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29 juin 2022

Voiron : « Il y a toujours un camion et un chien pas loin dans ma musique »

par Guillaume Monnier

Vu et célébré sur la scène du petit dernier des festivals français, Nord Fiction, Voiron a retourné le public normand lors d’un live qui restera longtemps dans les têtes. Drum n’bass dévastatrice, techno dansante et transitions savoureuses… C’est juste avant son état de grâce derrière les platines, le vendredi soir, que nous avons rencontré le producteur breton. Il nous a livré une superbe exclu, beaucoup de boutades et de belles explications sur sa musique. Saviez-vous qu’il adorait les fleurs ? Entretien.

En bon breton, tu allais régulièrement en free party lorsque tu étais jeune ?

C’est un peu ce que raconte la légende… Je suis né en Bretagne en 1987 donc lorsque j’avais l’âge d’y aller, c’était vraiment en plein pendant la mode des free parties mais pour le coup je n’en ai pas fréquenté beaucoup. Voire même très peu. À l’époque tout le monde allait en free et justement j’y allais pas trop parce que j’étais pas raccord avec la musique qui passait là-bas. Selon moi, ce n’était pas la meilleure période. Ils passaient surtout de la hard techno de m**de au milieu des années 90. Musicalement, c’était une période assez catastrophique. C’était même plus un phénomène de mode qu’une vraie passion, pour certains. Il y avait quand même des trucs cools, là où j’allais… Enfin j’espère. 

 

Tu utilises ton nom dans les intitulés de tes morceaux, pourquoi ?

J’ai toujours été fan d’Aphex Twin. Ce côté culte de la personnalité qu’il pouvait avoir en mettant sa tête partout, je pense qu’inconsciemment j’ai été inspiré. Mais c’est surtout parce que ça me faisait marrer de mettre mon nom partout, je ne l’ai pas calculé, c’était des conneries… J’ai commencé à le faire sur Voironizer sous le label Nocta Numerica. À l’époque, l’idée c’était de « voironizer », imposer mon style sans vouloir passer pour un prétentieux. Mais après je me suis enfermé dans ça, maintenant je suis obligé de continuer à « voironizer » puisque je l’ai toujours fait. Je suis dans cette démarche de garder cette ligne directrice.

Tu n’as qu’un seul morceau sur Voironizer qui ne comporte pas ton nom dans son titre, c’est « After chez Oim », c’est l’un de tes titres les plus écoutés ?

Certainement, et pourtant je l’ai jamais joué en live parce qu’il est assez lent. Et à l’époque, ça ne rentrait pas dans mes mixes. Maintenant je pourrais plus le jouer en set parce que je fais beaucoup plus de ponts tempo qu’avant. Ce track se base sur une mélodie d’after, en mode MDMA. À l’origine c’était un titre que j’avais fait sur le côté. Je l’avais envoyé à Charles qui s’occupe du label, et il avait kiffé. Mais c’est totalement un hasard que ce soit lui qui ait autant « pété ».

 

Tu n’as jamais cherché à sortir un deuxième « After chez oim » ?

Là justement, dans le live que je vais faire ce soir, et dans les prochains sons à venir à la rentrée, si tout se passe bien et si les délais de création de vinyles ne sont pas trop longs… Il y en aura qui ressembleront. 

 

« C’est une exclusivité que je vous donne Tsugi : l’album s’appellera Ingénieur du son. »

 

Ton nom sera présent dans tous ces nouveaux sons à venir ?

Oui, sauf le titre de l’album ! C’est une exclusivité que je vous donne Tsugi : l’album s’appellera Ingénieur du son. Pour ce prochain projet, je me suis remis à faire des trucs sur des tempos qui se rapprochent des 120 bpm, avec même des références à des morceaux minimales que j’ai pu écouter quand j’ai commencé à sortir en club. J’y ajoute des sonorités de la TB-303. Je commence à être vieux, et ça fait 20 ans que je fais exactement la même chose. Je regardais des souvenirs Facebook d’il y a 10 ans et je me dis que je faisais exactement pareil. Mais je prends ça comme une force, si tu écoutes les trucs que je fais maintenant et les sons de mes débuts, je n’ai pas l’impression qu’il y ait un gap. Même si des gens pourraient me le reprocher, pour ma part j’en suis plutôt fier.

Voiron

La Roland TB-303 © Steve Sims

Faire figurer « Voiron » dans tous tes titres, c’est raccord avec cette volonté de garder une ligne directrice très forte non ?

Il y a beaucoup d’offres et beaucoup de DJ, de plus en plus jeunes. Même si je ne suis pas si vieux que ça, lorsque j’avais 20 piges c’était plus compliqué que maintenant de faire de la musique. Aujourd’hui, il y a énormément de propositions artistiques, il y a plein de gens doués très rapidement. J’ai l’impression d’avoir été nul pendant longtemps puis je suis arrivé à un bon niveau, désormais je stagne… Au moins, les gens reconnaissent mon style, du moins ceux qui s’intéressent à ce genre de musique de niche… même si ce n’est pas encore Venetian Snares. Bref, je m’attache à mon fil conducteur.

 

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Tu vises quoi à travers ta musique ?

