Vald a sorti “Xeu” : il fume toujours autant, mais a cessé de rire à tout va

Après un disque de pla­tine pour son pre­mier album en stu­dio, Agartha, Vald rem­pile tout juste un an plus tard avec Xeu, s’affirmant comme un auteur sérieux dans le rap français. Ter­miné les dis­cours ras des pâquerettes et l’humour au 420ème degré ?

Deux façon de réus­sir en France aujourd’hui dans la musique : sign­er sur une major et faire la tournée des médias ou char­bon­ner sur les réseaux soci­aux et entraîn­er un engoue­ment pop­u­laire. Et Vald, malin, sait faire les deux. Sur­fant sur le gros suc­cès d’Agartha et la tournée qui l’accompagnait, il avait fait le tour des plateaux TV et des fes­ti­vals. Bon, pour Xeu, fini le petit écran où le rappeur dit s’être heurté à un mur de clichés. Stratégie retour aux sources : une semaine d’émissions dans Planète Rap et surtout du buzz, ali­men­té par le leak d’une mix­tape, NQNT 3, avant la sor­tie de l’album. Une vraie‐fausse fuite, puisqu’on ne sait pas si c’est Vald lui‐même qui l’a organ­isée ou juste récupérée. Elle est com­posée d’anciennes com­po­si­tions, de nou­veaux pro­jets pas encore mixés et des ver­sions alter­na­tives des titres “Désac­cordé” et “Trophée”. Ces deux derniers sont présents dans la track­list de Xeu et ont déjà eu leur clip à qua­tre mil­lions de vues sur Youtube.

En somme, Vald fait ce qu’il sait faire le mieux : troller, mais avec chic et sourire, loin de s’inquiéter de savoir si les gens vont le suiv­re. Spoil­er : ce devrait être le cas tant l’auto-proclamé dieu du rap français reste au top avec Xeu. On craig­nait pour­tant un poil le pro­jet busi­ness pour rem­plir les ter­mes du con­trat avec sa mai­son de dis­ques. Il faut bat­tre le fer tant qu’il est chaud comme on dit. Vald a d’ailleurs passé seule­ment six semaines à écrire ce disque long de 17 titres, avant de l’enregistrer en deux semaines en stu­dio, livrant les mas­ters à la dernière minute — sûr de lui ou car­ré­ment bran­leur, on s’en cogne dira-t’on, le gars cul­ti­vant les deux apparences. Mais en fait non, Vald a écrit ici un album bien moins clow­nesque qu’auparavant.

Vald annonce la couleur et sa posi­tion dès le pre­mier titre “Prim­i­tif”, en remar­quant avec justesse que la thune peut nous détru­ire le coeur et le cul. Vald le dit, signe et per­siste : il n’a pas changé et reste seul maître à bord de son rafiot, même si celui‐ci est un peu troué. Il mon­tre les crocs dans les pre­miers titres frontaux et bour­rins, avant de dévoil­er son revers de veste, plus doux. L’heure est à assumer sa fragilité. Enfin, entendons‐nous, il a tou­jours des “salopes” dis­séminées un peu partout : Vald n’a pas encore gouté à la crise de la trentaine comme Orel­san. Il est tou­jours dans la défonce, con­scient du monde déshu­man­isé qui nous entoure, traçant sa route comme il peut en atten­dant de meilleurs aus­pices. Le garçon voit les choses en gris et pas en noir. Vers un début de matu­rité ? Une chose est cer­taine, c’est fini de n’être que le rigo­lo du quarti­er.

Sans cham­pagne, sans pail­lettes, Vald reste lui‐même, sincère et un peu flingué à la fois, mais a gran­di. Xeu est bon, mille fois supérieur au lour­dingue Affran­chis de Sofi­ane, sor­ti quelques jours plus tôt.

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