©Daniel Dugas

💭 Un album, un film, un livre : les inspirations d’Hubert Lenoir

Oura­gan scĂ©nique, le tur­bu­lent QuĂ©bé­cois Hubert Lenoir pub­lie un sec­ond album, Musique directe, trois ans après la rĂ©vĂ©la­tion Dar­lène. Une sorte d’autoportrait sonore dĂ©lurĂ© et sen­si­ble, en forme de mon­tagnes russ­es. Atten­tion ça sec­oue, comme dans ses inspi­ra­tions qui cav­al­ca­dent au plus large de la pop culture. 

Arti­cle issu du Tsu­gi 143 : Garnier/Limiñanas, disponible en kiosque et en ligne

 

  • Son album
    Prince, Around The World In A Day (WARNER, 1985) 

Prince Ă  son niveau le plus “alien” par rap­port Ă  ce qui se fai­sait Ă  l’époque. Il sort de l’énorme suc­cès de “Pur­ple Rain” et avec ce disque, il mĂ©lange Bea­t­les, psy­chĂ©dĂ©lisme, Funkadel­ic… mais 100% Ă  sa façon. Il a le courage de ses ambi­tions. Il n’appartient Ă  aucune scène. Toute la dual­itĂ© de l’artiste est reprĂ©sen­tĂ©e dans ce disque avec des tubes comme “Rasp­ber­ry Beret” et des titres plus dif­fi­ciles comme “Con­di­tion Of The Heart” oĂą il chante comme dans une comĂ©die musi­cale. J’écoute encore sou­vent “Around The World In A Day”. Prince Ă©tait extrĂŞme­ment expĂ©ri­men­tal pour quelqu’un de sa stature. On sent un amour gĂ©nĂ©ral pour la musique. C’est vrai­ment un de mes hĂ©ros.

 

  • Son film
    Grey Gar­dens de David & Albert Maysles (1975)

Il s’agit d’un doc­u­men­taire sur la vie d’une mère et d’une fille, Édith et Edie Bou­vi­er Beale, qui vivent dans une mai­son insalu­bre des Hamp­tons. Elles sont la tante et la cou­sine de Jack­ie Kennedy, la femme du prési­dent des USA assas­s­iné. Pour moi, ce n’est pas vrai­ment du doc­u­men­taire, il n’y a pas for­cé­ment le désir d’informer sur un sujet dans la nar­ra­tion. C’est juste une façon de filmer des indi­vidus pour racon­ter leur his­toire. C’est à la fois beau et dérangeant.

 

  • Son livre
    Le guin­ness des records (2000)

Guiness

On m’a offert ce livre quand j’avais six ans, et je l’ai con­stam­ment regardĂ© avant de me couch­er. Je ne dĂ©sir­ais pas for­cé­ment ĂŞtre dedans. Mais ces images me sont restĂ©es. Il fait par­tie de mon imag­i­naire. Il y a quelque chose dans mon tra­vail qui se rap­porte Ă  la pop cul­ture. J’en ai beau­coup con­som­mĂ© parce que mes par­ents ne venaient pas d’un milieu artistique.

 

  • Son dernier disque 
    Musique directe (SIMONE RECORDS/A+LSO/SONY MUSIC)

Après la sor­tie de Dar­lène et la tournĂ©e qui a suivi, je me suis retrou­vĂ© dĂ©bous­solĂ©. Je ne voulais mĂŞme pas faire des con­certs avec ce disque, c’est juste un album pour un roman. Ce suc­cès Ă©tait trop inat­ten­du pour moi, je ne savais plus qui j’étais. Mais Ă  un moment, je me suis rac­crochĂ© Ă  des mil­liers d’enregistrements de con­ver­sa­tions, de sons de la rue, que j’avais faits au cours des trois dernières annĂ©es, mais sans imag­in­er Ă  la base un but artis­tique. Je trou­vais que c’était le point de dĂ©part de quelque chose. C’est comme si j’avais doc­u­men­tĂ© toute cette pĂ©ri­ode tumultueuse de ma vie. J’ai repen­sĂ© au ciné­ma direct et Ă  la manière dont ces rĂ©al­isa­teurs par­taient du rĂ©el pour aboutir Ă  des Ĺ“uvres. J’ai suivi la mĂŞme mĂ©th­ode pour dress­er un auto­por­trait musi­cal. Cet album est 100% per­son­nel. C’est ce que je ne suis : pas plus, pas moins. C’est qui me rend le plus fier et c’est aus­si un hom­mage Ă  toute la musique que j’aime, aus­si Ă©clec­tique que cela puisse paraĂ®tre. Il y a une phrase de Jean Michel Basquiat qui dit “The more I paint the more I like every­thing”. Musi­cale­ment, cet album c’est Ă§a.

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Tsugi 143

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