Crédit : Kevin Davies

Rencontre avec St Germain avant son concert exceptionnel au Grand Rex en mai à Paris

On le sait, la célébra­tion des 30 ans du Rex est mul­ti­ple. Et surtout, pas seule­ment sur le dance­floor du club du boule­vard Pois­son­nière. Il y a les soirées “hors les murs”, mais égale­ment une série de con­certs dans la mag­nifique salle voi­sine du Grand Rex. Après le concert‐événement du same­di 31 mars, avec le réper­toire de Ed Banger en ver­sion sym­phonique, c’est une des légen­des de la house française, Ludovic Navarre alias St Ger­main, qui se pro­duira à son tour en live le 17 mai. Enfin, la house à la sauce de ce pio­nnier french touch, c’est à dire un mélange effer­ves­cence de sons élec­tron­iques et organiques à l’image de son dernier album homonyme paru il y a deux ans et demi, forte­ment inspiré par les musiques africaines et notam­ment la house sud africaine. C’est entouré juste­ment de ses musi­ciens africains que St Ger­main mon­tera sur scène au Grand Rex.

Qu’est-ce que cela représente que toi ce con­cert dans le cadre des trente ans du Rex ?

C’est comme la célébra­tion de la recon­nais­sance de la musique élec­tron­ique avec un club qui a fait émerg­er ce mou­ve­ment. À la fin des années 80, il n’y avait pas vrai­ment d’autre endroit où enten­dre cela. Comme on m’a pro­posé ce con­cert, j’ai donc dit “oui” tout de suite. Le Grand Rex, c’est une très belle salle qui m’attire beau­coup, d’autant que je n’y avais jamais joué. Je me sou­viens d’un con­cert là bas pour un blues­man et c’était mag­nifique. J’étais pour­tant au bal­con assez éloigné de la scène, mais j’avais l’impression de voir super bien. Mais je dois avouer que ce n’est qu’après avoir été d’accord pour ce con­cert que je me suis ren­du compte à quel point cette salle était grande !

C’est impor­tant la per­son­nal­ité de la salle quand tu fais un con­cert ?

Ah oui quand même. Un lieu où il y a un cachet, qui dégage une atmo­sphère spé­ciale, cela amène for­cé­ment une exci­ta­tion, un désir. La salle où j’ai joué qui m’a le plus impres­sion­né, c’est le Roy­al Albert Hall à Lon­dres. C’est très grand, pas loin de cinq mille per­son­nes, pour­tant depuis la scène, je voy­ais des gens dans le pub­lic comme si je pou­vais presque les touch­er.

À quoi faut‐il s’attendre pour ce con­cert au Grand Rex ?

Cela fait un an que j’ai arrêté la tournée. Là je repars avec mes musi­ciens africains, on reprend des répéti­tions au Bat­a­clan, his­toire de se remé­mor­er les bases. Après cela, on pour­ra per­fec­tion­ner et adapter quelques petites choses. Mais je ne veux pas trop les pani­quer, nous sommes huit sur scène et il faut trou­ver le juste équili­bre entre tout le monde.

Crédit : Manu Wino

Quels sou­venirs as‐tu du Rex Club où tu te pro­duiras après ton con­cert avec DJ Deep et Alex From Tokyo ?

Je ne me sou­viens plus trop de la pre­mière fois où j’y ai mis les pieds. Je me rap­pelle plus des raves. Et juste­ment ce qui vient à l’esprit lorsque tu évo­ques le Rex Club, c’est que j’ai eu l’impression d’y retrou­ver le pub­lic des raves. Ça, c’était nou­veau. Quand j’allais au Rex, c’était pour y enten­dre des gens atyp­iques dans une bonne ambiance. C’était vrai­ment une petite com­mu­nauté. Au début, il n’y avait pas de radio, pas de dif­fuseurs, sinon il fal­lait se déplac­er en Bel­gique. C’est comme ça que j’ai sor­ti mes pre­mières pro­duc­tions là‐bas. J’y allais sou­vent pour voir les lieux et les per­son­nes qui partageaient cette même pas­sion pour les musiques élec­tron­iques. J’achetais des vinyles et un jour, j’ai lais­sé une cas­sette chez un dis­quaire et ça a démar­ré. Au bout de ma qua­trième pro­duc­tion en Bel­gique, en 1990 à peu près, un jour­nal­iste français m’a dit : il y a Fnac musique qui ouvre un label élec­tron­ique, envoie leur donc une cas­sette. C’est ce que j’ai fais, j’ai eu un ren­dez vous et j’ai signé avec eux.

C’est plutôt rare de te voir der­rière les platines…

Oui c’est quelque chose que je ne fais pra­tique­ment jamais. Mais là c’est spé­cial d’être avec Cyril (DJ Deep, ndr) et Alex. On se retrou­ve les papys, tous les trois, c’est vrai­ment fun de faire ça ensem­ble. DJ Deep, c’est quelqu’un qui m’a beau­coup inspiré. C’est lui qui me fai­sait décou­vrir les nou­veaux morceaux. J’ai une mémoire pure­ment visuelle et je n’arrivais jamais à me sou­venir des noms, alors je demandais à Cyril : ça te dit quelque chose une pochette bleue avec un lis­eré orange ? Et il trou­vait tou­jours de quel disque il s’agissait. C’est quelqu’un de jusqu’au-boutiste dans ses pas­sions. Il a mar­qué par ses sets et par sa cul­ture, il con­nais­sait les DJs améri­cains et il était appré­cié par eux. C’est quelqu’un de timide, donc il a eu tou­jours eu du mal à se met­tre en avant. Il n’a jamais essayé de bouf­fer quelqu’un, alors que les autres DJs et pro­duc­teurs se fai­saient un peu la guerre. Moi ça m’a vite saoulé ces his­toires de com­péti­tion. Je n’avais pas envie de me bat­tre, et de me com­pli­quer la vie.

Tu as tou­jours été plus attiré par la pro­duc­tion que par les DJ‐sets…

C’est vrai, alors qu’à l’époque, il y avait finale­ment plus de DJs que de pro­duc­teurs. Mais je suis quelqu’un de soli­taire et c’est ce qui m’a plu dans la pro­duc­tion. J’ai du mal à m’exposer. Avant de faire mes pre­miers con­certs, j’avais pro­posé de rester der­rière le rideau, mais bon, mon tourneur n’a bien sûr pas voulu.

Sinon, tu envis­ages bien­tôt un nou­v­el album ?

Ah, j’aimerai bien. Peut‐être l’année prochaine. J’ai déjà essayé des petits trucs, je voudrais con­serv­er garder l’esprit africain, mais en util­isant aus­si des sonorités jazz : “Rose Rouge” avec de la kora, c’est mag­nifique. Et peut être un peu de musique brésili­enne, pourquoi pas ? Sans tomber dans le car­naval, il y a de jolies mélodies et les gui­taristes brésiliens ils font très mal.

St Ger­main en con­cert le 17 mai au Grand Rex à 21 heures. After par­ty au Rex Club à par­tir de minu­it avec DJ Deep, Alex From Tokyo et St Ger­main.

 

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