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©Tom Delion
18 novembre 2020

Album du mois : Tiña, le quintette rock londonien sorti de nulle part

par Simon Brazeilles

C’est l’album du mois du Tsugi 135 : Positive Mental Health Music, du groupe britannique Tiña mené par son leader Josh Loftin. 

Le 10 octobre dernier était célébrée la journée mondiale de la santé mentale. Au programme : campagnes de sensibilisation et conférences un peu partout à travers le globe. Près d’un mois plus tard, Tiña, petit quintette londonien sorti de nulle part, continue le boulot avec son premier album solidement nommé Positive Mental Health Music – le ressenti d’un ami à propos de leur musique après un concert du groupe – premier album pour la formation, mais également premier long format du label Speedy Wunderground. Ce nom devrait sonner familier pour quiconque s’intéresse au rock anglais en ce moment puisqu’il s’agit de l’ancien label des prometteurs Squid, juste avant qu’ils ne basculent chez Warp. À sa tête, Dan Carey, producteur de Franz Ferdinand, Kate Tempest et plus récemment derrière les albums de Fontaines D.C. et black midi, deux pépites fraîches du rock anglais.

tina

Artwork

À l’instar des groupes précédemment cités, les guitares sont omniprésentes. Pourtant, impossible de cataloguer Tiña : on oscille toujours entre les styles, entre grunge, rock et même country – à l’image du chapeau de cow-boy rose que le chanteur porte tout le temps. Le tout infusé avec quelques sonorités pop, pour le rendre le plus catchy possible – les synthés enivrants de « Rosalina » en première ligne. « Let’s talk about mental health », nous assigne le chanteur Joshua Loftin au beau milieu de « Golden Rope ». Et la santé mentale servira effectivement de fil conducteur tout au long de l’album, les paroles provenant toutes d’une dépression nerveuse du chanteur il y a deux ans de ça. Avec sa voix versatile parfois très grave et parfois très aiguë, il nous fait part de ses tribulations dépressives à travers des textes intimistes, personnels et révélateurs.

Pourtant, malgré ses paroles sombres, le groupe ne tombe pas dans le cliché des artistes torturés. Au contraire, il est loin de se prendre au sérieux, et c’est ce qui fait tout son charme. Le clip perché de « Dip » en est l’exemple parfait : devant Big Ben, le leader chante à moitié nu au milieu des voitures, ne portant qu’un short rose et son fameux chapeau de cow-boy. À la fin de l’écoute du disque, l’optimisme des mélodies prend le pas sur le thème plombant. Se servir des mauvaises expériences passées pour espérer un futur meilleur. Les « this is fine » répétés du refrain de « Buddha » résonnent justement encore dans nos oreilles. Simple. Basique. Réjouissant et cathartique, à la fois pour le chanteur et l’auditeur. Jusqu’à créer une communion entre les deux : même si les paroles sont très personnelles, le caractère entraînant fait que chacun peut s’y retrouver. Il y a quelque chose d’addictif dans cet album, certainement ce mélange savant de sincérité, de cohérence et de chaleur humaine. Et l’enregistrement original sur cassette n’y est sûrement pas pour rien.

Plus qu’un groupe à suivre de près, Tiña se présente comme le chef de file d’un label à suivre de très près.

Retrouvez plus de chroniques dans le dernier Tsugi 135 : la musique fait son #MeToo, toujours disponible en kiosque et à la commande en ligne

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