Le Worldwide Festival à Sète, normalement du 3 au 11 juillet 2020 / ©DR

Vers une annulation de tous les festivals estivaux de 2020 ?

Les organ­isa­teurs de fes­ti­vals esti­vaux en France sont dans l’at­tente de réponse du gou­verne­ment pour savoir si leur édi­tion 2020 pour­ra se tenir cet été. Dans le même temps, le syn­di­cat du spec­ta­cle musi­cal privé PRODISS a envoyé une let­tre pour deman­der leur report à 2021, avant de revenir sur cette posi­tion.

Annulera, annulera pas ? Cette ques­tion est en sus­pens depuis le début de la pandémie pour les organ­isa­teurs de fes­ti­vals esti­vaux. Devenus une insti­tu­tion en France, qui en compte près de 1800, les fes­ti­vals pour­raient être con­traints au report ou pire à l’an­nu­la­tion, en fonc­tion de l’évo­lu­tion du virus Covid-19. D’au­tant plus que l’été est la sai­son priv­ilégiée pour ces événe­ments grâce aux vacances sco­laires de bons nom­bres d’é­tu­di­ants et des con­di­tions météorologiques sou­vent favor­ables. L’in­ter­dic­tion de rassem­ble­ments jusqu’au 15 avril min­i­mum a causé l’an­nu­la­tion ou le report de nom­breux fes­ti­vals prévu en mars et avril. Les fes­ti­vals esti­vaux sont ain­si dans l’at­tente des nou­velles déci­sions gou­verne­men­tales pour savoir si leur édi­tion 2020 pour­ra se tenir.

Toute­fois, un syn­di­cat a pris les devants. Dans une let­tre adressée au min­istre de la Cul­ture Franck Riester, le PRODISS, prin­ci­pal syn­di­cat du spec­ta­cle musi­cal privé, demande le report de l’in­té­gral­ité des fes­ti­vals esti­vaux de 2020 pour l’an­née suiv­ante. Le syn­di­cat compte notam­ment par­mi ses adhérents Live Nation (organ­isa­teur de Lol­la­palooza Paris et Marsa­t­ac), les fes­ti­vals Musi­lac, les Eurock­éennes de Belfort, le Print­emps de Bourges ain­si que de nom­breux organ­isa­teurs et pro­duc­teurs de con­certs en France. Tsu­gi a pu se pro­cur­er la let­tre, dans lequel le syn­di­cat nation­al dénonce les con­séquences du manque de clarté du gou­verne­ment par rap­port à la tenue des fes­ti­vals esti­vaux en 2020.

Le MIDI Fes­ti­val à Hyères / ©J. Veyssade

Un enjeu de survie, selon le PRODISS

Selon Olivi­er Dar­bois, prési­dent du syn­di­cat et auteur de la let­tre, “une annu­la­tion de rassem­ble­ment quelques jours ou semaines avant le fes­ti­val, con­tribuerait à un effet de dou­ble peine aux vues des frais tech­niques engagés.” Ce manque à gag­n­er peut s’élever jusqu’à deux mil­lions d’eu­ros pour cer­tains fes­ti­vals, à en croire le syn­di­cat. Le PRODISS appelle ain­si  à “clar­i­fi­er la tenue de la péri­ode des événe­ments esti­vaux”, car “face aux risques élevés, la survie des struc­tures fes­ti­val­ières est en jeu”. Ain­si, repouss­er à 2021 ces événe­ments serait selon le syn­di­cat une solu­tion qui “pour­rait per­me­t­tre la survie de cet écosys­tème”.

 

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Mais cette demande du PRODISS ne con­va­inc pas un autre pan du monde de la musique. Technopol, l’as­so­ci­a­tion de défense de la musique élec­tron­ique, ain­si que plusieurs fes­ti­vals s’op­posent à cette propo­si­tion. À l’ini­tia­tive de Chateau Per­ché et du Delta Fes­ti­val, une péti­tion a été partagée con­tre le report de ces fes­ti­vals à 2021 (si la sit­u­a­tion san­i­taire le per­met), qui a obtenu pour le moment 3700 sig­na­tures. Technopol et les struc­tures s’u­nis­sant con­tre le report désirent dis­pos­er d’un délai sup­plé­men­taire, con­sid­érant que “cette idée n’est ni raisonnable, ni souhaitable, ni représen­ta­tive de l’ensem­ble des acteurs loin s’en faut”.

