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2 février 2018

Vald a sorti « Xeu » : il fume toujours autant, mais a cessé de rire à tout va

par Corentin Kieffer

Après un disque de platine pour son premier album en studio, Agartha, Vald rempile tout juste un an plus tard avec Xeu, s’affirmant comme un auteur sérieux dans le rap français. Terminé les discours ras des pâquerettes et l’humour au 420ème degré ?

Deux façon de réussir en France aujourd’hui dans la musique : signer sur une major et faire la tournée des médias ou charbonner sur les réseaux sociaux et entraîner un engouement populaire. Et Vald, malin, sait faire les deux. Surfant sur le gros succès d’Agartha et la tournée qui l’accompagnait, il avait fait le tour des plateaux TV et des festivals. Bon, pour Xeu, fini le petit écran où le rappeur dit s’être heurté à un mur de clichés. Stratégie retour aux sources : une semaine d’émissions dans Planète Rap et surtout du buzz, alimenté par le leak d’une mixtape, NQNT 3, avant la sortie de l’album. Une vraie-fausse fuite, puisqu’on ne sait pas si c’est Vald lui-même qui l’a organisée ou juste récupérée. Elle est composée d’anciennes compositions, de nouveaux projets pas encore mixés et des versions alternatives des titres « Désaccordé » et « Trophée ». Ces deux derniers sont présents dans la tracklist de Xeu et ont déjà eu leur clip à quatre millions de vues sur Youtube.

En somme, Vald fait ce qu’il sait faire le mieux : troller, mais avec chic et sourire, loin de s’inquiéter de savoir si les gens vont le suivre. Spoiler : ce devrait être le cas tant l’auto-proclamé dieu du rap français reste au top avec Xeu. On craignait pourtant un poil le projet business pour remplir les termes du contrat avec sa maison de disques. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud comme on dit. Vald a d’ailleurs passé seulement six semaines à écrire ce disque long de 17 titres, avant de l’enregistrer en deux semaines en studio, livrant les masters à la dernière minute – sûr de lui ou carrément branleur, on s’en cogne dira-t’on, le gars cultivant les deux apparences. Mais en fait non, Vald a écrit ici un album bien moins clownesque qu’auparavant.

Vald annonce la couleur et sa position dès le premier titre « Primitif », en remarquant avec justesse que la thune peut nous détruire le coeur et le cul. Vald le dit, signe et persiste : il n’a pas changé et reste seul maître à bord de son rafiot, même si celui-ci est un peu troué. Il montre les crocs dans les premiers titres frontaux et bourrins, avant de dévoiler son revers de veste, plus doux. L’heure est à assumer sa fragilité. Enfin, entendons-nous, il a toujours des « salopes » disséminées un peu partout : Vald n’a pas encore gouté à la crise de la trentaine comme Orelsan. Il est toujours dans la défonce, conscient du monde déshumanisé qui nous entoure, traçant sa route comme il peut en attendant de meilleurs auspices. Le garçon voit les choses en gris et pas en noir. Vers un début de maturité ? Une chose est certaine, c’est fini de n’être que le rigolo du quartier.

Sans champagne, sans paillettes, Vald reste lui-même, sincère et un peu flingué à la fois, mais a grandi. Xeu est bon, mille fois supérieur au lourdingue Affranchis de Sofiane, sorti quelques jours plus tôt.

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