse fonc­tion­ner sans que l’on ait besoin d’aller d’événements en événe­ments pour pay­er nos fac­tures. On a mis Con­crete aux normes et on est arrivé à un équili­bre financier, mais nous n’avons pas encore atteint l’aboutissement de ce que l’on voudrait faire. Sur Weath­er, nous avons seule­ment 3% de sub­ven­tion, alors que c’est pour­tant le fes­ti­val des musiques élec­tron­iques de Paris, donc on le finance via le tra­vail que l’on fait au quo­ti­di­en sur Con­crete. C’est impor­tant de dire que nous sommes nos pro­pres mécènes et c’est cer­tain que si l’on n’avait pas dévelop­pé Weath­er, on aurait pu s’acheter des appart’ et des bag­noles! (rires), Mais c’est ce qui con­stitue notre iden­tité, on a telle­ment foi en la musique élec­tron­ique que l’on fait quelque chose qui n’a jamais été fait aupar­a­vant.
Jonathan : Organ­is­er Con­crete sur la barge, c’est quelque chose qui nous a coûté très cher en cinq ans. C’est un étab­lisse­ment flot­tant, avec beau­coup de travaux de main­te­nance. Si on avait un lieu avec qua­tre murs en sous‐sol, on aurait gag­né plus d’argent.

Vous avez songé à par­tir de la barge ?

Brice : Con­crete c’est ici, et c’est notre base. C’est dans cet endroit que l’on a changé les choses. C’est un sym­bole à l’étranger. Les artistes y sont attachés parce qu’ils n’ont pas l’impression de jouer dans un lieu inter­change­able.

S’il n’y avait qu’un seul moment à retenir de ces cinq ans ?

Brice : Le pre­mier Weath­er à Mon­treuil où on s’est retrou­vé avec 16000 per­son­nes dans le Palais des Con­grès. On ne s’attendait pas à autant de gens. On s’est ren­du compte que le rêve que l’on avait de con­stru­ire une scène à Paris avec un pub­lic était en train de se réalis­er.
Jonathan : J’ai de gros sou­venirs de la Sira à Asnières quand on y a délo­cal­isé Con­crete. Cela fai­sait longtemps que l’on n’y était pas allé.
Pete : L’anniversaire de nos cinq ans, où il y avait tout le staff et tous nos rési­dents au même endroit, c’était juste mag­ique. Le gâteau en parpaing, les énormes plateaux de shots pour notre pub­lic. Mais quelle ambiance!
Renaud : Je les ai rejoints plus tard, donc j’ai moins de sou­venirs ponctuels, mais je retiens la diver­sité d’une pro­gram­ma­tion artis­tique très forte pen­dant le Weath­er au bois de Vin­cennes en 2015, avec par exem­ple Der­rick May avec l’Orchestre Lam­oureux.
Aurélien : Je me rap­pelle du dernier morceau un peu trance que Nina Krav­iz a joué à Vin­cennes en 2015. On était en train de démon­ter, je suis sor­ti comme un fou de la car­a­vane où je bos­sais pour aller en plein milieu du dance­floor, j’avais la chair de poule. C’était le lever de soleil. Deux min­utes avant, je gueu­lais parce qu’il fal­lait couper, et là j’ai dit : “Allez on va con­tin­uer !” Alors que tu avais des CRS qui attendaient que l’on dépasse l’heure fatidique pour inter­venir! Tout peut très vite bas­culer…

Crédit : Math­ieu Zoz­za pour Tsu­gi.

Quelques souvenirs marquants de Concrete/Weather par des témoins privilégiés…

ADRIEN BETRA (FONDATEUR)

Je me sou­viens du chemin de croix quand il a fal­lu mon­ter Sur­prize. J’ai dû galér­er trois semaines pour dépos­er les statuts. J’étais plutôt fier de mon résul­tat, mais quelque temps plus tard on a eu la chance d’avoir un vrai compt­able qui a dû tout repren­dre. Là j’ai com­pris de l’intérêt d’avoir un bon compt­able. Quand on a com­mencé avec Aurélien, on n’avait même pas de quoi se pay­er un bureau. Un ami nous a prêté son appart à Abbess­es. On arrivait le matin quand il par­tait tra­vailler, on amé­nageait notre bureau dans le salon avec qua­tre tréteaux, deux planch­es. Le soir on rangeait tout avant qu’il ren­tre du taf. La pre­mière teuf qu’on a faite, c’était à la Machine du Moulin Rouge. On avait vu grand avec Aurélien (propulseur de cotil­lons, sculp­teur de bal­lon, décors, 10 DJs…). On avait créé des t‐shirts pour des filles genre ‘les Sur­prizettes’ avec mar­qué dessus ‘Sur­prize’ devant et der­rière. Ce n’était peut‐être pas du meilleur goût, heureuse­ment elles les ont enfilés telle­ment rapi­de­ment qu’elles n’ont pas dû lire la phrase inscrite au dos.”