Le fes­ti­val Chateau Per­ché

Selon l’as­so­ci­a­tion, “les organ­isa­teurs assurent que leurs événe­ments peu­vent être repen­sés ain­si que leurs pro­gram­ma­tions”. L’at­tente pour­rait être forte­ment désa­van­tageuse pour les plus gros fes­ti­vals man­quant de flex­i­bil­ité relate Samy El Moud­ni, fon­da­teur du Chateau Per­ché, à Technopol. Tan­dis que “l’immense majorité des struc­tures organ­isatri­ces sont capa­bles de met­tre sur pied des événe­ments, sal­va­teurs pour le tis­su économique et cul­turel du pays, jusque très tard avant leur date d’événement” assure-t-il.

Des inégalités entre les festivals

Au niveau des arrêtés, pour être rem­boursé, il faut que la struc­ture qui organ­ise le fes­ti­val ait un con­trat d’as­sur­ance qui la cou­vre face à ce risque. Selon Tom­my Vaude­crane, prési­dent de Technopol, con­tac­té par Tsu­gi : “Les gross­es struc­tures ont sou­vent ces con­trats, donc se fer­ont rem­bours­er. Mais beau­coup de petites struc­tures ne pren­nent générale­ment pas d’as­sur­ance annu­la­tion car ils sont rarement inter­dits et n’ont pas le besoin ou la con­nais­sance juridique.” Ain­si, les risques financiers sont plus impor­tants pour les petites et moyennes struc­tures en cas d’an­nu­la­tion. “Les gross­es struc­tures arriveront sou­vent à se remet­tre d’un report ou annu­la­tion puisque elles ont des moyens financiers, des action­naires et des activ­ités diver­si­fiées. Alors que beau­coup de petites entre­pris­es ou asso­ci­a­tions qui organ­isent des fes­ti­vals vont devoir dépos­er le bilan si on les oblige à reporter sans pos­si­bil­ité de se faire indem­nis­er.”

Dès le 18 mars, Franck Riester avait annon­cé des mesures con­cer­nant les artistes, auteurs et inter­mit­tents, au sujet de l’as­sur­ance chô­mage, des droits soci­aux et du cal­cul et verse­ment des indem­nités. Mais qu’en est-il des fes­ti­vals ? “On espère que le mois d’avril sera un mois de réflex­ion pour tout le monde et qu’on pour­ra avoir une vis­i­bil­ité sur la sai­son esti­vale à la fin du mois ou au début du mois de mai” pré­cise Tom­my Vaude­crane.

Rétropédalage dans la communication

Toute­fois, le PRODISS sem­ble tenir une posi­tion plus ambiguë. Joint par Trax le lun­di 1er avril, Olivi­er Dar­bois a nié avoir demandé le report des fes­ti­vals esti­vaux pour 2021. “Nous n’avons jamais demandé le report ou l’annulation des fes­ti­vals de cet été. Il y a un para­graphe qui peut sem­bler équiv­oque à cet effet. Nous l’avons mis pour provo­quer la réac­tion du min­istre, car pour l’instant nous n’avons pas la vis­i­bil­ité dont nous avons besoin”, assure-t-il. Le para­graphe auquel Olivi­er Dar­bois fait référence est le suiv­ant : “Le report des fes­ti­vals à 2021 sem­ble être la direc­tion qui pour­rait per­me­t­tre la survie de cet écosys­tème, si tant est qu’il puisse être accom­pa­g­né des arrêtés nationaux ou pré­fec­toraux néces­saires à l’annulation des événe­ments pour 2020.” La demande est en effet, au mieux, équiv­oque, et a fait l’ef­fet d’un pavé dans la mare. Reste encore à savoir les dis­cus­sions qui vont en découler.

Dans un nou­veau souci de clar­i­fi­ca­tion, Dar­bois a envoyé aujour­d’hui un com­mu­niqué à ses adhérents dans lequel il réaf­firme n’avoir jamais demandé le report des fes­ti­vals esti­vaux, préférant par­ler d’une “con­stata­tion observée ici et là”. Selon lui, “le scé­nario à crain­dre et à éviter serait une reprise lente et par phase de l’ac­tiv­ité dans notre secteur, avec des rassem­ble­ments autorisés de manière pro­gres­sive” à la lev­ée du con­fine­ment. Il assume donc le côté provo­ca­teur de son cour­ri­er, voué à obtenir “une réu­nion urgente auprès du min­istre de la Cul­ture, afin d’obtenir une clar­i­fi­ca­tion à pro­pos du cal­en­dri­er de l’après con­fine­ment”. Dans cette ges­tion au jour le jour, dif­fi­cile de savoir com­ment va se pass­er l’été.

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