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Roísín Murphy : c’est bon, on a peut-être trouvé le meilleur album de l’année

Ven­dre­di dernier, l’Ir­landaise Roísín Mur­phy dévoilait son tant atten­du nou­v­el album, Roísín Machine. Un excel­lent album qu’il faut écouter, et voici pourquoi.

Chronique issue du Tsu­gi 134, disponible dès ven­dre­di en kiosque et à la com­mande en ligne

©Adri­an Sam­son

Commençons par la con­clu­sion : Roísín Machine est le disque de dis­co house absolu que l’on n’attendait plus. On pour­rait s’arrêter là, mais ce serait faire injure aux dix incroy­ables titres du cinquième album de la chanteuse irlandaise. Dis­co, oui, dans l’esprit et l’imagerie (on ne con­seillera jamais assez de revoir ses vidéos de con­fine­ment, où s’étale toute sa folie douce sous les lumières d’une boule à facettes), house certes, avec de très forts effluves de bleep en prove­nance de Sheffield. Car derrière l’ex-chanteuse de Moloko, on trou­ve tapi dans l’ombre Crooked Man, alias Richard Bar­ratt (ou DJ Par­rot), vétéran de la scène de l’ancienne cité indus­trielle et pen­sion­naire de DFA, chez qui il a signé deux albums ébouriffants. Entièrement com­posé et pro­duit en duo, Roísín Machine porte par­faite­ment son nom : ce disque est une véritable machine de guerre.

Aboutisse­ment d’un long chemin com­mun entamé en 2012 avec le maxi “Sim­u­la­tion” – qui ouvre les hostilités –, pour­suivi en 2015 avec « Jeal­ousy » – qui les clôt – et parachevé en 2019–2020, l’album est (à ce jour) le som­met de la carrière de Mur­phy, qui s’assume totale­ment en dis­co queen un peu dingue de 47 ans (cf. la pochette). Fini l’exploration des différentes facettes de la pop électronique un peu barrée, Mur­phy est aujourd’hui une diva (sans les caprices), et sa voix, qu’elle a mis longtemps à apprivois­er, mod­ule au gré des fluc­tu­a­tions des machines de Bar­ratt et des bass­es tel­luriques, entre puis­sance et maîtrise.

Et le résultat impres­sionne. Entre les pail­lettes, le glam­our des années 70, les réminiscences de Chic ou Lar­ry Lev­an et les rythmes implaca­bles de Bar­ratt, Mur­phy enquille les tubes à un train d’enfer : « Inca­pable », « Some­thing More », « Nar­cis­sus », « Game Chang­er », « Shell­fish Made­moi­selle », « We Got Togeth­er »… jusqu’au coup de grâce asséné par « Murphy’s Law », hymne d’une puis­sance et d’une (ré)jouissance infinies. En marge du cir­cuit pop tra­di­tion­nel, qui s’approprie toute honte bue l’héritage dis­co (voir Kylie Minogue et son album Dis­co à sor­tir), Mur­phy préfère le détourner allègrement pour réaliser son meilleur album à ce jour. Que cela va lui être dif­fi­cile de se sur­pass­er la prochaine fois !

Chronique issue du Tsu­gi 134, disponible dès ven­dre­di en kiosque et à la com­mande en ligne

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