crédit : Red Light Radio

Simo Cell lance son propre label TEMƎT, laboratoire de l’électro française de demain

Nou­veau défi pour le Nan­tais Simo Cell. Il lance son pro­pre label, TEMƎT Music, avec l’am­bi­tion de créer un véri­ta­ble lab­o­ra­toire de recherche autour de ce que sera la musique de demain. Une annonce qui en cache une autre avec la sor­tie du pre­mier maxi signé E‑Unity.

Par Alix Odori­co et Syl­vain Di Cristo

J’avais envie de m’é­manciper et de pro­pos­er une vision qui dépasse la musique.”

Il n’au­ra fal­lu que quelques années pour com­pren­dre que Simo Cell bal­aye d’un vent frais venu d’outre-manche les lignes de la club music française. Un vent chargé de bass music, de dance­hall et un goût immod­éré pour les breaks et les dis­tor­sions. Sans doute que sa pre­mière sig­na­ture chez les Bris­toliens de Liv­i­ty Sound l’ont aidé à affûter son arc (souvenez-vous, c’é­tait le pre­mier Français à sign­er dessus). Fils de gui­tariste et reje­ton du con­ser­va­toire de Nantes, c’est par l’es­sor de ces sonorités qu’il com­mencera à bidouiller Able­ton. La suite ? Une Boil­er Room pour le Dek­man­tel Fes­ti­val 2019, des pas­sages chez Rinse France, et surtout beau­coup d’ex­cel­lentes sor­ties qui ont fait de Simo Cell un nom syn­onyme d’ex­cel­lence sur la scène élec­tron­ique française. Des sor­ties sur Liv­i­ty Sound donc, mais aus­si comme la dernière en date, 5 Par­ty Mix chez les Lyon­nais de BFDM et son boss Judaah, avec qui il cas­sait la scène du fes­ti­val Pos­i­tive Edu­ca­tion de Saint-Étienne l’an passé.

Aujour­d’hui, le Nan­tais passe une étape et lance son pro­pre label : TEMƎT Music. Loin d’être un sim­ple “sup­port à releas­es”, Simon Aus­sel (de son nom civ­il) a lais­sé le pro­jet mûrir depuis plus d’un an. Tra­vail visuel léché, référence mys­tique et alchim­ique, intro­spec­tion… Les pages de TEMƎT se lisent comme une his­toire d’é­man­ci­pa­tion. Expli­ca­tions de l’au­teur à l’oc­ca­sion de sa pre­mière sor­tie signée E‑Unity.

 

Simo Cell

Art­work de la release de E‑Unity

Ça y est, tu te lances. Quel a été le déclic et qu’est-ce  qui a fait que tu te dis­es : « Ok, main­tenant c’est bon, je peux lancer mon label » ?

Oui, on y est ! Je tra­vaille sur ce pro­jet de label depuis plus d’un an, mais c’est une idée qui me trotte dans la tête depuis longtemps. J’avais envie de m’é­manciper, de pro­pos­er une vision qui dépasse la musique, notam­ment en dévelop­pant une esthé­tique visuelle per­son­nelle, mais aus­si de met­tre en avant des artistes ren­con­trés ces dernières années. Il m’a fal­lu du temps avant de franchir le pas puisqu’un label représente une grosse charge de tra­vail. Je tiens à dire que Souleiman, mon man­ag­er, m’encourageait depuis plusieurs années. Low Jack (Edi­tions Gra­vats) et Judaah (BFDM) m’ont égale­ment beau­coup poussé dans ce sens et les voir gag­n­er en indépen­dance et pren­dre autant de plaisir à gér­er leurs labels respec­tifs a été le déclic.

L’ac­cent sera mis sur la scène française avec la volon­té de tra­vailler sur la durée aux côtés de jeunes artistes et de fédér­er un crew soudé.”

Quelle sera la ligne artis­tique et l’idée de la musique élec­tron­ique que tu veux défendre avec TEMƎT Music ? Quelle est ta mis­sion, si on peut dire ?

Il y a la forme, il y a le temps, il y a l’e­space, et tout ceci passe et repasse. La pre­mière mis­sion de TEMƎT est la sur­vivance des luci­oles, et le dépasse­ment du bien et du mal dans le but d’at­tein­dre l’a­gapé, qui ne con­naît ni le bien, ni le mal (rires). Blague à part, je vois avant tout TEMƎT comme un lab­o­ra­toire créatif. L’ac­cent sera mis sur la scène française avec la volon­té de tra­vailler sur la durée aux côtés de jeunes artistes et de fédér­er un crew soudé. J’aimerais aus­si dévelop­per des mas­ter­class et des
work­shops de pro­duc­tion musi­cale dans toute la France via le label. Au fond, dans mon approche de la musique, j’ai tou­jours essayé d’éviter les éti­quettes et les restric­tions liées au genre, avec un goût par­ti­c­uli­er pour le croise­ment dans les motifs et les styles. Bien sûr, j’ai une cer­taine affec­tion pour les influ­ences bass et dub chères à l’Angleterre, mais c’est cette approche d’hy­bri­da­tion que je veux défendre : ten­ter d’esquiss­er des pistes rafraîchissantes pour la musique élec­tron­ique. Il y aura des max­is cal­i­brés dance­floor comme ce pre­mier disque de E‑Unity, mais aus­si des pro­jets moins nor­més qui s’éloigneront du dogme “club music”. Je pense que vous serez assez sur­pris !

