Vous ne le savez pas encore, mais Blu Samu est votre prochaine rappeuse préférée

Elle a passé sa petite enfance au Por­tu­gal puis a rejoint sa mère à Anvers, avant de se pren­dre une claque en décou­vrant le hip-hop ado­les­cente et de débar­quer à Brux­elles pour ten­ter sa chance… Tout ça à 23 ans : Blu Samu va vite. Elle court même. Et c’est d’ailleurs dans “I Run”, son tout pre­mier morceau entre rap et soul sor­ti il y a deux ans, que l’on retrou­ve le man­i­feste de cette jeune chanteuse et rappeuse : “Can’t afford to be dumb, you know / Used to be numb before / I got into all this music shit / Now I put my soul into the flows I spit” (“Je n’ai pas les moyens d’être idiote, tu sais / Avant, j’é­tais engour­die / Je me suis lancé dans cette putain de musique / Aujour­d’hui je mets mon âme dans les flows que je crache”). Un rap loin des égo-trips, racon­tant les doutes et les errances d’une rêveuse d’au­jour­d’hui, et porté par des pro­duc­tions sou­vent chill, par­fois con­coc­tées par ses potes du 77. En live, le tout explose, dyna­mité par ce petit bout de femme en bras­sière et à l’anglais impec­ca­ble — une for­mule testée et approu­vée en jan­vi­er dernier au fes­ti­val Euroson­ic. Peu de temps avant qu’elle ne monte sur scène, on a coincé Blu Samu pour une inter­view : impos­si­ble de rater le futur phénomène, jeune héri­tière des Fugees dont les influ­ences sont plutôt à chercher de l’autre côté de l’At­lan­tique… Mais dont les “blind­és” et autres expres­sions che­lous rap­pel­lent Brux­elles, BX, sa ville de coeur… Et décidé­ment une ville bour­rée de tal­ent quand on par­le de hip-hop.

Dans les com­men­taires Youtube d’un de tes clips, on peut lire “C’est ce qu’il se passe quand Sade et Lau­ryn Hill ont un bébé musi­cal”… Tu te retrou­ves dans la com­para­i­son ?

C’est super flat­teur mais je n’aime pas trop me com­par­er à des gens que j’ad­mire autant – Sade et Lau­ryn Hill sont des femmes qui ont vrai­ment lais­sé leur mar­que dans le monde de la musique et qui sont des mod­èles pour beau­coup de gens, dont moi. Ce serait un peu trop arro­gant de ma part ! Je les admire énor­mé­ment et je pense qu’in­con­sciem­ment je suis influ­encée par les deux, mais aus­si par beau­coup d’autres artistes que j’ai pu écouter plus jeune. Il y a d’ailleurs cer­tains de mes morceaux, dans un reg­istre pure­ment rap ou trap, qui n’ont pas grand chose à voir avec du Sade ou du Lau­ryn Hill.

Ton tout dernier morceau, “Ver­bal Glock” en fea­tur­ing avec Félé Flingue du 77, est en effet dans un autre reg­istre, pure­ment rap, avec une esthé­tique assez old­school, tan­dis que dans le clip de “Goose”, on retrou­ve plein de références aux ani­més japon­ais. Tout ce que tu aimes, tu le mets dans tes clips et tes morceaux, et tu vois bien ce que ça donne ?

Exacte­ment (rires) ! Pour les références au man­ga, c’est unique­ment pour le clip, ça ne s’en­tend pas dans la musique, car les musiques d’an­imés sont très sou­vent hor­ri­bles. Bon il y aurait peut-être quelque chose à faire de très lourd et trap avec la BO de Ghost In The Shell, mais à part ça c’est com­pliqué de piocher dans ces répertoires-là ! J’ai gran­di en regar­dant beau­coup de car­toons et d’an­imés, ça fait par­tie de mes racines, comme la vie que j’ai vécu au Por­tu­gal puis en Bel­gique ou les musique que j’ai écoutées quand j’é­tais gosse… Tout ça me nour­rit.

Tu écoutais quoi à la mai­son enfant ?

