Techno, Kompakt, Skryptöm et famille : on a rencontré Maxime Dangles

Maxime Dan­gles a un pro­fil atyp­ique dans le monde des pro­duc­teurs de musiques élec­tron­iques. Orig­i­naire de Valence, il a com­mencé sa car­rière très fort en sig­nant sa pre­mière sor­tie sur l’illustre label de Cologne Kom­pakt, et sa fameuse série Spe­ich­er. Bricoleur et fan de mod­u­laires en tout genre, le pro­duc­teur français enchaîne les sor­ties sur des labels locaux comme Scan­di­um Records et Bam­bù Records, et con­tin­ue en par­al­lèle son aven­ture sur Kom­pakt et ses sous‐labels. En 2010, il rejoint le label Skryp­töm, fondé par Elec­tric Res­cue en 2006, pour ne plus jamais le quit­ter par la suite. Depuis, l’artiste s’est aus­si bien illus­tré en stu­dio avec son pre­mier album Resilience, sor­ti en 2015 sur Skryp­töm, qu’en live au sein du trio de choc Mod3rn — avec Elec­tric Res­cue et Traumer — ou encore de son alias DNGLS, avec lequel il sor­tait un album plus elec­tron­i­ca que tech­no, Lukarne, en févri­er 2016.

Bonne nou­velle ! Maxime Dan­gles sera à l’affiche du Big Bang Fes­ti­val 2017, aux Docks de Paris à Aubervil­liers ce ven­dre­di 27 octo­bre. Avant de le retrou­ver en com­pag­nie de Len Faki, Blawan, Paula Tem­ple, Aval­on Emer­son ou encore Mad­ben, on lui a posé quelques ques­tions sur son entrée dans le monde de la pro­duc­tion, ses recon­tres et ses dif­férents pro­jets.

Tu as sor­ti en 2006 ton pre­mier morceau sur le label Kom­pakt Extra et leur série Spe­ich­er. On ne peut pas faire d’entrée en matière plus fra­cas­sante. Com­ment es‐tu
entré en con­tact avec eux ? J’ai vu que tu étais de fringues avant, com­ment en es‐tu arrivé à pro­duire ?

Il s’est passé 10 ans depuis tout ça c’est loin ! Il y a beau­coup d’influences qui m’ont poussé à com­mencer. D’abord, mes par­ents qui écoutaient du Jean Michel Jarre ou du Bal­avoine. Je n’aimais pas for­cé­ment la musique qu’ils écoutaient mais j’étais fasciné par les sons util­isés, les syn­thé­tiseurs et tout ce qui était élec­tron­ique. Mais au début oui, j’étais vendeur chez Jules et je ne comp­tais pas faire de la musique pro­fes­sion­nelle­ment. J’étais con­tent de la vie que je menais, j’avais une super équipe, et ce sont des amis que je vois encore. À l’époque je n’y con­nais­sais rien en musique élec­tron­ique. C’est mon ami dis­quaire Nico qui m’a mis en con­tact. Je lui ai fait écouter mes démos comme à un pote et il m’a recom­mandé Kom­pakt. Je leur ai donc envoyé le titre, et je me rap­pelle que j’étais en train de jouer à la pétanque avec des potes quand ils m’ont appelé. Le mec par­lait alle­mand et je ne com­pre­nais rien (rires). J’ai ensuite appelé mon pote et je l’ai remer­cié en lui annonçant que je venais de sign­er chez Kom­pakt. Il ne me croy­ait pas. Ce n’est qu’aujourd’hui que je me rends compte que c’était un truc de fou, et je pense qu’actuellement ce serait plus dif­fi­cile, l’industrie du disque n’étant pas la même. À l’époque, Kom­pakt sor­tait un Spe­ich­er par mois, main­tenant le label n’en sort que deux par an. Après ça, j’ai signé cinq sor­ties chez eux, ils m’ont booké pour des labels nights, ce qui m’a per­mis de jouer dans des gros clubs et dans des gros fes­ti­vals, alors que je sor­tais de nulle part. J’étais dans ma cam­pagne, j’avais entre 20 et 21 ans, et je ne com­pre­nais rien à ce qui m’arrivait.