Pour être honnête, je ne vise plus grand chose. Je ne sais pas si c’est très vendeur…(rires) Pendant longtemps, le point culminant était de réussir à être intermittent du spectacle. Je l’ai été juste avant le Covid, donc j’ai eut le droit à des aides durant la pandémie. Mais peut-être que l’année prochaine je ne le serai plus. Si je peux continuer dans la musique, c’est trop cool mais sinon je ne suis plus dans cette course infernale à jouer. C’est sûrement lié au fait que j’ai quitté Paris. Je n’attends plus grand-chose de la musique, je suis bien conscient que la mienne ne va pas soulever les foules.

 

Tu vis où maintenant ?

J’habite un petit bled dans les Côtes d’Armor, entre Perros-Guirec et Paimpol, Plougrescant. J’ai bougé là-bas parce que ma copine est fleuriste. Elle en avait marre de travailler sur Paris avec des fleurs importées des Pays-Bas, donc elle a lancé sa ferme florale dans le patelin où on habite. Je l’aide beaucoup. Mon passe-temps c’est d’ailleurs plus l’exploitation de la ferme que la musique. (rires)

 

Donc si la musique s’arrête, tu as donc déjà ton plan de secours ?

De toute manière, j’ai toujours travaillé en parallèle de la musique, notamment dans la restauration. Je pourrai faire autre chose, je m’en fous ! Même si à un moment j’aurais aimé passer un cap, je pense que ma musique m’aurait fait défaut. Je serais tombé sur un plafond de verre.

 

Tu penses ? Même malgré ta productivité ?

Je pense que je suis toujours autant productif, mais les histoires de délais de pressage de vinyles peuvent laisser penser le contraire. Mon prochain projet, Ingénieur du son ne sortira qu’à la rentrée prochaine alors que je l’ai fait en 2020. Ces délais me fatiguent. Je sais que c’est long, que c’est normal mais c’est relou et pour être honnête ça me fait même un peu chier. La spontanéité me manque. Certaines personnes me disent qu’avant je faisais plein de morceaux. Mais avant, à peine le morceau était fait que je le partageais sur Soundcloud

 

Qu’est ce que tu espères pour le projet qui arrive ?

D’abord je suis grave fier de sortir sur ce label, qui a sorti des disques d’artistes dont j’étais fan lorsque j’avais quinze ans. Et s’il a un bon accueil de la niche je serai déjà hyper content. Si certains morceaux font marrer les gens, c’est tant mieux. Sur les 46 sorties d’Analogical Force, je crois que c’est le plus facile à écouter de tout ce qu’ils ont sorti avant. Je sais que le boss du label ne communique pas auprès des médias, il n’est pas dans une démarche commerciale de la musique. Donc je ne m’attends pas à grand chose…(rires)

 

« À chaque fois que je commence la production d’un morceau je me dis qu’il faut que je fasse « Plasticine » de Plastikman. »

 

Où tu trouves l’inspiration pour tes morceaux et notamment pour le morceau Ninja Voiron qui tranche avec le reste de ta discographie avec son sample ?

Je crois que je suis tombé par hasard sur une bande de samples dans une usine. Il faut savoir que j’ai enregistré ce morceau il y a peut-être quatre ou cinq ans. À l’écoute, j’ai entendu ce sample qui rappelle l’Asie et j’avais tapé un trip là-dessus. (rires)

Encore une vision des choses très spontanée ?

Oui, c’est toujours complètement débile. Jamais de la vie je me suis dit « là je vais faire un truc construit de cette manière-la »… Pour être clair, à chaque fois que je commence la production d’un morceau, je me dis qu’il faut que je fasse « Plasticine » de Plastikman. C’est la seule ligne conductrice que je me fixe depuis 20 piges… Je veux faire une belle ligne de TB dans une ambiance un peu dark mais qui donne envie de pleurer tout de même. Puis de ça, ça part en co**lles… (rires)

 

D’autres références ?

J’écoute très peu de musique électronique. Je ne diggue plus rien. Je suis tombé dans une sorte de routine dans laquelle je me plais, et que j’essaie même de revendiquer. J’utilise presque toujours les mêmes sons, tout le temps les mêmes boites à rythmes. Ce n’est toujours pas très vendeur je sais… (rires) Je pense que ce qui me lie à la techno c’est les musiques instinctives des années 90. A l’époque, les artistes étaient limités par les bécanes qu’ils avaient, mais j’aime quand même garder cette idée que ma discographie repose sur 5 présets. Dans l’idée, les premiers morceaux de techno que j’ai écoutés sont ceux de Sweet Exorcist, avec des sons qui se ressemblent énormément sur les albums. Je suis resté bloqué sur ce genre de truc.

 

Apparemment tu te sens comme un « faux parisien » ?

Je suis né à Paris, mais j’ai grandi en Bretagne depuis que j’ai deux ans. Par la force des choses je suis plus breton que parisien. C’est en Bretagne que j’ai commencé à écouter de la musique électronique. J’avais la chance d’avoir des potes qui avaient un grand frère qui était un gros nerd du breakcore et d’autres genres de tarés. La Bretagne a toujours eu une vague alternative. Quand je suis allé vivre à Rennes une année après le lycée, il y avait ce disquaire, Switch, où un bac sur deux était dédié à la hardcore ou à la breakcore, c’était improbable… Il y a même un moment où c’était la norme d’écouter du breakcore. C’était hyper ok. Je pense que c’est des sons que j’ai eu très vite dans mon inconscient et dans ma musique, même si après je suis parti dans les clubs à Paris et en Belgique… où j’ai découvert la minimale. Je pense que j’ai gardé cette emprunte bretonne. Il y a toujours un camion et un chien pas loin dans ma musique.

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