Tsugi parie sur… Thunderbird Gerard, l’interview

Après lui avoir don­né une jolie fenêtre d’ex­po­si­tion dans le dernier Tsu­gi, on a don­né la parole à cet excel­lent rappeur, qui ne mérite que d’ex­plos­er.

 

Peux-tu te présen­ter ?

Je suis Thun­der­bird Ger­ard, je rappe, chante, écris et pro­duis. Je suis Améri­cain mais je vis à Berlin et mon pre­mier EP T.R.O.U.B.L.E. est sor­ti le 6 mai. J’ai gran­di dans une petite ville du nord de l’état de New York. Je suis né à la ville mais aban­don­né à la nais­sance, j’ai passé 9 mois dans un orphe­li­nat. Mes par­ents (je refuse de les appel­er mes par­ents adop­tifs) venaient d’arriver dans le coin pour le tra­vail de mon père, ingénieur pour IBM. Ma mère enseigne les maths. Ils étaient pointilleux sur l’éducation, voulaient que je sois médecin ou avo­cat. J’ai rejoint un cirque à la place.

 

Quelle influ­ence ont eu tes par­ents dans ta tra­jec­toire musi­cale ?

Ma famille vient du Sud, tu n’échappes jamais vrai­ment à la cul­ture du sud des USA. À New York on fréquen­tait une paroisse de l’Église Bap­tiste du Sud, notre ali­men­ta­tion était sud­iste, les amis de mes par­ents étaient sud­istes aus­si. Mon père était un gros fan de jazz mais la mai­son était aus­si baignée dans le gospel du sud, une philoso­phie ter­restre, des racines folk et blues. J’ai réal­isé que mon cœur était là-bas, que ce que je pro­dui­sais de meilleur me rame­nait à cette cul­ture.

 
Com­ment t’es-tu mis à la musique ?

J’écris des poésies et des raps depuis que j’ai 10 ans. J’ai joué de la trompette et de la bat­terie dans des groupes à l’école. Pour mon père c’était fon­da­men­tal que j’apprenne un instru­ment parce qu’il était trop pau­vre pour le faire dans sa jeunesse. J’étais et je serai tou­jours un bat­teur dans l’âme. J’ai com­mencé à pren­dre des vrais cours à 15 ans. En arrivant en Angleterre j’ai joué avec dif­férents groupes. Je les obser­vais et ai com­mencé à pro­duire moi-même, acheté un pre­mier syn­thé, chopé une ver­sion crack­ée de Log­ic Express etc.

 

Quel a été le pre­mier morceau que tu as écrit ?

J’ai écrit beau­coup de con­ner­ies petit. À 11 ans j’ai com­mencé un groupe de rap­nom­mé X‑Red, avec deux amis, j’écrivais les cou­plets de tout le monde. C’était plutôt ridicule, du rap de van­tard, pseu­do poli­tique, vague­ment menaçant… Mais je fai­sais ça très sérieuse­ment. Au même moment je fondais mon pro­pre gang, pour tester mes lim­ites.

 

Tu as quit­té les États-Unis pour l’Europe, bizarre pour un rappeur non ?

Ça me sem­blait être la chose à faire, je voulais voir le monde. Je n’étais pas en accord avec les poli­tiques menées aux USA, pas con­tent du cli­mat social, je voulais aller là où je ne me con­sid­èr­erais plus que comme un “homme de couleur”. La ques­tion raciale là-bas était vrai­ment un gros poids sur mes épaules. Et puis beau­coup de ce que j’écoutais venait de France ou d’Angleterre. Mais des gens comme Kanye ou Out­kast ont depuis vrai­ment ouvert les portes pour des gens comme moi. J’aime le street-rap, mais les maisons de disque entrete­naient ce fétichisme du rappeur voy­ou, auquel je n’aurais jamais pu coller. J’ai fui de l’avant, vers une image de ce que j’imaginais pou­voir être. Je suis tou­jours au cœur de ce périple.

 

Qu’as-tu vécu en Europe ?

Pour faire court : un garçon a un rêve, il quitte la mai­son, ren­con­tre une fille, perd la fille, finit dans les égouts, ren­con­tre une autre fille, la fille sauve le garçon, ils quit­tent le pays ensem­ble et fondent un foy­er (de l’Angleterre à Berlin, ndlr). Je suis assez chanceux pour que la fille en ques­tion soit aus­si la femme qui réalise toutes mes vidéos.

 

Qui sont tes plus grandes influ­ences musi­cales ?

Il y a les évi­dences, Michael Jack­son, Tom Waits, Nas, Noto­ri­ous B.I.G., Out­kast, James Brown, Prince etc. Mes les leçons les plus pro­fondes et impor­tants je les ai appris­es de gens que je con­nais. Mon pro­fesseur de bat­terie a eu un énorme impact sur moi. Spi­der J, le meneur du groupe de Lee Scratch Per­ry a aus­si comp­té, comme compte aujourd’hui DJ Stick­le. Mon père est évêque de l’Église de Pen­tecôtiste, j’ai gran­di en l’écoutant prêch­er, ça m’a influ­encé plus que n’importe quel disque.

 

On par­le de toi autant pour ta musique que ton style. Qui t’a influ­encé en terme de mode ?

J’aime juste les gens qui s’habillent bien, c’est le cas de mes deux par­ents. Je n’avais pas le droit de porter des jeans à l’école, un vête­ment con­sid­éré comme un vête­ment de pau­vre. Je me suis rebel­lé un temps con­tre cette oblig­a­tion d’avoir l’air sophis­tiqué, puis je me suis ren­du compte que ça fai­sait par­tie de moi.

 

Quels sont tes plans pour les prochains mois ?

Je suis en stu­dio à Lon­dres à ce moment, amas­sant des morceaux pour les prochains EPs, l’album et quelques sor­ties col­lab­o­ra­tives. J’apparais sur la com­pi­la­tion des 10 ans d’Ed Banger, dans un morceau avec Busy P. J’ai passé du temps en stu­dio avec Mr. Hud­son, Paul White, Two Inch Punch, Don Dia­blo… The Berlin, Krabbe Gang, DJ Stick­le et Sted­dy, qui ont pro­duit la plu­part de mon EP, me dis­ent que je devrais arrêter d’enregistrer. Haha. Je suis accroc pour le moment.

Pro­pos recueil­lis par François Blanc

(Vis­ité 62 fois)