Soirée Dure Vie @ La Machine du Moulin Rouge / ©Rémy Golinelli

500 000€ de subventions pour les clubs berlinois : et que fait-on à Paris ?

Début jan­vi­er, la Com­mis­sion Club de la ville de Berlin recon­dui­sait pour les deux ans à venir les sub­ven­tions des mesures de pro­tec­tion antibruit pour les clubs, et ce, à hau­teur de 500 000 euros. Autrement dit, pour faire insonoris­er les clubs et ain­si apais­er les ten­sions entre club­bers et riverains. Sous l’initiative de la séna­trice écol­o­giste Ramona Pop, la ville œuvre dans ce sens depuis deux ans en faveur de cette cul­ture fon­da­trice de l’identité berli­noise et prospère de son célèbre tourisme noc­turne. À not­er toute­fois qu’il s’ag­it d’une baisse de ces sub­ven­tions par rap­port à 2018, qui s’él­e­vaient alors à un mil­lion d’eu­ros.

Est pré­cisé égale­ment que les pro­prié­taires de clubs doivent par­ticiper aux travaux d’insonorisation à hau­teur de 10% à 20%. Ce n’est qu’une fois les fonds pro­pres épuisés que les sub­ven­tions sont ver­sées. Le finance­ment ne peut s’élever qu’à 50 000 euros par étab­lisse­ment et est pro­por­tion­nel à la struc­ture con­cernée.

Mais une ques­tion se pose : à Paris, que fait-on ?

En parte­nar­i­at avec le CNM Prévoy­ance San­té (Caisse Nationale Mutu­al­iste), la ville de Paris a, depuis deux ans déjà, mis en place une sub­ven­tion d’un mon­tant d’un mil­lion d’euro dédiée à l’insonorisation et aux accès ERP (étab­lisse­ment rece­vant du pub­lic) des salles de con­cert et autres clubs. Il s’agit d’un fond de sou­tien qui a déjà été mis à prof­it pour des étab­lisse­ments comme La Machine du Moulin Rouge, La Sta­tion Gare des Mines ou La Mécanique Ondu­la­toire. Selon Frédéric Hoc­quart, adjoint au maire de Paris à la vie noc­turne et à l’é­conomie de la diver­sité cul­turelle, il s’agit là d’une “ini­tia­tive inédite” avec une réelle volon­té de médi­a­tion entre “les gens qui veu­lent dormir” et “les gens qui veu­lent faire la fête”.

La musique élec­tron­ique, ce n’est pas seule­ment la Tech­no Parade une fois par an.” – Frédéric Hoc­quart, adjoint au maire de Paris à la vie noc­turne

Selon lui, il est essen­tiel d’aider les petites salles afin de préserv­er l’éclectisme cul­turel et ain­si le ray­on­nement de la ville de Paris à l’échelle nationale et mon­di­ale. “Avant, soit on dis­ait que Paris était une ville bruyante et qu’on ne pou­vait rien y faire, soit on éloignait de la ville les jeunes trop bruyants. Ce ne sont pas des solu­tions !” explique l’adjoint d’Anne Hidal­go. La préser­va­tion des petits lieux cul­turels est, selon lui, pri­mor­diale : “Sans les clubs, com­ment fait-on ? La musique élec­tron­ique, ce n’est pas seule­ment la Tech­no Parade une fois par an ! Pro­téger des lieux comme feu Con­crète ou Dehors Brut est impor­tant. Nous voulons véhiculer l’idée de la fête et de la bien­veil­lance.”

La Flèche d’or dans le 20e arrondisse­ment de Paris

Mal­gré cette ini­tia­tive, les petites salles de con­cert n’échap­pent pas au divers­es pres­sions les pous­sant à fer­mer. Par exem­ple, la Flèche d’or, anci­enne gare de Charonne, avait tem­po­raire­ment dû fer­mer ses portes pour nui­sances sonores en 2009, comme le rap­pelle Le Monde dans un arti­cle sur les déboires du lieu cul­turel parisien. Aujour­d’hui, une société d’investissement immo­bili­er imag­ine une recon­ver­sion de la salle de con­cert en restau­rant. Lors d’une journée d’ac­tion en novem­bre dernier, des mil­i­tants et habitués de l’en­droit ont envahi les lieux en signe d’op­po­si­tion à ce change­ment : “Dans ce quarti­er où la gen­tri­fi­ca­tion fait déjà des rav­ages, ce site doit être lais­sé à l’appropriation citoyenne”, jus­ti­fie Danielle Simon­net, élue de La France insoumise au Con­seil de Paris. Une sit­u­a­tion qui s’est sol­dée par l’in­ter­ven­tion de la police qui a délogé les mil­i­tants.

À l’aube des prochaines élec­tions munic­i­pales, la ques­tion des moyens investis pour lieux cul­turels parisiens alter­nat­ifs est loin d’être réglée. Pour­tant, il appa­raît néces­saire de con­tin­uer à pro­téger ces lieux frag­iles qui héber­gent la cul­ture d’au­jour­d’hui et de demain. Espérons que ces sub­ven­tions soient main­tenues en 2020, ce que Frédéric Hoc­quart n’a pas encore été en mesure de con­firmer.

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