Ma maman achetait les com­pi­la­tions des gros tubes de l’an­née, les Hits Col­lec­tions. Il y avait tou­jours un ou deux trucs de jazz, ou des trucs comme “Eng­lish­man In New York” de Sting ou “Where Is The Love ?” des Black Eyed Peas. Il y avait vrai­ment de tout, y com­pris pas mal de trucs moi­sis. Mais les morceaux que j’aimais bien, je les écoutais en boucle. Ado­les­cente, mes potes écoutaient tous du hip-hop. Quand j’ai décou­vert ça vers 16 ans, j’ai cru que j’al­lais explos­er tant je trou­vais ça génial. Je me rendais compte aus­si de la quan­tité de trucs que j’avais loupés, et je me suis mise à beau­coup en écouter, tout en gar­dant ces racines pop et jazz. Mais c’est sûr que ça a vrai­ment matché avec le hip-hop, surtout celui que mes potes écoutait, celui qui racon­te des his­toires, comme Mos Def, Jean Grae, Lau­ryn Hill et/ou les Fugees, The Under­achiev­ers, Rejjie Snow…

Du hip-hop qui racon­te des his­toires, en oppo­si­tion aux ego-trips de pas mal de textes de rap ?

L’ego-tripping, ce genre de rap, on pou­vait pass­er ça avant de sor­tir le ven­dre­di, mais ce n’est pas du tout ce qu’on met­tait pour chiller et réelle­ment écouter de la musique. Dans mes textes, je ne suis pas trop dans ce délire-là non plus. Ca ne me dérange pas d’é­couter l’ego-trip d’un rappeur, il peut lis­ter tout ce qu’il a pour lui, mais ça m’in­téresse vache­ment plus qu’il me racon­te com­ment il a eu tout ça, qu’il m’ex­plique pourquoi il est si fier de son bling ou quelle est son his­toire.

Tes textes sont en effet per­son­nels, et tu as fait appa­raître ta mère et tes amis dans tes clips. Ça ne te fait pas bizarre d’aller autant dans l’in­time ?

Je trou­verais ça plus étrange de faire un clip autour d’un morceau qui racon­te mon his­toire, et d’aller cast­er une actrice pour jouer ma mère. Ce serait super space. En plus, je tenais vrai­ment à le réalis­er moi-même, je trou­vais ça cool de mon­tr­er ma vraie vie dans mon pre­mier clip, mon­tr­er d’où je viens, avec ma mère, mes potes qui m’ont accueil­lie à BX et qui m’ont prise sous leur aile… Et puis ils sont tous telle­ment beaux ! (rires)

Tu as réal­isé ton pre­mier clip, mais à quel point t’es-tu impliquée dans les suiv­ants ?

J’es­saye tou­jours de m’im­pli­quer d’une manière ou d’une autre dans les clips. La vidéo de “Goose” est celle sur laque­lle j’ai le plus lais­sé faire, parce que j’avais une totale con­fi­ance en la réal­isatrice. Je lui ai dit que je voulais un clip influ­encé par les ani­més, et que je voulais y appa­raître dess­inée, et c’est tout. C’est quelqu’un que je con­nais par inter­net depuis mes 16 ans, je savais déjà com­ment elle fai­sait ses mon­tages, et c’é­tait une chou­ette occa­sion de la faire venir en Bel­gique pour que l’on se ren­con­tre enfin alors qu’on par­lait qua­si­ment tous les jours par Skype. Pour “Nathy” j’avais cette idée que l’on retrou­ve à la toute fin du clip (mais je ne vais pas spoil­er!), et le réal­isa­teur Romain Knud­sen est arrivé avec cette his­toire géniale de con­cours de danse chez les red­necks. C’é­tait par­fait et pas trop sérieux non plus. Quant à “Sade Blu”, on l’a fait méga vite, car on voulait absol­u­ment avoir une petite carte de vis­ite à présen­ter aux fes­ti­vals. C’é­tait vrai­ment freestyle, on s’est bien amusé et je l’aime beau­coup, mais plus jamais je ferai un clip freestyle comme ça, sans his­toire der­rière !

