Crédit : Warren Jones

Tsugi 125, avec en couverture New Order en interview exclusive, est disponible en kiosque !

Il y a un avant et un après “Blue Mon­day”. Et pas seule­ment pour New Order. Ce maxi 45 tours sor­ti en mars 1983 mar­que le point de bas­cule de nom­bre de rock­ers vers ce qui n’est pas encore la dance music (même si le titre va en devenir l’un des hymnes), mais plus sûre­ment la synth-pop. De la matière à danser dont devient vite accro la bande de Bernard Sum­n­er. Sa discogra­phie va désor­mais sor­tir du som­bre cadre new wave/cold wave pour s’épanouir dans des cli­mats qua­si dance­floor, avec comme point d’orgue son cinquième album Tech­nique, pour lequel le groupe part enreg­istr­er à Ibiza en 1988. Si les ses­sions ne don­nent pas grand-chose, le séjour épique infecte le quatuor du virus de l’acid-house, qu’il ramène avec lui dans le Nord de l’Angleterre. Le reste appar­tient à l’histoire. Depuis bien­tôt 40 ans, les Man­cu­niens n’ont ain­si jamais quit­té notre planète (et nos platines), mal­gré quelques éclipses régulières. Logique donc d’éprouver un sen­ti­ment de fierté en les met­tant en cou­ver­ture de ce mag­a­zine à l’occasion d’une inter­view exclu­sive. C’est l’un des plus grands “con­nois­seurs” français du groupe, l’éternel Benoît Car­reti­er, qui a ren­con­tré Bernard Sum­n­er à Lyon en juin dernier dans des con­di­tions canicu­lesques. Et alors là, vous vous dites : mais pourquoi Lyon? C’est une bonne ques­tion. Rien de plus logique puisque l’excellent fes­ti­val local des Nuits de Fourvière accueil­lait le lende­main de cette ren­con­tre, une date esti­vale unique de New Order. Le groupe s’étant lancé dans une grande tournée pour soutenir son très bon album live au nom imprononçable ∑(No,12k,Lg,17Mif) New Order + Liam Gillick: So It Goes.. Car avec les années, les auteurs de “True Faith” sont devenus une red­outable machine scénique. Ce qui n’avait rien d’évident quand on se sou­vient de cer­taines de leurs per­for­mances cat­a­clysmiques dans la deux­ième moitié des années 80. New Order, c’était pas mieux avant.

Crédit : Nick Wil­son

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro Last Train qui par­le foot­ball (allez Sochaux !), des ren­con­tres avec Nan­cy Whang (l’âme des syn­thés de LCD Soundsys­tem et des voix de The Juan Maclean), Trop­i­cal Fuck Storm, MNNQNS, Kid Loco ou Ezra Fur­man, une plongée dans la nou­velle scène rap maro­caine ou au Sound Fac­to­ry, le fou club new-yorkais des 90’s où offi­ci­ait Junior Vasquez, Rubin Stein­er nous dévoilant ses inspi­ra­tions, Fan­ny Bouyagui du N.A.M.E. à l’épreuve du blind­test, une enquête (corse) sur les fes­ti­vals de l’Île de Beauté… Et bien sûr votre lot habituel de chroniques, bons plans, tests de casques, sou­venirs de fes­ti­vals… ! Rendez-vous dès aujour­d’hui en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne. Mais comme on est trop sym­pas, on vous offre déjà le début de l’in­ter­view exclu­sive de New Order par Benoît Car­reti­er.

Mètre étalon des années 80, sym­bole de la révo­lu­tion acid-house qui a con­t­a­m­iné la scène indie-rock, New Order reste après presque 40 années d’activité l’une des pièces cen­trales de la musique bri­tan­nique. Con­sacrant désor­mais la plu­part de son temps à la scène, le groupe vit une deux­ième jeunesse et s’offre le luxe de faire la paix avec son passé. Entre­tien canic­u­laire à l’occasion de la sor­tie de son meilleur enreg­istrement live, cap­té pen­dant une rési­dence excep­tion­nelle dans sa ville de Man­ches­ter.