Je t’ai con­nu avec ton morceau “4 heures de retard”, et j’ai décou­vert que tu ne l’avais pas sor­ti offi­cielle­ment, pourquoi ?

En fait, elle est sor­ti sous un autre nom, “Djella­ba”, sur un label de potes de Mont­pel­li­er qui s’appelle Bam­bù Records. J’avais aus­si sor­ti “Deux­ième Voy­age” sur le même vinyle. Le morceau s’appelle “4 heures de retard” parce qu’à l’époque et encore aujourd’hui, les mecs venaient voir les titres sur les CDJ quand tu jouais. Je l’avais appelé “4 heures de retard” dans mon stu­dio, et quelqu’un avait vu le titre quand je jouais, avant de l’upload sur Youtube sous ce nom.

En 2010, tu débar­ques sur le label Skryp­töm avec ton EP Astroneff. Com­ment as‐tu ren­con­tré Antoine Husson/Electric Res­cue en pre­mier lieu ?

C’était dans le sud via le label de Paul Naz­ca, Scan­di­um. Antoine y avait sor­ti plusieurs EPs en 2005, et on avait fait les dix ans du label dans un amphithéâtre. Antoine était venu faire un live et on s’est ren­con­tré comme ça. Skryp­töm venait juste de sor­tir “Air Con­di­tion­né” de Julian Jew­eil à l’époque. C’est un mec en or. Je voulais vrai­ment boss­er avec lui, et depuis on est devenu amis. C’est par­ti pour toute la vie !

J’ai vu que tu par­lais du label comme d’une famille, un crew bien soudé. Com­ment penses‐tu qu’Antoine a influ­encé ta musique ?

C’est sûr qu’il m’a influ­encé. Dans la vie, il y a des hauts et des bas. J’ai tra­ver­sé des péri­odes assez dif­fi­ciles, ce n’était pas évi­dent de faire de la musique à ce moment‐là et il m’a beau­coup aidé. C’est pour ça que je dis que c’est une famille. Je n’étais plus du tout pro­duc­tif et il aurait pu m’abandonner. Il s’est passé com­plète­ment l’inverse. Il m’a boosté, il m’a envoyé des tracks en me deman­dant d’écouter ci et ça. Il m’a claire­ment sor­ti la tête de l’eau. C’est une per­son­ne très attachée aux gens, et quand il prend quelqu’un sous son aile ce n’est pas pour rien. Il est comme ça. Avec Kmyle ou encore Traumer c’est la même chose. Traumer sans Antoine ce n’est pas Traumer. J’aime bien le dire, parce qu’il est assez hum­ble, et il ne le dit jamais alors que sans lui on ne serait pas là. En plus, on fait de la musique cha­cun de notre côté, donc on reste assez seul finale­ment.

Et c’est pour ça que vous avez créé Möd3rn, pour se voir et pour jouer ensem­ble ?

Exacte­ment, l’idée de base c’est ça. Pass­er plus de temps ensem­ble et se mar­rer. On a de la chance de pou­voir faire ça et on est heureux d’avoir cette opportunité‐là. C’est un peu l’apothéose de toutes ces années de tra­vail que l’on a fait avec Antoine et Skryp­töm.

Et ça se passe com­ment en live ?

C’est un peu comme une grosse jam, bien à l’arrache. Rien n’est pré­paré. Encore une fois, on se respecte mutuelle­ment et on est telle­ment potes qu’il n’y a pas de prob­lèmes avec ce live‐là, ça marche parce qu’on s’écoute et on se con­naît.

Tu es à l’affiche du Big Bang Fes­ti­val 2017, c’est ta pre­mière fois ? Et vu les poids lourds tech­no qui t’accompagnent sur le Lunar Stage que prévois‐tu de jouer ?

