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crédit : Red Light Radio
9 septembre 2020

Simo Cell lance son propre label TEMƎT, laboratoire de l’électro française de demain

par Alix Odorico

Nouveau défi pour le Nantais Simo Cell. Il lance son propre label, TEMƎT Music, avec l’ambition de créer un véritable laboratoire de recherche autour de ce que sera la musique de demain. Une annonce qui en cache une autre avec la sortie du premier maxi signé E-Unity.

Par Alix Odorico et Sylvain Di Cristo

« J’avais envie de m’émanciper et de proposer une vision qui dépasse la musique. »

Il n’aura fallu que quelques années pour comprendre que Simo Cell balaye d’un vent frais venu d’outre-manche les lignes de la club music française. Un vent chargé de bass music, de dancehall et un goût immodéré pour les breaks et les distorsions. Sans doute que sa première signature chez les Bristoliens de Livity Sound l’ont aidé à affûter son arc (souvenez-vous, c’était le premier Français à signer dessus). Fils de guitariste et rejeton du conservatoire de Nantes, c’est par l’essor de ces sonorités qu’il commencera à bidouiller Ableton. La suite ? Une Boiler Room pour le Dekmantel Festival 2019, des passages chez Rinse France, et surtout beaucoup d’excellentes sorties qui ont fait de Simo Cell un nom synonyme d’excellence sur la scène électronique française. Des sorties sur Livity Sound donc, mais aussi comme la dernière en date, 5 Party Mix chez les Lyonnais de BFDM et son boss Judaah, avec qui il cassait la scène du festival Positive Education de Saint-Étienne l’an passé.

Aujourd’hui, le Nantais passe une étape et lance son propre label : TEMƎT Music. Loin d’être un simple « support à releases », Simon Aussel (de son nom civil) a laissé le projet mûrir depuis plus d’un an. Travail visuel léché, référence mystique et alchimique, introspection… Les pages de TEMƎT se lisent comme une histoire d’émancipation. Explications de l’auteur à l’occasion de sa première sortie signée E-Unity.

 

Simo Cell

Artwork de la release de E-Unity

Ça y est, tu te lances. Quel a été le déclic et qu’est-ce  qui a fait que tu te dises : « Ok, maintenant c’est bon, je peux lancer mon label » ?

Oui, on y est ! Je travaille sur ce projet de label depuis plus d’un an, mais c’est une idée qui me trotte dans la tête depuis longtemps. J’avais envie de m’émanciper, de proposer une vision qui dépasse la musique, notamment en développant une esthétique visuelle personnelle, mais aussi de mettre en avant des artistes rencontrés ces dernières années. Il m’a fallu du temps avant de franchir le pas puisqu’un label représente une grosse charge de travail. Je tiens à dire que Souleiman, mon manager, m’encourageait depuis plusieurs années. Low Jack (Editions Gravats) et Judaah (BFDM) m’ont également beaucoup poussé dans ce sens et les voir gagner en indépendance et prendre autant de plaisir à gérer leurs labels respectifs a été le déclic.

« L’accent sera mis sur la scène française avec la volonté de travailler sur la durée aux côtés de jeunes artistes et de fédérer un crew soudé. »

Quelle sera la ligne artistique et l’idée de la musique électronique que tu veux défendre avec TEMƎT Music ? Quelle est ta mission, si on peut dire ?

Il y a la forme, il y a le temps, il y a l’espace, et tout ceci passe et repasse. La première mission de TEMƎT est la survivance des lucioles, et le dépassement du bien et du mal dans le but d’atteindre l’agapé, qui ne connaît ni le bien, ni le mal (rires). Blague à part, je vois avant tout TEMƎT comme un laboratoire créatif. L’accent sera mis sur la scène française avec la volonté de travailler sur la durée aux côtés de jeunes artistes et de fédérer un crew soudé. J’aimerais aussi développer des masterclass et des
workshops de production musicale dans toute la France via le label. Au fond, dans mon approche de la musique, j’ai toujours essayé d’éviter les étiquettes et les restrictions liées au genre, avec un goût particulier pour le croisement dans les motifs et les styles. Bien sûr, j’ai une certaine affection pour les influences bass et dub chères à l’Angleterre, mais c’est cette approche d’hybridation que je veux défendre : tenter d’esquisser des pistes rafraîchissantes pour la musique électronique. Il y aura des maxis calibrés dancefloor comme ce premier disque de E-Unity, mais aussi des projets moins normés qui s’éloigneront du dogme « club music ». Je pense que vous serez assez surpris !

