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28 février 2024

Tatie Dee as des platines, geek des machines | INTERVIEW

par Léa Crétal

House music will never die, promettaient Glenn Underground et Cei-Bei dans leur anthem, sorti en 1996. Sans doute pressentaient-ils déjà que de nouvelles générations de DJs allaient continuer à faire vivre la house encore longtemps. Ils ont eu raison. On a donc voulu discuter avec l’une des héritières des sonorités de Chicago et New-York : la DJ et productrice française Tatie Dee. 

1996, Tatie Dee n’est même pas encore née cette année-là. Mais l’avenir la prédestine déjà à prendre la relève. Au milieu d’une scène qui bat toujours plus vite et plus fort, où la house se fait plus discrète, la DJ et productrice française s’érige en gardienne de la house originelle. Munie de sa valise à vinyles, Tatie Dee enchaîne les disques de Chicago house, italo-dream et deep-house avec technicité et une énergie contagieuse.

Depuis maintenant deux ans, elle arpente les plus grands clubs de France et séduit les capitales européennes grâce à des sets joyeux et sophistiqués, qui lui valent aujourd’hui deux résidences : au Badaboum et sur Rinse FM.

As des platines, Tatie Dee est aussi une ‘geek’ des machines. Après deux EPs (Purple Wave et Morning Routine) et quelques singles (Pont Neuf, Semi Delicious, La Mamie’s…), elle vient de démontrer une nouvelle fois son talent de productrice avec la sortie -inattendue, du moins pour nous- d’un edit uptempo de Justin Timberlake. En parallèle, notre petit doigt nous a indiqué qu’elle était en pleine préparation d’un live house. 

Au vu de cette actualité fournie, on a eu envie de la rencontrer. Alors Tatie Dee nous a invités chez elle, dans son studio du XXe arrondissement de Paris, où le moindre mètre carré au sol est couvert de vinyles. Après s’être frayé un chemin à travers les disques, on a pu échanger avec elle.

tatie dee

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Comment as-tu découvert la house? 

Vers 15 ans, grâce à mon grand frère, qui était lui-même DJ. Il avait une grosse collection de vinyles, avec pas mal de French Touch et aussi beaucoup de ‘skeuds’ du label D.KO. Je pense que le tout premier track de house que j’ai entendu de ma vie, ça devait être un Paul Cut.

 

En parlant de disques : quand tu as commencé à mixer, on pouvait te voir jouer sur clé. Mais depuis, tu es passée exclusivement aux vinyles. Pourquoi ?

Je voulais jouer vinyles dès le début, mais je n’en avais pas les moyens. Pendant des années, j’avais juste un contrôleur, pas le choix. Puis mon frère m’a filé ses platines vinyles. C’est là que j’ai pu commencer à mixer sur disques. Mais ça a pris du temps parce que quand t’es étudiante, t’as pas de sous. Donc pour m’acheter des vinyles, c’était compliqué.

 

Qu’est-ce que ça implique aujourd’hui pour toi, de mixer exclusivement sur vinyles ? 

Bonne question (rires). Côté avantages, il y a un truc très personnel : j’ai l’impression de jouer d’un instrument, alors qu’avec des platines numériques, je trouve qu’il y a un aspect plus ‘récréatif’. Sur CDJ, une fois que tu as trouvé tes morceaux, tu les lances et… Je sais pas, je m’ennuie un peu. Sinon il y aussi un autre avantage en termes de sélection : personnellement, ça va vite me prendre la tête de passer des heures sur un écran à trier des musiques dans des dossiers. Alors qu’avec les vinyles, tu vas chez les disquaires et tu parles avec eux. Ils te conseillent des trucs que tu n’aurais jamais trouvés par toi-même.

 

À lire également sur tsugi.fr : Vinyles, le plastique pas fantastique tatie dee
Tatie Dee
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Et côté inconvénients ?

Bah… Souvent sur les festivals et les open-airs, je suis l’une des seules artistes à jouer vinyle. J’arrive avec des besoins spécifiques, car c’est hyper dur de sonoriser des vinyles. Mais la plupart du temps, il y a du rumble et ça m’empêche de jouer. J’ai l’impression qu’il n’y a pas beaucoup d’attention portée sur les vinyles en festival, vu que les scènes y sont installées pour 2-3 jours. D’un côté, j’ai l’impression de passer pour une princesse, parce que je demande des réajustements et que je suis rarement satisfaite du système son. De l’autre, je me déplace avec une valise de vinyles qui pèse un certain poids et quand j’arrive, il n’y a rien qui sonne…


Tu n’es pas seulement DJ, tu es aussi productrice. D’ailleurs l’année dernière, tu partageais ton émotion sur Instagram (à voir ici-même), après que Kerri Chandler a joué un de tes morceaux en club. Tu peux nous raconter comment ça s’est passé ?