C’est mon pre­mier Big Bang oui. Je t’avoue qu’en DJ‐set, je pré­pare mes morceaux comme un bac à vinyles à l’ancienne, sauf qu’à la place des dis­ques, j’ai mes clés USB avec 80 tracks à peu près. Je pré­pare en amont mes idées, et j’adapte en fonc­tion de mon heure de pas­sage et du pub­lic. Mais vu l’affiche, la soirée risque d’envoyer de la grosse tech­no. J’ai vu qu’il y avait Len Faki, Blawan, Paula Tem­ple. Je vais peut‐être juste­ment pren­dre le con­tre­pied de tout ça et ne pas envoy­er de la tech­no d’autoroute. Peut‐être essay­er de me démar­quer avec trucs un peu plus men­taux ou émo­tion­nels.

En 2015 tu sors ton pre­mier album Résilience (capac­ité de cer­tains enfants de tri­om­pher de cer­tains trau­ma­tismes). Quel a été ton trau­ma­tisme à toi ?

En cinq ans, j’ai dû faire le deuil de plusieurs per­son­nes qui me sont chères. Et “résilience” veut dire ce que ça veut dire. Tu rames pen­dant très longtemps et puis un jour tu pass­es le cap, et tu con­tin­ues à vivre. Le top de la résilience, c’est quand tu arrives à rigol­er du passé. J’ai appelé cet album‐là comme ça, car j’ai pro­duit des morceaux pen­dant cette péri­ode et après, et j’avais envie de mar­quer cette phase avec un coup de tam­pon, pour vrai­ment pass­er à autre chose. Et Antoine m’a suivi dans ce délire‐là voilà pourquoi je l’ai appelé comme ça.

Dans la foulée, tu dévoiles un autre pro­jet live, DNGLS, avec un nou­v­el album, Lukarne. Peux‐tu nous expli­quer la dif­férence entre Maxime Dan­gles et DNGLS ?

Il n’y avait pas énor­mé­ment de dif­férence entre Résilience et Lukarne. Aujourd’hui, il y a une grosse dis­tinc­tion, surtout dans le fait que DNGLS est un pro­jet live beau­coup plus elec­tron­i­ca et moins tech­no. J’ai fait une date à la Géode à Paris, où ils avaient pro­jeté un film sur l’espace et j’avais joué ma musique par‐dessus. Ça décrit vrai­ment l’idée du pro­jet DNGLS.

Et quelle est la suite de tes pro­jets ?

On va faire un EP avec Skryp­töm qui doit sor­tir en décem­bre je pense. Et puis pour 2018/2019, j’aimerais bien refaire un album sur Skryp­töm, sous Maxime Dan­gles cette fois.

Est‐ce que tu pens­es mon­ter ton pro­pre label?

Non du tout. Skryp­töm c’est la mai­son mère, et j’y suis trop attaché. Je fais de la musique mais je ne suis pas du tout busi­ness­man. J’ai une petite fille à qui je donne énor­mé­ment de temps, et si je pou­vais je lui en con­sacr­erai encore plus.

Dernière ques­tion, ton morceau de peak time en ce moment ?

C’est tout con, c’est une démo de Mote­ka qui va sor­tir sur Skryp­töm juste­ment. C’est la folie. Je n’ai même pas encore eu l’occasion de le jouer. Mais quand je l’ai reçu il y a deux semaines, j’ai directe­ment appelé Antoine. J’ai regardé mon cal­en­dri­er pour voir quand est‐ce que j’allais jouer en DJ‐set, et la prochaine date c’est le Big Bang, donc c’est sûr que je vais la pass­er !

Maxime Dan­gles sera au Big Bang Fes­ti­val 2017 à Paris, ce ven­dre­di 27 octo­bre. Plus d’informations con­cer­nant l’évènement par ici.

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