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25 octobre 2017

Tale Of Us, I Hate Models, Bicep, Carl Craig, Ricardo Villalobos… On a survécu à l’Amsterdam Dance Event 2017

par Clémence Meunier

Il faut quelques chiffres pour se rendre compte de l’extravagante importance de l’Amsterdam Dance Event, ADE pour les intimes : plus de 2200 artistes invités, pour plus de 450 événements dans quelques 120 clubs, salles de concert et lieux aménagés pour l’occasion, le tout sur cinq jours. Allez, encore quelques-uns : le festival attire 350 000 visiteurs venus de 75 pays. En d’autres termes, la population d’Amsterdam augmente de quasiment 50% pendant cette semaine dédiée à la musique électronique sous toutes ses formes. Forcément, il y a de quoi être impressionné. Surtout quand, au delà de quelques soirées EDM relativement marginales, le gros de la programmation s’attache à des genres plus « underground » de l’électro, sets techno et house en tête, suivis par des lives, des teufs micro, ambient voire même hardcore. Difficile de se défaire du « boum boum boum » qui rythme toute la ville, et ce même dans l’avion du retour. Difficile de panser ses pieds après des kilomètres avalés à vélo – Amsterdam oblige –, parfois dans le froid, souvent sous la pluie, suivis par des heures de danse. Difficile surtout de faire des choix quant aux soirées à aller voir ou les lieux à visiter. Car si les festivaliers ont dû faire leur programme à l’avance pour acheter leurs tickets, les soirées étant souvent complètes longtemps à l’avance, les « pro », l’une des cibles de l’ADE (l’après-midi ont lieu une foule de conférences, meetings et autres speed-dating entre professionnels européens), n’ont que l’embarras du choix avec leur bracelet all-access.

Crédit : Mark Richter

Alors, par quoi commencer ? Par un passage au pop-up store Kompakt, histoire de faire chauffer la carte bleue pour acheter de beaux vinyles du label ou d’Ostgut Ton – tout en dansant en suplex, une canette à la main. Ou par un live, peut-être, celui de Bicep en l’occurrence, le duo irlandais venant présenter son excellent premier album. De quoi commencer sur la seule micro-déception du week-end, les « Aura » et autres « Glue » de ce disque éponyme passant moins bien en live que dans le casque : il fait très chaud dans le Tolhuistuin, sur la rive nord de la ville, et on s’ennuie un chouia. Par grave, il suffit d’aller se faire déboucher les oreilles un grand coup (bouchons obligatoires!) devant Charlotte de Witte, Amelie Lens et surtout I Hate Models et sa techno très énervée à la soirée des locaux Verknipt. Trois scènes se partagent les faveurs d’un public au taquet et ébloui de lasers, stroboscopes et panneaux de led. Au détour d’une pause clope, une joli découverte : Fatima Hajji qui, si elle peut inquiéter un peu sur ses photos promo très bimbo, a déroulé un excellent set littéralement tech-house – comprenez des samples house sur des beats très techno, histoire de se déhancher tout en tapant du pied. Pendant ce temps-là, le grand Mediahaven ondule sous une sculpture représentant un homme plongeant la tête la première : la soirée Afterlife touche à sa fin, avec Tale Of Us en maître de cérémonie et un closing émotif sur leur remix de « Time » de Hans Zimmer (extrait de la BO d’Inception). On en aurait versé notre petite larme.

