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© Tom Mitchell
8 avril 2022

🗞️ Rencontre avec les rockeuses déjantées Los Bitchos

par Violaine Schütz

Avec un premier album rigolo et jouissif produit par Alex Kapranos (Franz Ferdinand), le girls band instrumental anglais Los Bitchos remet la fête au cœur du rock, convoquant l’esprit de la cumbia et du surf déjanté façon BO de Tarantino. Le groupe sera en concert ce samedi à la Maroquinerie à Paris. Rencontre.

Article issu du Tsugi 147 : Radio Activity, La folle histoire des radios musicales : des pirates aux webradios, disponible à la commande en ligne.

En général, lire le communiqué de presse d’un disque qui s’apprête à sortir est un exercice plutôt ennuyeux. On nous explique comment le groupe s’est rencontré, où l’album a été enregistré et pourquoi leur musique est géniale. Sauf que pour Los Bitchos, on a droit à quelques lignes aussi délirantes que la musique de ces Anglaises qui se fichent des étiquettes. On peut ainsi lire que la bande a composé une chanson après avoir avalé des champis et qu’« une des membres a un grand-père cow-boy uruguayen, tandis qu’une autre a déjà monté deux poneys simultanément à la TV nationale suédoise, dans une tenue conçue par le même homme qui a confectionné les costumes d’ABBA ».

Lorsqu’on rencontre les quatre Londoniennes à franges à Paris à l’occasion de la sortie de leur premier album, Let The Festivities Begin !, elles confirment que tout est vrai, sauf l’histoire des champignons. « En fait, c’était plus compliqué qu’une nuit sous influence chimique. » Si Los Bitchos noie le poisson concernant la drogue, le groupe ne surjoue pas son excentricité. Formé en 2017, le gang composé de Serra Petale (guitare), Agustina Ruiz (keytar), Josefine Jonsson (basse) et Nic Crawshaw (batterie) a démontré en une poignée de concerts sauvages (dont les Trans Musicales 2019), de singles tubesques et de clips délicieusement kitsch de quelle folie sonore et visuelle il était capable.

Van Halen vs Cocteau Twins
Los Bitchos

© Tom Mitchell

Son sémillant premier long format, Let The Festivities Begin !, confirme notre engouement en mélangeant avec une liberté empreinte de nonchalance, surf instrumental, rock psychédélique turc, chicha péruvienne, disco-funk, cumbia, pour aboutir à un joyeux bordel jouissif loin des carcans de la pop occidentale. « On vient de différents endroits du monde, du Royaume- Uni, d’Australie, de Suède et d’Amérique du Sud, explique Josefine. On a grandi avec des musiques différentes, de Madonna aux mélodies latines. Cela se ressent dans nos chansons. » Et quand on leur demande de qualifier cette musique rétrofuturiste qui ne ressemble à rien de connu, Serra s’y colle sans décevoir : « Je voulais que le groupe sonne comme Van Halen et Cocteau Twins, mais venant de Turquie. » Inspirée par les disques de rock anatolien des années 1970 de sa mère, la jeune multi-instrumentiste précise que cette définition incongrue n’a rien d’une blague. « J’ai adoré le premier album de Van Halen que j’écoutais en boucle à l’université. Et je suis fan des prods des années 1980, qu’elles soient shoegaze, new wave ou pop. On y entend toujours de drôles de sons arrivant de nulle part pour créer la surprise. On ne s’y ennuie jamais. »

Chez Los Bitchos, il y a aussi des petits bruits étranges qui surgissent sans crier gare qui les font sortir du lot immédiatement. Leurs confrères ne s’y sont pas trompés. Elles ont très vite tapé dans l’œil de Mac DeMarco, Black Lips et Ty Segall, avec qui elles ont tourné, et ont sorti une chanson avec les Néerlandais d’Altin Gün. Et leur premier album est produit par une pointure de la musique britannique : Alex Kapranos, leader de Franz Ferdinand, qui ne cache pas son enthousiasme les concernant : « J’ai vu quelques groupes qui rendent hommage à la cumbia des 60s. Mais ce qu’elles font est beaucoup plus intéressant. Chez elles, il y a même du Britney. »

Lindsay Lohan, du mezcal et un chat noir

Les Bitchos n’hésitent pas à lui renvoyer le compliment en expliquant combien Monsieur Clara Luciani leur a apporté sur ce premier disque. « Alex a plein de synthés cosmiques vintage et une collection de pédales bizarres qui rendait nos guitares folles. Il nous demandait aussi souvent quelle réaction on voulait provoquer avec nos chansons. Et on répondait qu’on voulait que les gens dansent, s’amusent, prennent du plaisir, se lâchent sur nos morceaux. D’où le titre de l’album. » Il ne faudrait donc pas chercher quelque enjeu militant chez Los Bitchos, dont la seule mission avouée serait l’entertainment. Le mot « fun » revient une bonne vingtaine de fois pendant notre rencontre avec celles qui disent vouloir créer « une musique célébrant le fait de se retrouver tous ensemble et ressemblant à une fête ». Une fête où l’on s’imagine croiser des mariachis ayant abusé de la téquila et du mezcal, des filles en santiags au regard vengeur et des piñatas de toutes les couleurs.

 

Il n’y a pas de signification à ce nom. On le trouvait juste amusant et ça sonnait espagnol.

 

On pense beaucoup aux films de Quentin Tarantino, Robert Rodriguez (surtout Une nuit en enfer) et Russ Meyer en écoutant les percussions agitées de Los Bitchos. Sans compter les multiples références à la pop culture distillées par le groupe. Le dernier morceau de leur album, « Lindsay Goes To Mykonos », fait allusion à une émission de téléréalité où la starlette déchue Lindsay Lohan ouvre un hôtel de luxe sur l’île de tous les excès. Et le clip fantaisiste de « Las Panteras », dans lequel les musiciennes se battent contre un chat noir, fait des clins d’œil à Kill Bill, Scooby Doo et Dracula. Mais chacun pourra se faire son propre western au son des Bitchos. Agustina note qu’en effet, « on fait de la musique instrumentale sur laquelle chacun peut se raconter une histoire, s’inventer ses paroles. On aime aussi le fait de déjouer les clichés. Parce qu’on est des filles, beaucoup s’attendent à ce qu’on chante. Or on ne pousse que quelques petits cris de joie de temps en temps ». Si le mot « bitchos » évoque celui de « bitches » (formule que les rappeuses ont reprise à leur sauce pour la faire passer d’insulte à synonyme d’attitude féroce et puissante), le gang ne revendique pourtant aucun parti pris féministe. « Il n’y a pas de signification à ce nom. On le trouvait juste amusant et ça sonnait espagnol, affirme Nic. C’est aussi une coïncidence qu’on soit un girls band, même si on adore les Spice Girls. On n’a pas demandé aux membres du groupe d’en faire partie parce qu’elles étaient des filles mais parce qu’elles jouaient super bien et qu’il y avait une belle alchimie entre nous. » Et si finalement il n’y avait pas plus « girl power » que cette idée-là : faire passer les compétences artistiques avant toute question de genre ?

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Tsugi 147

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