Lyon, 21 jan­vi­er 1989. New Order monte avec deux heures de retard sur la scène du Trans­bor­deur, inau­guré la veille, dans une ambiance élec­trique. Comble, la salle attend impatiem­ment la toute pre­mière date du quatuor man­cu­nien dans la cap­i­tale des Gaules. Mal­gré le jeu de basse approx­i­matif d’un Peter Hook pass­able­ment ivre et les “fuck” lancés à tout-va par le chanteur-guitariste Bar­ney Sum­n­er, le con­cert laisse un sou­venir impériss­able aux quelque 1800 spec­ta­teurs présents et entre dans l’Histoire locale. Lyon, 28 juin 2019. New Order s’apprête à jouer dans la ville pour la troisième fois de son his­toire. Le splen­dide théâtre antique de Fourvière est plein comme un œuf. Dans le pub­lic à majorité quadragé­naire, qui s’est rué sur les places, une bonne par­tie se trou­vait sûre­ment au Trans­bo 30 ans aupar­a­vant. Sur scène, le groupe a con­nu quelques boule­verse­ments. New Order est désor­mais un quin­tette, Tom Chap­man a rem­placé Peter Hook, qui a claqué la porte en 2006, et Phil Cun­ning­ham, arrivé en 2001, est devenu l’un des deux gui­taristes du groupe. Quant aux trois mem­bres fon­da­teurs, seul le poids des ans témoigne d’un réel change­ment. Les sil­hou­ettes se sont alour­dies, mais Stephen Mor­ris, Gillian Gilbert et Bar­ney Sum­n­er restent peu ou prou les mêmes. Mor­ris est tou­jours cette boîte à rythmes humaine qui con­casse ses fûts de bat­terie quand Gilbert est tou­jours stoïque der­rière ses claviers. Et Sum­n­er ? Délesté de Peter Hook, avec qui les rela­tions étaient dev­enues impos­si­bles, lui qui détes­tait tant tourn­er s’épanouit enfin sur scène. À 63 ans révo­lus, il s’amuse comme un môme, échange avec le pub­lic, danse, et par­ticipe même au tra­di­tion­nel lancer de coussins qui con­clut chaque con­cert à Fourvière, les ren­voy­ant dans la fos­se. À l’échelle du groupe de Sal­ford, ce n’est pas un change­ment, c’est un tsuna­mi. Car la résur­rec­tion mirac­uleuse de New Order en 2011 aura per­mis au groupe de trou­ver un nou­v­el équili­bre et d’assumer son héritage. Alors que Sum­n­er avait tou­jours rechigné à s’attaquer à Joy Divi­sion, les morceaux du groupe mythique trou­vent de plus en plus leur place depuis quelques années dans les con­certs de New Order, et quitte à regarder dans le rétro­viseur, le groupe s’est attelé il y a deux ans à une véri­ta­ble exca­va­tion de son his­toire musi­cale. Pour l’édition 2017 du Man­ches­ter Inter­na­tion­al Fes­ti­val, le groupe avait dis­séqué une par­tie de sa foi­son­nante discogra­phie pour la restituer accom­pa­g­née d’un orchestre de douze syn­thé­tiseurs lors de cinq nuits inti­t­ulées ∑(No,12k,Lg,17Mif) New Order + Liam Gillick: So It Goes.. dans les stu­dios d’Old Grana­da, où Joy Divi­sion avait fait sa pre­mière télé. À quelques jours de la sor­tie discographique de cet exer­ci­ce de style bril­lam­ment exé­cuté, rendez-vous était pris sous une chaleur canic­u­laire avec Bernard Sum­n­er pour abor­der la nou­velle vie de New Order, placée sous le signe de l’hédonisme.

Ce qui sur­prend à l’écoute de ∑(No,12k,Lg,17Mif) New Order + Liam Gillick: So It Goes.., c’est le sen­ti­ment de joie qui s’en dégage. Vous étiez si heureux de don­ner ces cinq con­certs ?
On était surtout excités. On avait embar­qué avec nous douze étu­di­ants d’une ving­taine d’années, et leur énergie était com­mu­nica­tive, infec­tieuse même. Pour eux, donc pour nous, c’était l’éclate!

Vous aviez carte blanche pour ces con­certs au Man­ches­ter Inter­na­tion­al Fes­ti­val ?
À peu près, nous dis­po­sions d’un brief stip­u­lant que nous devions offrir une per­for­mance orig­i­nale et mod­erne, ce qui se tradui­sait aus­si par “jouez des titres que vous ne jouez pas sou­vent, et pas de ‘Blue Mon­day’”. C’était intri­g­ant. Nous avons com­mencé à réfléchir à com­man­der de nou­veaux remix­es, que nous auri­ons ensuite inter­prété. C’était une propo­si­tion artis­tique intéres­sante, mais infais­able dans le temps qui nous était impar­ti. J’ai eu cette idée de pren­dre notre musique, de la ramen­er à sa struc­ture presque molécu­laire et à par­tir de là de couch­er nos titres sur par­ti­tion pour un orchestre de syn­thé­tiseurs.

… La suite à retrou­ver en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne

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