© Richard H. Kirk/PIAS

26 ans après, ce nouvel album de Cabaret Voltaire enregistré avec les machines de l’époque

En août, Richard H. Kirk (chant, gui­tare) annonçait qu’il réac­ti­vait en solo le groupe Cabaret Voltaire avec un album à venir. Enfin le voilà : Shad­ow of Fear a été dévoilé ven­dre­di dernier, 26 ans après le dernier album de Cabaret Voltaire.

Chronique issue du Tsu­gi 135 : la musique fait son #MeToo, tou­jours disponible en kiosque et à la com­mande en ligne.

Depuis ses débuts en 1974, le groupe Cabaret Voltaire (com­posé de Richard H. Kirk, Stephen Mallinder et Chris Wat­son) n’a cessé de faire évoluer sa musique, pas­sant de l’indus au punk armé de synthétiseurs et boîtes à rythmes, de l’électro- funk bidouillé en pas­sant par la house de Chica­go en tra­vail­lant avec Mar­shall Jef­fer­son. Père, par­mi d’autres, du mou­ve­ment tech­no, notam­ment avec The Crack­down, album culte où il va per­dre Chris Wat­son en route, le duo Mallinder et Richard H. Kirk s’est con­stam­ment remis en ques­tion au tra­vers d’une discogra­phie longue comme le bras et étalée sur une quin­zaine d’années.

Cabaret Voltaire

Art­work

Depuis la séparation des Cabs en 1990, Richard H. Kirk en a prof­ité pour plonger dans la tech­no avec Sweet Exor­cist – man­i­feste de la bleep music – puis une myr­i­ade de pro­jets solo, dont San­doz et sa tech­no min­i­male et racée, pen­dant que Mallinder par­tait vivre en Aus­tralie pour for­mer le duo Sas­si & Loco. Cabaret Voltaire aux abonnés absents depuis 1990, Richard H. Kirk a décidé de reformer seul le groupe en 2014 pour l’Atonal de Berlin, sans mélancolie aucune, mais comme un espace de création fidèle à la philoso­phie du groupe – « No Nos­tal­gia » – de ses débuts. « J’ai com­mencé à développer des titres destinés spécifiquement à être joués en con­cert, déclare-t-il, des trucs assez bruts et dépouillés.» Et ce qui devait rester de l’ordre du live s’est trans­formé en nou­v­el album.

Enreg­istré avec les machines de l’époque du stu­dio West­ern Works – d’où ce grain si par­ti­c­uli­er –, Shad­ow Of Fear ne ressem­ble à aucun album de Cabaret Voltaire tout en étant du pur Cabaret Voltaire, puisant dans tout ce qui fai­sait son ADN : les ryth­miques funk et métalliques, une util­i­sa­tion bril­lante des sonorités indus, l’utilisation de sam­ples en forme de dis­cours apoc­a­lyp­tiques, des arte­facts électroniques parsemés pour mieux désorienter l’auditeur, des mélodies ori­en­tales trafiquées en back­ground et des cas­sures de rythmes. Mélange d’électro-funk, de tech­no de Detroit, de bleep music et de house projetée dans le futur, Shad­ow Of Fear s’inscrit avec aisance comme l’un des meilleurs dis­ques de Cabaret Voltaire, et ce dans une discogra­phie qui ne manque pas de chefs‑d’œuvre.

Retrouvez plus de chroniques dans le dernier Tsugi 135 : la musique fait son #MeToo, toujours disponible en kiosque et à la commande en ligne.

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