Crédit : Robin Letellier

Rush, le festival qui prend son temps

Pour sa cinquième édi­tion le fes­ti­val rouen­nais Rush, lancé par le 106 (la scène de musiques actuelles de Rouen), n’a pas fait les choses à moitié. Situé sur la presque île de Rol­let (un petit par­adis de nature encer­clé par la Seine et où s’ébattent les iris sauvages), le Rush — après avoir con­vié Roldophe Burg­er en 2018, Hin­di Zahra en 2017 et Bertrand Belin en 2016 — a cette année don­né les clés du fes­ti­val à Chloé qui, en asso­ci­a­tion avec l’équipe du 106, a con­coc­té une pro­gram­ma­tion au petits oignons.

Un line-up qui du coup, et on s’en serait douté, à réson­né plus élec­tron­ique que d’habitude mais pas que, et c’était bien toute sa force et son intérêt. Dès l’ouverture ven­dre­di dernier, les hos­til­ités sont lancées dans le Danc­ing (un vieux dance­floor à l’ancienne tout en longueur, avec piste en bois et ban­quettes en velours rouge sur les côtés), par Pot­tery, jeune groupe mon­tréalais de punk-rock qui, tous alignés devant la scène, du bat­teur aux gui­taristes, ren­dent le lieu brûlant comme un sauna avec des défla­gra­tions de gui­tares élec­triques à réveiller un mort.

Côté Haut-Parleur (la petite scène en plein air), c’est le duo alle­mand Die Wilde Jagd, aidé d’une jolie bro­chette de musi­ciens, qui accom­pa­gne le couch­er du soleil avec sa tech­no étirée et mélan­col­ique qui s’offre des embardées krautrock avant de céder la place à Otze­ki. Le duo anglais qui lorgne du côté pop-dubstep, comme un Jamie XX plus mélodique et rêveur, nous acca­pare par les mou­ve­ments aériens et plein de grâce du chanteur et sa voix incroy­able qui résonne entre les arbres qui com­men­cent à s’illuminer. 22h15 : Chloé présente sur la plus grand scène (la troisième) le live tiré de son album “End­less Revi­sions” à la scéno­gra­phie impec­ca­ble signé du col­lec­tif Scale et le pub­lic est évidem­ment fasciné. Du côté du danc­ing Fan­tas­tic Twins, ses machines assour­dis­santes, ses cris jetés à la manière d’une Nina Hagen et ses ryth­miques robo­t­iques, achèvent de nous con­va­in­cre que son live est un des choses les plus fra­cas­santes qu’on ait vu depuis longtemps. Il est minu­it, Mr Oizo ferme cette pre­mière journée avec un set qui passe de Jus­tice au trap, de Samatha Fox à Flat Beat, les morceaux ne durent pas plus de trente sec­on­des, et on est sec­oué comme dans un shak­er pen­dant que “Vous êtes des ani­maux” ralen­ti dégueule des enceintes devant une foule de kids dans un état d’excitation rarement vu. Et en plus, pru­dent l’oiseau inso­lent n’a pas oublié sa veste en daim, les soirées pou­vant être un peu fraîch­es de ce côté de la Nor­mandie !

Crédit : Marie-Hélène Labat

Deux­ième jour, Léonie Per­net ouvre le bal avec une ver­sion live de son sub­lime pre­mier album, tout en douceur et caress­es, tout en deman­dant à l’auditoire s’il ira vot­er le lende­main. Unschool­ing, jeune groupe qui aime beau­coup les gui­tares et issu du 106, fait ses pre­miers pas sur scène, l’icône Lydia Lunch accom­pa­g­née par Marc Fur­ta­do hurle des repris­es de Sui­cide en ver­sion techno-apocalyptique avant de simuler une jouis­sance devant tous les goth­iques de la région venus voir leur Madon­na à eux. Zom­bie Zom­bie qu’on ne présente plus nous pré­pare douce­ment à affron­ter la nuit, les MNNQNS (pronon­cez man­nequins), jeune groupe de rock à gui­tares venus de Rouen nous font com­pren­dre pourquoi leur pre­mier album qui sor­ti­ra en août a été signé par le label anglais Fat­Cat et s’annonce comme la sen­sa­tion de la ren­trée prochaine. Le DJ Théo Muller, qui vient de Rennes et qu’on croise sou­vent à Con­crete, livre un mix bluffant, et Chloé ter­mine son DJ set par une stand­ing ova­tion, oblig­ée de se remet­tre aux platines, face à une foule qui à 2h du matin n’a pas du tout — mais vrai­ment pas du tout — envie d’aller se couch­er. Jour 3, dimanche, la fatigue com­mence à se faire sen­tir, et le live de Chloé & de la marim­biste clas­sique Vas­sile­na Ser­afi­mo­va, tout en transe et influ­ences min­i­mal­iste (hel­lo, Steve Reich), alors que le pub­lic est allongé dans l’herbe est un avant-goût du par­adis. Pen­dant que Nova Mate­ria trans­forme en vapeur de sueur le Danc­ing, Beak, le pro­jet de Geoff Bar­row de Por­tishead, nous fout une claque magis­trale une fois de plus, pen­dant que Geoff hilare lance blagues sur blagues à pro­pos du Brex­it. Pan­tha du Prince, et sa tech­no lanci­nante, nous emmène douce­ment vers la fin de trois jours d’un fes­ti­val où tout, du lieu à la pro­gram­ma­tion en pas­sant par les fes­ti­va­liers et les organ­isa­teurs était par­fait, jusqu’au prix tout doux (24 euros les trois jours, 10 euros la journée). Sur­prise ultime de fin, le live, tout en stro­bos et rythmes EBM de Kom­pro­mat en forme de feu d’artifice final vient fer­mer à la per­fec­tion ces trois jours idylliques. Vive­ment la 10 ème édi­tion !

Crédit : Marie-Hélène Labat

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