Tu mélanges le rap et le chant dans tes morceaux. Tu as plutôt com­mencé par quoi ?

J’ai tou­jours chan­té et j’ai tou­jours aimé ça. Vers mes 18 ans, j’ai com­mencé à écrire des chan­sons, mais je ne le sen­tais pas vrai­ment. L’an­née suiv­ante, j’ai écris mon texte de rap. J’écrivais déjà de la poésie assez ryth­mique avant ça, mais c’est avec ce pre­mier texte de rap que je me suis dit “ah, c’est ça que je veux faire”. Parce que j’aime bien chanter, mais pas tout le temps. J’ai réal­isé qu’il fal­lait que je fasse du rap, et que je mixe ça avec du chant et tous les styles qui me plaisent.

Aujour­d’hui, il n’y a de toute façon plus trop de démar­ca­tion entre rap et chan­son, notam­ment sur la scène belge…

Oui, surtout à Brux­elles. Le rap a tou­jours été assez lié avec la soul ou le funk, mais aujour­d’hui c’est un style super pop­u­laire, et les mélanges sont encore plus fla­grants notam­ment avec la pop et la chan­son. Il y a beau­coup d’e­space pour expéri­menter. Et puis tu n’as plus néces­saire­ment besoin d’être from the hood. Il y a même des gens qui font du com­e­dy rap­ping comme Lil Dicky : c’est juste humoris­tique mais ça reste du rap ! Ça pou­vait exis­ter avant, mais il fal­lait tout de même avoir une cer­taine street cred. Au delà de la diver­sité des styles, c’est peut-être ça qui a le plus changé à mes yeux : plus besoin de venir d’une cité pour faire du rap.

Qu’est-ce qui se passe à Brux­elles pour que cette scène rap explose comme ça depuis quelques années ?

Je pense que Stro­mae a réveil­lé pas mal de gens. Voir ce mec être con­nu aux Etats-Unis, ça nous a mon­tré que c’é­tait pos­si­ble. Et puis il y a eu Roméo Elvis, qui est devenu très con­nu très vite en Bel­gique puis en France. Tout le monde s’est ren­du compte que la scène belge com­mençait à attir­er l’at­ten­tion. C’é­tait le bon moment pour sor­tir de la musique ! Il y avait plein de gens avec du poten­tiel qui se sont mis à boss­er, comme le 77. Il y a eu comme un appel d’air qui nous a tous per­mis de com­mencer à exis­ter. Pourquoi j’i­rai à Lon­dres ou je ne sais où, à devoir tra­vailler à côté pour gag­n­er des sous, alors que j’ai vu que c’é­tait pos­si­ble de faire tout ça d’i­ci ?

Tu as sor­ti un pre­mier EP, Moka, sur lequel tu t’es entourée de dif­férents pro­duc­teurs. Com­ment travailles-tu avec eux ?

Par­fois j’écris un texte à l’a­vance, parce que j’avais vrai­ment quelque chose à racon­ter à l’in­stant T. Ou alors j’ar­rive en stu­dio, j’é­coute les pro­duc­tions, je choi­sis celle qui cor­re­spond le plus à mon humeur du moment, et là j’écris. Si je me sens comme une merde ce jour-là je ne vais évidem­ment pas choisir un morceau trap super énergique… En tout cas, sur mon prochain pro­jet, je vais essay­er de plus m’im­pli­quer dans la pro­duc­tion. Et quand vien­dra le temps de faire un album, je veux tout pro­duire. Pas jouer des instru­ments, mais être à côté du gui­tariste pour lui faire tester des trucs et finir par dire “c’est ça que je veux”. C’est l’ob­jec­tif en tout cas !

Blu Samu sera en con­cert le 14 févri­er au Con­fort Mod­erne à Poitiers, le 1er mars à l’Al­ter­café de Nantes, le 13 mars au Point Ephémère à Paris, le 6 avril à l’Aéronef à Lille puis dans divers fes­ti­vals comme Nouvelle(s) Scène(s) à Niort. 

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