Simo Cell

Logo du label par DR.ME

 

Raconte-nous un peu l’histoire der­rière les pre­mières sig­na­tures du label ?

La pre­mière sor­tie est signée E‑Unity, un pro­duc­teur génial déjà bien con­nu des fans de bass­es fréquences et de sons breakés, avec une esthé­tique bien à lui. Ça fait très longtemps qu’il m’en­voie ses démos et je les jouais régulière­ment en club et à la radio. La pre­mière fois que je l’ai ren­con­tré, c’é­tait sur ses ter­res à Saint-Étienne dans le cadre de la toute pre­mière édi­tion du fes­ti­val Pos­i­tive Edu­ca­tion. Je m’é­tais tou­jours dit que j’ador­erais le sign­er si j’avais mon pro­pre label. Et puis, il a un petit côté roman­tique que j’aime beau­coup. Il y a aus­si Elise qui pré­pare un disque, une artiste qui débor­de d’idées et qui va com­plète­ment ouvrir la palette musi­cale du label. Je l’ai ren­con­trée lors d’un dîn­er chez elle, via Souleiman, et croisée à de nom­breuses repris­es chez Rinse France. On a fini par pass­er un peu de temps dans mon stu­dio à Pan­tin et à se faire écouter des morceaux. Sinon j’ai égale­ment un EP de prêt et des mix­tapes que je vais sor­tir en cas­settes, notam­ment un B2B que j’ai enreg­istré aux côtés de Skee Mask à Nantes l’an­née dernière.

 

À écouter également
Tsugi Podcast 583 : Elise

 

Vinyles, dig­i­tal only, dis­tri­b­u­tion ? Com­ment ça va se pass­er et où est-ce qu’on pour­ra acheter et trou­ver du TEMƎT ?

Souleiman m’aide dans la ges­tion du label : la pre­mière sor­tie sera disponible en vinyle et dig­i­tal sur toutes les plate­formes de stream­ing mais nous allons dis­tribuer les vinyles nous-mêmes, en priv­ilé­giant le médi­um Band­camp. Le disque sera égale­ment disponible dans la plu­part des shops en ligne et chez les dis­quaires. Pro­duire un vinyle pour la pre­mière sor­tie était une façon de mar­quer le coup, mais nous allons prob­a­ble­ment tester dif­férentes con­fig­u­ra­tions par la suite : des sor­ties 100% dig­i­tales, des cas­settes et d’autres for­mats plus inno­vants.

En regar­dant Matrix pour la 150e fois, j’ai décou­vert une inscrip­tion écrite en latin au-dessus de la porte de l’o­r­a­cle qui m’avait échap­pée : « Temet Nosce ».

Dernière ques­tion, il fal­lait qu’on la pose : tu avais choisi le nom avant ou après Tenet, le dernier film de Christo­pher Nolan ?

Tu fais bien de la pos­er, j’avoue que le tim­ing est un peu che­lou, peut-être un vilain coup mar­ket­ing, qui sait ? Pour la vraie his­toire, l’esthé­tique du label est cen­trée autour de l’idée de reflet et de miroir. Je cher­chais un palin­drome pour le nom, un mot qui se lit dans les deux sens. J’ai une petite col­lec­tion de livres d’é­sotérisme et d’alchimie dans laque­lle je cherche sou­vent des sources d’in­spi­ra­tion. “Tenet” est un mot latin tiré d’un adage util­isé par des Chré­tiens mys­tiques dont l’origine reste débattue, j’é­tais tombé dessus dans une ency­clopédie de numérolo­gie. Pour ren­forcer l’idée de symétrie, j’ai décidé de rem­plac­er le N par un M, d’où “TEMET”. Un mois plus tard, en regar­dant Matrix pour la 150e fois, j’ai décou­vert une inscrip­tion écrite en latin au-dessus de la porte de l’o­r­a­cle qui m’avait échap­pée : « Temet Nosce » (“connais-toi toi-même”), énorme aligne­ment des planètes ! À ce moment-là, TEMET son­nait comme une évi­dence… D’au­tant plus que l’adage « con­nais toi toi-même » est une énorme référence au miroir et au reflet : c’est par l’in­tro­spec­tion que tu com­prends le monde qui t’en­toure, mais aus­si à tra­vers le regard d’autrui que tu te con­stru­is. Bref, TEMƎT Music !

(Vis­ité 837 fois)