Crédit : Antoine Lecomte

Une courte nuit de sommeil, et c’est reparti pour des rendez-vous un peu partout dans la ville, rythmés par les nombreux éclats de voix en français entendus ça et là – Amsterdam le week-end, c’est un peu la Normandie : il pleut et on croise des tas de Parisiens venus prendre l’air. La soirée démarre en beauté avec une après-midi Life & Death au Thuishaven, soit deux chapiteaux de cirque, un hangar, des containers abritant une mini-teuf secrète et disco, des décors entre steam-punk et Alice au pays des merveilles, et Jennifer Cardini qui joue techno à 17 heures. Un peu rude vu l’horaire, mais improbable comme on aime. Red Axes prend la suite sous l’autre chapiteau, on s’attend à voir débarquer des clowns sur leur deep mâtinée de psychédélisme… Presque : arrivent des performeurs déguisés et portant d’immenses méduses éclairées de néon, un dragon ou un dromadaire. La foule s’amuse avec les tentacules, l’ambiance est géniale, et les ballons jonchent le sol. Vigiles, barmen, dames pipi… Pendant tout notre séjour, au delà d’une musique toujours nickel et de lieux incroyables, c’est ça qui nous aura marqué : la gentillesse et l’humour des Hollandais, qui pourraient pourtant très bien être agacés par cette horde de fêtards envahissant leur ville. Le rapport à la drogue y est bien plus décomplexé qu’en France, et chacun se doit d’être responsable de lui-même et de son voisin – pas de « répression », et finalement très peu de gens malades ou dans un sale état… A méditer donc, surtout quand, le lendemain à la fouille, le vigile demande à des compatriotes français s’ils ont de la drogue sur non. Réponse négative. Réaction du videur ? Un « why ?? » interloqué. Nor-mal ! Un qui doit être assez content de ce climat libertaire, c’est Ricardo Villalobos. Programmé de 4 à 6 heures à la soirée Hyte à la Householder Elementenstraat, il a finalement échangé son set avec celui de Seth Troxler, pour clore la fiesta jusqu’à 8 heures du matin. Commençant par laisser tourner ses vinyles pendant très longtemps avant d’entamer ses transitions (ce qui, parfois, peut-être un peu boring), il a fini par arrêter de taper la bise à la foule s’amassant autour de ses platines pour se mettre effectivement au boulot. Et là, la magie opère : virevoltant entre morceaux technos énervés, deep envoûtante voire même drum’n’bass (ça marche toujours!), le set est excellent, le plafond sue et les danseurs avec.

Allez, au lit, le réveil sonne dans trois heures… Parce que ce serait tout de même bête de louper le petit-dej’ ! Le Breakfast Club, au sud-est de la ville, vaut en effet le détour. Mini-jardin, maxi-bâtiment, pour trois salles différentes entre house, techno, de la plus douce à la plus énervée, avec Blawan, Margaret Dygas, Dr. Rubinstein ou Peggy Gou. On y croise des gens qui viennent de se lever et sentent le savon, dansant un verre de jus d’orange à la main, tout comme des valeureux qui n’ont pas encore dormi, engloutissent les bières et sentant… Non, n’allons pas décrire ça. Par sûr en tout cas que les mêmes aient osé se rendre au concert de Carl Craig ce soir-là, qui jouait « la musique de Satan »… Dans une église – priez pour nous pauvres teufeurs. Pas de set ici, mais son live « Versus », où il s’entoure de quatre joueurs de synthé et d’un pianiste jazz pour reprendre ses compositions les plus connues (« At Les », « Desire », « Sandstorms »), réarrangées avec l’aide de Francesco Tristano. Le prof Craig n’hésite pas à prendre le micro entre les titres pour quelques explications de texte, le concert se termine en jam irrésistible, la nef de cette grande église wallonne se pare de cris et de pas de danse. Un grand moment, intime et unique, et cinq musiciens acclamés par la foule au bout d’une heure et vingt minutes de show. La jauge sera bien plus grande ensuite : Kompakt organise sa traditionnelle soirée ADE à l’immense Scheepsbouwloods, en partenariat avec le festival DGTL. Mais ça y est, on n’en peut plus. Trop de teuf tue la teuf. Trop de vélo tue les mollets. Et trop de basses tuent les tympans. C’est peut-être le seul problème de l’ADE : tout y est tellement génial, bien organisé, bien programmé, bien décoré, qu’on finit par vouloir tout faire et y laisser quelques points de vie, pas mal de crampes et beaucoup de sous. Mais c’est à faire, au moins une fois.

Meilleur moment : Carl Craig à l’église et ses musiciens qui font un boeuf : un grand moment d’impro, et le sourire scotché aux joues.

Pire moment : le verre d’eau à trois euros au Amsterdam Studio’s pendant la soirée Verknipt, c’est non seulement très cher, mais assez irresponsable vu la chaleur et l’état des technoheads présents.

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