Simo Cell

Logo du label par DR.ME

 

Raconte-nous un peu l’histoire derrière les premières signatures du label ?

La première sortie est signée E-Unity, un producteur génial déjà bien connu des fans de basses fréquences et de sons breakés, avec une esthétique bien à lui. Ça fait très longtemps qu’il m’envoie ses démos et je les jouais régulièrement en club et à la radio. La première fois que je l’ai rencontré, c’était sur ses terres à Saint-Étienne dans le cadre de la toute première édition du festival Positive Education. Je m’étais toujours dit que j’adorerais le signer si j’avais mon propre label. Et puis, il a un petit côté romantique que j’aime beaucoup. Il y a aussi Elise qui prépare un disque, une artiste qui déborde d’idées et qui va complètement ouvrir la palette musicale du label. Je l’ai rencontrée lors d’un dîner chez elle, via Souleiman, et croisée à de nombreuses reprises chez Rinse France. On a fini par passer un peu de temps dans mon studio à Pantin et à se faire écouter des morceaux. Sinon j’ai également un EP de prêt et des mixtapes que je vais sortir en cassettes, notamment un B2B que j’ai enregistré aux côtés de Skee Mask à Nantes l’année dernière.

 

À écouter également
Tsugi Podcast 583 : Elise

 

Vinyles, digital only, distribution ? Comment ça va se passer et où est-ce qu’on pourra acheter et trouver du TEMƎT ?

Souleiman m’aide dans la gestion du label : la première sortie sera disponible en vinyle et digital sur toutes les plateformes de streaming mais nous allons distribuer les vinyles nous-mêmes, en privilégiant le médium Bandcamp. Le disque sera également disponible dans la plupart des shops en ligne et chez les disquaires. Produire un vinyle pour la première sortie était une façon de marquer le coup, mais nous allons probablement tester différentes configurations par la suite : des sorties 100% digitales, des cassettes et d’autres formats plus innovants.

« En regardant Matrix pour la 150e fois, j’ai découvert une inscription écrite en latin au-dessus de la porte de l’oracle qui m’avait échappée : « Temet Nosce ». « 

Dernière question, il fallait qu’on la pose : tu avais choisi le nom avant ou après Tenet, le dernier film de Christopher Nolan ?

Tu fais bien de la poser, j’avoue que le timing est un peu chelou, peut-être un vilain coup marketing, qui sait ? Pour la vraie histoire, l’esthétique du label est centrée autour de l’idée de reflet et de miroir. Je cherchais un palindrome pour le nom, un mot qui se lit dans les deux sens. J’ai une petite collection de livres d’ésotérisme et d’alchimie dans laquelle je cherche souvent des sources d’inspiration. « Tenet » est un mot latin tiré d’un adage utilisé par des Chrétiens mystiques dont l’origine reste débattue, j’étais tombé dessus dans une encyclopédie de numérologie. Pour renforcer l’idée de symétrie, j’ai décidé de remplacer le N par un M, d’où « TEMET ». Un mois plus tard, en regardant Matrix pour la 150e fois, j’ai découvert une inscription écrite en latin au-dessus de la porte de l’oracle qui m’avait échappée : « Temet Nosce » (« connais-toi toi-même »), énorme alignement des planètes ! À ce moment-là, TEMET sonnait comme une évidence… D’autant plus que l’adage « connais toi toi-même » est une énorme référence au miroir et au reflet : c’est par l’introspection que tu comprends le monde qui t’entoure, mais aussi à travers le regard d’autrui que tu te construis. Bref, TEMƎT Music !

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