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© Alexis Bonhommet
27 juin 2024

A-One Records, les vinyles de New-York à Paris | INTERVIEW

par Léa Crétal

Installé dans le XIème arrondissement depuis un an, l’antenne parisienne du mythique disquaire new-yorkais, A1 Record Shop, est devenu l’un des sanctuaires des musiques disco, funk, hip-hop et house de la capitale. On a discuté avec sa gérante Natania, fille du fondateur et patron de A1 NYC, et Louison, membre de l’équipe A-One Paris. Rencontre. 

Eldorado des collectionneurs et DJs new-yorkais depuis 1996, A1 Records s’est doté d’une annexe parisienne à l’été 2023, pour le plus grand bonheur des passionnés parisiens. Plus besoin de traverser l’Atlantique pour dénicher les merveilles de seconde-main qui font la réputation du disquaire : il suffit désormais de s’aventurer au 42 rue de Montreuil pour fouiller parmi une myriade de raretés et albums légendaires, directement venues du shop américain.

Avec un approvisionnement de 100 000 disques affrétés en container depuis New-York, l’antenne parisienne fait office de boîte à trésors pilotée par la Franco-américaine Natania Kosman (fille du fondateur et patron de A1 Records) et son équipe, parmi laquelle le DJ Louison. On a tenu à passer une tête chez A-One et à leur poser quelques questions, sous l’œil du père de Natania, Isaac Kosman, arrivé de New-York deux heures plus tôt.

 

Vous avez ouvert A-One Records pendant l’été 2023. Comment s’est déroulée cette première année d’implantation parisienne ? 

Natania : Ça se passe super bien! On est quatre dans l’équipe : Louison, Laurent, Camille et moi. On remonte des nouveaux disques de la cave tous les jours, donc ça crée un rythme intéressant. A1 New-York nous a envoyé un énorme stock de 100 000 disques l’année dernière. Chaque jour, on ouvre des cartons et on fait des découvertes. Il y a un élément ludique pour nous et pour les clients.

Louison : Pendant l’été dernier, on était en période de rodage. Il fallait réfléchir au fonctionnement de la boutique dans sa globalité : quel accueil on voulait offrir à notre clientèle, quelle vision donner au shop… Depuis, on a pu mettre tout ça en place.

 

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« On s’est demandé : ‘À quoi ressemblerait le disquaire idéal ?' », Louison
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Justement, c’est quoi l’esprit A1? 

Louison : Personnellement, j’ai eu la chance d’accompagner Natania un an et demi avant l’ouverture du magasin, quand ce n’était encore qu’une idée entre elle et son père. Assez vite, on a réalisé qu’on était sur la même longueur d’onde. On tenait à créer un espace où tout le monde puisse entrer pour digger librement, sans se sentir jugé. On est tombés d’accord sur le fait que le disquaire idéal est un espace safe. On a attribué autant d’importance à la musique qu’à l’esprit de communauté qu’on voulait mettre en place au shop. On ne voulait pas de tours de passe-passe qui avantagerait les DJ connu-es, par exemple.

A-One

A-One © Alexis Bonhommet

 

Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

Natania : On s’est rencontrés dans un bar, grâce à des ami-es en commun. De mon côté, je finissais mes études. J’ai discuté avec la copine de Louison qui m’a demandé ce que je voulais faire pour la suite. Je lui ai répondu que j’avais un projet un peu fou, celui de monter un disquaire. Elle s’est levée et est directement partie chercher Louison pour qu’on en parle. Il a été très impliqué et me demandait tout le temps des nouvelles du projet. Alors on a prévu ça ensemble, visité différents locaux… Louison a été un élément clé. Il m’a beaucoup encouragée et soutenue.

 

Est-ce que c’était volontaire de s’implanter dans le quartier Bastille, vivier de disquaires de musique underground ?

Natania : C’était un plus. Dans tous les cas, on cherchait dans les quartiers du nord-est de Paris. C’est super d’être dans le secteur des disquaires, c’est comme un « hub », un point pivot.

