Album du mois : Kangding Ray — Cory Arcane

Pro­duire de la musique élec­tron­ique peut à bien des égards s’apparenter au méti­er d’architecte, les boucles rem­plaçant les parpaings, les nappes, les struc­tures métalliques et les kicks les fon­da­tions. Voilà sûre­ment pourquoi au fur et à mesure des années, il est devenu de moins en moins rare de lire dans une biogra­phie d’artiste l’intitulé “archi­tecte de for­ma­tion”. À croire que l’amour que voue l’électronique aux décors de béton est réciproque. Illus­tres représen­tants de cette mou­vance, Rød­häd et Nico­las Godin de Air ont défi­ni le con­cept du producteur/architecte, appli­quant dans des styles très dif­férents la même rigueur dans la con­cep­tion de leurs beats qu’avec leurs plans et maque­ttes. Dans la même veine, un autre Français excelle, telle­ment per­fec­tion­niste que Res­i­dent Advi­sor l’a pris pour un Alle­mand. Ce Français, c’est Kangding Ray, David Letel­li­er de son vrai nom. Fig­ure dis­crète du paysage élec­tron­ique hexag­o­nal, il est pour­tant à l’origine de morceaux dont la beauté n’a d’égale que la noirceur. Instal­lé à Berlin depuis plusieurs années, il a trou­vé au cœur de la cap­i­tale alle­mande le cadre idéal pour laiss­er s’épanouir ses qual­ités artis­tiques. Comme un bour­gogne dans un ton­neau de chêne; entourée de frich­es et de cathé­drales de béton, la tech­no indus­trielle de Kangding Ray se boni­fie avec le temps. Il nous avait déjà éblouis avec Solens Arc, son album de 2014, com­posé d’à peine qua­tre morceaux étalés cha­cun au min­i­mum sur treize min­utes. Un joli con­den­sé de noise, de tech­no et de drone, par­faite bande orig­i­nale d’un film post-apocalyptique. Loin d’être avare en pro­duc­tions, Kangding Ray récidive aujourd’hui tout en renou­ve­lant pro­fondé­ment sa for­mule. Cory Arcane se lim­ite à des titres de sept min­utes, un for­mat plus com­mun et plus club pour des morceaux qui bril­lent par leur éclec­tisme, allant autant fouin­er du côté du hard­core que du drone. Un con­cept qui, s’il peut sem­bler fouil­lis, se révèle à l’écoute incroy­able­ment cohérent, créant une sorte de grand paysage sonore, aus­si mélan­col­ique que ryth­mé. La tech­no 90’s a célébré l’ecstasy, Cory Arcane, comme le sug­gère son art­work, se place plutôt en mantra chamanique, inci­tant son audi­teur à mâchouiller des fougères, et, à la façon des pythies grec­ques durant les rites dionysi­aques, à entr­er en transe. 

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