FAUSTINE (HABITUÉE)

Le jour de l’an 2011 à Con­crete. Le DJ‐booth était à cette époque à l’opposé de là où il est actuelle­ment, et il y avait encore des bar­rières devant. C’était un beau bor­del organ­isé ! Nous étions con­tents d’avoir un tel événe­ment sur Paris, pas besoin d’aller à l’étranger. L’after du Weath­er Fes­ti­val 2015 sur le bateau, nous pen­sions juste pass­er y faire un tour et nous sommes finale­ment restés toute la journée ! Les gens étaient fatigués et mal­gré le line‐up incroy­able, c’était très peu rem­pli. Du coup, il y avait eu une très bonne ambiance pour cette journée d’after et tout le monde avait fini avec le sourire sur quelques pas de danse : danseurs et DJs, organ­isa­teurs et bar­men. Un b2b légendaire entre Lowris et Lamache en juin 2016. La soirée s’annonçait gen­tille, une Con­crete gra­tu­ite, avec seule­ment le wood­floor ouvert, une fin prévue pour 2 h. En tra­vail­lant le lende­main, cela parais­sait presque raisonnable. Mais ce set était au final telle­ment bien que je me suis retrou­vée sur le wood­floor pour la fer­me­ture qui s’approchait plus des 4 h du matin que des 2 h. Per­son­ne n’avait osé arrêter cette Con­crete car la magie avait opéré, les orgas dan­saient au lieu de couper le son.”

FABRICE DESPREZ (AGENCE PHUNK, RESPONSABLE MÉDIAS)

Le pre­mier Weath­er à Mon­treuil, rave géante aux con­di­tions apoc­a­lyp­tiques. Je me rap­pelle la fin du set des Roumains Arpi­ar qui jouent en dernier track au petit matin ‘Graphite — Pure’ avec la con­den­sa­tion qui tombe du pla­fond et cet hal­lu­ci­nant mélange de gens débrail­lés, déchaînés et heureux, grand moment d’amour col­lec­tif. Men­tion spé­ciale aux deux‐trois mois à la Sira (Asnières) début 2013 pen­dant les travaux sur la barge, une vraie bulle de rave indus­trielle bien moite, sou­venirs de Ben Klock en bas en mode dan­tesque béton, et de Jus‐Ed en haut pen­dant des heures, le truc récent à Paris qui se rap­proche le plus des années Mozi­nor selon les ‘anciens’. Plus générale­ment je me rap­pelle avec émo­tion l’émergence d’une nou­velle scène issue d’une nou­velle généra­tion avec ses codes, ses réseaux, ses préoc­cu­pa­tions, ses façons de com­mu­nier aus­si en ligne. Tout ce que cer­tains défendaient assez con­fi­den­tielle­ment et dans une rel­a­tive indif­férence depuis longtemps était en train d’exploser et de cap­tiv­er une nou­velle et nom­breuse généra­tion. Sans compter l’ambiance générale de blagues, de partage d’amour, de WTF, de redes­cente voire de drague, qui rap­pelait un peu les grandes heures des petites annonces de Libé 30 ans plus tard en ver­sion tech­no en ligne. Par la suite le fameux groupe Face­book Weath­er Fes­ti­val Music (et son équiv­a­lent ‘alter­natif’ Pas‐Weather Fes­ti­val Music) a péren­nisé le truc.”

MOULOUD OURABAH (COMMUNITY MANAGER ET STAGE MANAGER À CONCRETE)

La deux­ième fois où Mar­cel Dettmann a été booké chez nous en mars 2013. Il avait gardé un sou­venir mémorable de sa pre­mière sur le bateau et voulait absol­u­ment y rejouer. Mais il y avait un hic, le bateau était en travaux donc on avait donc du déplac­er la teuf à la Sira à Asnières. Il n’a pas hésité à nous exprimer sa décep­tion quand on lui a fait savoir qu’il ne rejouait pas à Gare de Lyon. De plus, il était prévu qu’il joue de 21h à minu­it. Il fal­lait tout met­tre en œuvre pour qu’il se sente bien.  On ne lui a pas lais­sé de temps mort, dès que sa coupe de cham­pagne était vide, on la rem­plis­sait aus­sitôt. Résul­tat des cours­es : on a fer­mé à 4 h du mat’ et il ne voulait plus s’arrêter. Juste après le 13 novem­bre 2015, un dimanche avec le label Drum­code. En cours de journée, on a reçu un mes­sage de Dave Clarke qui devait se ren­dre à Ams­ter­dam, mais qui finale­ment a décidé de venir à Paris pour nous apporter son sou­tien. Comme prévu, il est venu, il s’est pro­posé de jouer gra­tu­ite­ment, et comme Alan Fitz­patrick a annulé sa venue, l’occasion était rêvée. Il a juste demandé qu’on lui paye des ver­res et un taxi. Je me sou­viens de kids qui me demandaient qui était ce mec et où était Fitz­patrick. Ma réponse était : ‘Attends, tu vas voir.’ En effet, ils ont vu. Il a joué et a cassé le club, les gens étaient fous. Au moment de se dire au revoir il nous a expliqué que toute sa vie il s’est bat­tu con­tre toutes formes de fas­cisme et que mal­gré tout ce qui peut se pass­er, ‘The Show must go on’.”

(Vis­ité 5 175 fois)