Louison : C’est pratique pour se faire des passes avec les autres disquaires du coin et rediriger nos clients respectifs si besoin.

 

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« Ça peut paraitre fou mais à la maison, mon père n’a jamais eu de disques. J’étais la seule à en avoir dans ma chambre », Natania
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A-One

A-One © Alexis Bonhommet

Vous disiez que l’idée d’une antenne parisienne a été lancée par Natania et son père, fondateur et gérant de A1 NYC. À ce propos, as-tu passé beaucoup de temps dans la boutique de ton père quand tu étais enfant ?

Natania : Sincèrement, non. J’ai mis du temps à m’intéresser à ce que faisait mon père. Au lycée, j’ai commencé à y passer plus de temps et à donner des coups de main. J’avais des disques chez moi et je faisais des rotations dans ma collection. Je me servais du shop comme d’une bibliothèque. Ça peut paraitre fou mais à la maison, mon père n’a jamais eu de disques. J’étais la seule à en avoir dans ma chambre. C’était l’unique l’endroit où les vinyles n’empiétaient pas.

 

Et toi Louison, quel a été ton point d’entrée avec la musique ? 

Louison : Pendant toute mon enfance, mon père nous a transmis une culture musicale, surtout tournée autour de la funk. Il m’a donné ses disques quand j’avais 15 ans, c’est ça qui m’a fait tomber dans la musique et à vrai dire, mon amour pour la musique passe par les disques. Je consomme à 90% de la musique à travers les vinyles. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’on pouvait les mixer ensemble et que j’ai commencé mon activité de DJ.

 

Pour revenir sur la boutique, pourquoi proposer uniquement des disques de seconde-main ? 

Natania : À la base, la boutique parisienne répond à une problématique rencontrée par celle de New-York : un trop-plein de stocks. On se demandait comment trouver un autre débouché pour les vendre. A-One Paris répond à ce besoin-là. L’idée était de créer de nouveaux flux pour écouler les surplus de stock de disques à New-York. C’est aussi simple que ça.

Louison : Mais la question de proposer également de la nouveauté s’est posée. Il y a beaucoup d’ami-es et de personnes qui viennent nous proposer leurs nouvelles sorties, alors on a réfléchi. Finalement, on s’est dit qu’il n’y avait pas la place (rires) et qu’il y a déjà beaucoup de disquaires parisiens qui s’en chargent très bien. Notre créneau à nous, c’est la seconde-main, et c’est très bien.

 

A-One

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Quelles sont vos ambitions pour la boutique ? 

Louison : Notre gros projet, c’est d’accueillir un nouveau container de disques. Le premier était un fourre-tout, mais on en est toujours émerveillé-es ! On ne remerciera jamais assez Jérémie Delon, le manager du shop de NYC, qui a commencé à préparer des cartons étiquetés « France », alors même que le projet n’était qu’embryonnaire, et sans savoir s’ils allaient vraiment un jour traverser l’Atlantique. Ce premier container est incroyable mais maintenant, l’ambition c’est de pouvoir répondre aux attentes des clients dont on a commencé à cerner les besoins.

Natania : Oui, l’accueil d’un nouveau container est imminent. En dehors de ça, on souhaite développer l’aspect relationnel et agrandir notre communauté via nos évènements, organisés environ deux fois par mois. Les in-store sessions marchent plutôt bien, alors on aimerait exploiter ce format encore davantage.

 

Si vous deviez sélectionner un disque qui représente au mieux l’esprit A1, vous choisiriez lequel ? 

Louison : Personnellement je pense à un disque neo-soul qu’on a découvert dans les cartons : Society Of Soul de Brainchild (1995).

Natania : Face à moi, accroché au mur, je vois le tout premier disque qu’on a joué ici : Paid in Full de Eric B. & Rakim (1987). Le jour où on a ouvert la porte, c’est celui qui passait derrière. C’est assez symbolique. D’ailleurs, c’est un disque qu’on remonte souvent de la cave !

A-One

A-One © Alexis Bonhommet

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