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Crédit : Robin Letellier
31 mai 2019

Rush, le festival qui prend son temps

par Patrick Thévenin

Pour sa cinquième édition le festival rouennais Rush, lancé par le 106 (la scène de musiques actuelles de Rouen), n’a pas fait les choses à moitié. Situé sur la presque île de Rollet (un petit paradis de nature encerclé par la Seine et où s’ébattent les iris sauvages), le Rush – après avoir convié Roldophe Burger en 2018, Hindi Zahra en 2017 et Bertrand Belin en 2016 – a cette année donné les clés du festival à Chloé qui, en association avec l’équipe du 106, a concocté une programmation au petits oignons.

Un line-up qui du coup, et on s’en serait douté, à résonné plus électronique que d’habitude mais pas que, et c’était bien toute sa force et son intérêt. Dès l’ouverture vendredi dernier, les hostilités sont lancées dans le Dancing (un vieux dancefloor à l’ancienne tout en longueur, avec piste en bois et banquettes en velours rouge sur les côtés), par Pottery, jeune groupe montréalais de punk-rock qui, tous alignés devant la scène, du batteur aux guitaristes, rendent le lieu brûlant comme un sauna avec des déflagrations de guitares électriques à réveiller un mort.

Côté Haut-Parleur (la petite scène en plein air), c’est le duo allemand Die Wilde Jagd, aidé d’une jolie brochette de musiciens, qui accompagne le coucher du soleil avec sa techno étirée et mélancolique qui s’offre des embardées krautrock avant de céder la place à Otzeki. Le duo anglais qui lorgne du côté pop-dubstep, comme un Jamie XX plus mélodique et rêveur, nous accapare par les mouvements aériens et plein de grâce du chanteur et sa voix incroyable qui résonne entre les arbres qui commencent à s’illuminer. 22h15 : Chloé présente sur la plus grand scène (la troisième) le live tiré de son album « Endless Revisions » à la scénographie impeccable signé du collectif Scale et le public est évidemment fasciné. Du côté du dancing Fantastic Twins, ses machines assourdissantes, ses cris jetés à la manière d’une Nina Hagen et ses rythmiques robotiques, achèvent de nous convaincre que son live est un des choses les plus fracassantes qu’on ait vu depuis longtemps. Il est minuit, Mr Oizo ferme cette première journée avec un set qui passe de Justice au trap, de Samatha Fox à Flat Beat, les morceaux ne durent pas plus de trente secondes, et on est secoué comme dans un shaker pendant que « Vous êtes des animaux » ralenti dégueule des enceintes devant une foule de kids dans un état d’excitation rarement vu. Et en plus, prudent l’oiseau insolent n’a pas oublié sa veste en daim, les soirées pouvant être un peu fraîches de ce côté de la Normandie !

Crédit : Marie-Hélène Labat

Deuxième jour, Léonie Pernet ouvre le bal avec une version live de son sublime premier album, tout en douceur et caresses, tout en demandant à l’auditoire s’il ira voter le lendemain. Unschooling, jeune groupe qui aime beaucoup les guitares et issu du 106, fait ses premiers pas sur scène, l’icône Lydia Lunch accompagnée par Marc Furtado hurle des reprises de Suicide en version techno-apocalyptique avant de simuler une jouissance devant tous les gothiques de la région venus voir leur Madonna à eux. Zombie Zombie qu’on ne présente plus nous prépare doucement à affronter la nuit, les MNNQNS (prononcez mannequins), jeune groupe de rock à guitares venus de Rouen nous font comprendre pourquoi leur premier album qui sortira en août a été signé par le label anglais FatCat et s’annonce comme la sensation de la rentrée prochaine. Le DJ Théo Muller, qui vient de Rennes et qu’on croise souvent à Concrete, livre un mix bluffant, et Chloé termine son DJ set par une standing ovation, obligée de se remettre aux platines, face à une foule qui à 2h du matin n’a pas du tout – mais vraiment pas du tout – envie d’aller se coucher. Jour 3, dimanche, la fatigue commence à se faire sentir, et le live de Chloé & de la marimbiste classique Vassilena Serafimova, tout en transe et influences minimaliste (hello, Steve Reich), alors que le public est allongé dans l’herbe est un avant-goût du paradis. Pendant que Nova Materia transforme en vapeur de sueur le Dancing, Beak, le projet de Geoff Barrow de Portishead, nous fout une claque magistrale une fois de plus, pendant que Geoff hilare lance blagues sur blagues à propos du Brexit. Pantha du Prince, et sa techno lancinante, nous emmène doucement vers la fin de trois jours d’un festival où tout, du lieu à la programmation en passant par les festivaliers et les organisateurs était parfait, jusqu’au prix tout doux (24 euros les trois jours, 10 euros la journée). Surprise ultime de fin, le live, tout en strobos et rythmes EBM de Kompromat en forme de feu d’artifice final vient fermer à la perfection ces trois jours idylliques. Vivement la 10 ème édition !

Crédit : Marie-Hélène Labat

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