© Andrea Mae Perez

The Dog & the Future”, le premier album audacieux d’Agar Agar

Mer­ci au bib­lio­thé­caire des Beaux Arts de Cer­gy. C’est lors de son pot de départ que Armand et Clara, étu­di­ants dans cette école et futurs Agar Agar, ont joué ensem­ble pour la pre­mière fois. Avec “Pret­ti­est Vir­gin” comme unique morceau, ils se retrou­vent par­mi les dix lau­réats du con­cours des Inrocks Lab en 2016. En main­tenant presque trois ans d’existence, Agar Agar a réal­isé la prouesse de tourn­er en France et en Europe avec un seul EP à son act­if. Deux ans jour pour jour après la sor­tie du très appré­cié Car­dan, Agar Agar présente son pre­mier long for­mat, tou­jours sur Crac­ki Records. Résul­tat d’un isole­ment en ter­res basques, The Dog & The Future risque de sur­pren­dre les pre­miers adu­la­teurs du duo. Moins dansants qu’à l’accoutumée, pas for­cé­ment jouable en live, les dix titres de l’album découlent d’une sérénité liée à son lieu de pro­duc­tion, et syn­thé­tisent les deux per­son­nal­ités de ses com­pos­i­teurs. Qu’ils soient doux ou plus élec­triques, on recon­nait néan­moins la sig­na­ture du duo sur cha­cun des morceaux. Reste à savoir si le pub­lic d’Agar Agar souhaitait vrai­ment se calmer. 

Vous avez enchaîné les dates après la sor­tie de votre EP Car­dan, com­ment l’avez-vous vécu ? 

Clara : On avait cha­cun un apparte­ment à Paris, mais on n’avait même plus l’impression d’y vivre. Pen­dant notre tournée, on était tout le temps accom­pa­g­nés par notre équipe tech­nique : ingénieur du son, ingé lumière, tour man­ag­er… À force d’être tou­jours entouré, quand tu ren­tres chez toi tu n’as plus vrai­ment envie de voir du monde. J’ai été un peu asso­cia­ble pen­dant un temps mais ça va mieux. On adore ce qu’on fait, mais au début c’est déroutant.

Armand : C’est vrai que cette vie un peu “hors sol” nous est tombée dessus assez rapi­de­ment, mais on ne va pas s’en plain­dre, on apprend. On a fait une croix sur les choses séden­taires mais encore une fois, on est super con­tents de tout ça. Ça fait deux ans main­tenant ; on s’est adap­tés.

Après avoir été encen­sés dès le départ, on vous retrou­ve là où l’on ne vous attendait pas, avec un album plus calme qui risque de sur­pren­dre votre pub­lic. Vous n’avez pas peur qu’il soit trop éloigné de ce qui a fait votre suc­cès ? 

Clara : Ce qui est cool quand on a des gens qui nous écoutent, c’est qu’on peut pren­dre des risques, et faire ce qui nous plait sans penser force­ment à com­pos­er des tubes ou à chercher la grande audi­ence. On est dans un label où on con­trôle vrai­ment tout l’artistique. Crac­ki nous laisse une lib­erté absolue, alors on a sim­ple­ment fait ce dont on avait envie.

Armand : D’être écoutés pour­rait nous met­tre une sorte de pres­sion, alors que c’est le con­traire. On se dit qu’on peut ten­ter des choses pré­cisé­ment parce qu’on a un pub­lic. Ça nous per­met de ris­quer des choses nou­velles et d’obtenir une réac­tion.

Quelle dif­férences entre la com­po­si­tion de Car­dan et The Dog & The Future ?  

Armand : L’EP Car­dan a vrai­ment été com­posé dans un but live. On fai­sait beau­coup de con­certs à ce moment‐là et il nous fal­lait du con­tenu. Quant à l’album, il s’articule deux par­ties : des morceaux qui datent de cette époque où on com­po­sait beau­coup pour le live, et des morceaux qui sont vrai­ment dans une optique stu­dio, isolés de tout ça.

Clara : On a pris des chemins un peu dif­férents, on s’est ren­dus compte qu’on n’avait jamais passé de longs moments à créer ensem­ble, dans un lieu par­ti­c­uli­er, livrés à nous même. On a loué une mai­son dans le Pays basque pen­dant trois mois, et on s’est aperçus qu’on avait envie de faire des choses moins ryth­mées, plus libres.

Armand : On s’est créé un petit lab­o­ra­toire prop­ice à la créa­tion. On a com­posé de la musique évidem­ment, mais pas que. On a beau­coup par­lé, on a dess­iné, peint, sculp­té, on a aus­si fait des vête­ments.

Pourquoi ne pas s’être occupé de l’artwork ? 

Clara : On a décidé de laiss­er ça à quelqu’un d’autre, de se con­cen­tr­er sur la musique. Et c’est intéres­sant d’avoir une autre vision. En l’occurrence on adore ce qu’a fait Kei­th Rankin pour l’album.

Armand : Je pense que ça per­met de faire grandir les choses et extéri­oris­er un peu tout ça. Comme on est deux, si on réal­i­sait notre pochette nous même, il faudrait trou­ver une espèce de fusion graphique, c’est quelque chose qu’on a pas recher­ché jusqu’ici. Les artistes que l’on a choisi ont juste­ment trou­vé cette fusion entre nous deux. Ce qui nous a séduit.

Vous vous êtes isolés pour trou­ver l’inspiration, ou pour pro­duire un album déjà con­cep­tu­al­isé ? 

Armand : On avait déjà pas mal de morceaux, mais rien de très défi­ni. Cer­tains avaient été com­posé cha­cun de notre coté il y a longtemps et on voulait les inté­gr­er à l’album. Du coup l’idée c’était vrai­ment de con­cré­tis­er tout ça, mais aus­si d’écrire de nou­veaux titres.

Clara : Cer­tains avaient été com­posés avant même qu’on se con­naisse, on joue d’autres sur scène depuis super longtemps, et d’autres encore, plus récents, ne seront même pas jouables en live. Grâce au con­texte dans lequel on s’est plongés et l’atmosphère dans laque­lle on était, on s’est don­né beau­coup plus de lib­erté dans la créa­tion. D’où cer­tains morceaux où il n’y a pas force­ment de boîte à rythmes, un peu plus légers.

Armand : En fait cet album, c’est presque un copié/collé de nous même et pas seule­ment d’Agar Agar. The Dog, c’est vrai­ment nous.

À ce pro­pos, pourquoi est‐ce que le chien revient qua­si sys­té­ma­tique­ment dans vos chan­sons ? 

Clara : C’est un ani­mal qu’on affec­tionne par­ti­c­ulière­ment, mais aus­si et surtout parce qu’on aime bien l’idée de se com­par­er à des petits chiens joueurs dans notre façon de com­pos­er. On est très instinc­tifs, on s’est ren­dus compte de ça au cours de nos trois mois à Bidart. On se met devant nos machines et on s’amuse, c’est vrai­ment comme ça qu’on fonc­tionne.

Armand : Oui c’est pré­cisé­ment ce qu’on fait : la musique de deux petits chiots qui s’amusent.

 

En tournée à par­tir du 8 novem­bre à La Carène (Brest), le 6 décem­bre à l’Olympia, (Paris) puis dans toute la France.

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