J’avais été invitée par Dure Vie à la Machine. Kerri Chandler était tête d’affiche, je faisais sa première partie. Quand je l’ai su, je me suis dit : « il faut absolument que je lui donne des démos, c’est l’occasion rêvée ».  Je n’avais rien qui allait vraiment lui plaire dans ce que j’avais en stock, du coup je me suis dit : « vas-y, je lui fais un EP ». Le jour J, quand Kerri arrive sur scène, on se passe la main et je lui donne la clé USB avec l’EP. Je vois qu’il la met de côté et quelques minutes plus tard, j’entends un de mes sons qui est en train de passer. Là, je réalise qu’il avait branché ma clé, fouillé, écouté l’EP, et joué un de mes tracks. Tatie Dee


Ça a dû être un moment marquant

Grave ! J’étais tellement émue que j’ai pleuré (rires). En plus dans le public, il y avait mon grand frère, ma copine et ma bande de meilleurs potes. Il y avait aussi Lucas Moinet (moitié des Groove Boys Project), mon grand copain de la musique, qui a aussi capté le truc. On s’est tous regardés en mode « what ? qu’est ce qui est en train de se passer ? » C’était magique.


Tu viens de sortir un edit de Justin Timberlake. Tu fais partie de la scène house et pourtant là, on est sur un edit très rapide. Comment ce projet a-t-il germé chez toi ?

Pour la période printemps-été, je voulais sortir en edit marrant, un truc que tout le monde peut chanter. Le côté up-tempo n’était pas forcément voulu, mais le fait est que ce morceau est à 152 BPM de base (rires). Je n’avais pas envie de déformer la voix de Justin Timberlake, de découper les trucs… Je voulais absolument prendre le sample de sitar qu’on entend au début du morceau, sans le déformer. Donc j’ai juste posé les voix, calé les trucs et j’ai gardé le tempo du morceau original.


Tu nous disais tout à l’heure que tu étais en pleine préparation d’un live house. 
Tu as déjà une idée de ton set-up sur scène ?

Je veux faire un live house en 100% hardware. Ça fait presque un an que je bosse dessus. Il n’y aura pas d’ordinateur. Je réfléchis aussi en termes de transportabilité. Pour l’instant, il y aurait une MPC, une TD3 pour les basses acides, une boîte à rythme, une TR8S. Il aura aussi sans doute le modèle D pour les basses, le PRO-800 et après, les Roland Boutique, que j’aimerais emmener avec moi : le JU-06 et le SH-01. Par-dessus tout ça, il y aurait un violon électrique.

 

Tu veux dire que tu jouerais du violon électrique en live ?

Oui! J’ai fait du violon petite et j’ai repris des cours récemment. J’ai vraiment envie d’intégrer du violon dans le live, sachant qu’il y a plein de strings dans la house. J’ai acheté plein de pédales d’effets, et un looper aussi, pour faire des boucles, avec de la reverb etc.

 

Tu fais partie d’un groupe de DJs qui œuvre sur la rédaction d’une charte environnementale pour le secteur. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?

C’est un projet en cours, tout récent. De base c’était une conversation Instagram, avec les DJs et acteurs/actrices de la scène électronique qui étaient sensibles à la cause environnementale. Il y a eu un premier visio, puis d’autres. On travaille par petits groupes, pour avancer sur l’écriture d’une charte, mais aussi sur des moyens d’action à court terme. Il y a aussi une tentative de création de groupes de paroles, pour pouvoir échanger, s’apporter mutuellement des solutions.


Est-ce que tu as déjà mis des choses en place de ton côté à ce niveau-là ? Tatie Dee

Oui, niveau transports. Personnellement, c’est une cause qui me tient carrément à cœur. Dès que j’ai des déplacements pour des gigs, le train est mon option première. Après, ça m’arrive peut-être deux fois dans l’année de devoir prendre l’avion. Mais c’est quelque chose que j’essaie de maintenir. Si c’est possible de voyager en train, je voyage en train.


Tu as des rêves pour la suite de ta carrière ?

Je rêve de jouer au Japon. Il parait que c’est l’une des meilleures scène house du monde. Apparemment; le public est fou. Et puis, classique mais mythique, j’aimerais jouer dans l’un des festivals du Dekmantel : soit au Lentekabinet, au Dekmantel, ou au Dekmantel Selectors, ce serait un goal!

Tatie Dee

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