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Bientôt des Victoires de la musique électronique ? Technopol ouvre le débat.

23 ans après la récom­pense de Lau­rent Gar­nier pour son album 30, la musique élec­tron­ique était la grande absente des Vic­toires de la musique ce dernier ven­dre­di 12 févri­er. L’as­so­ci­a­tion de défense des musiques élec­tron­iques Technopol reproche à l’in­sti­tu­tion un manque de représen­ta­tiv­ité de la musique française aujour­d’hui et pose l’idée d’une céré­monie à part.

Il y a un an, nous com­men­tions l’édi­tion 2020 des Vic­toires de la musique en remar­quant que “la déci­sion de sup­primer les caté­gories par genre musi­cal n’est pas vide de sens tant les artistes et ceux qui con­som­ment la musique se passent d’étiquettes, mais peut-être au détri­ment d’une juste représen­ta­tion de la scène musi­cale dans son entièreté.” Hier soir, la musique élec­tron­ique était absente de la 36ème céré­monie des Vic­toires. Même un artiste impor­tant de la scène française comme Rone, pour­tant nom­mé aux Césars pour la meilleure bande-son, n’avait vis­i­ble­ment pas mérité sa nom­i­na­tion. On aurait égale­ment pu penser à cer­tains pro­duc­teurs des tubes qu’on entend actuelle­ment à la radio, comme par exem­ple Saint DX qui est der­rière la prod de “911″ de Damso ain­si que six autres titres de son album. Seul Wood­kid sem­blait tenir la chan­delle, nom­iné dans l’ar­rière caté­gorie “créa­tion audio­vi­suelle” – si tant est qu’il soit encore vrai­ment “élec­tron­ique” et pas tout sim­ple­ment “pop”. Cela pose évidem­ment un prob­lème de juste représen­ta­tion du panora­ma de la musique hexagonale.

 

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Tom­my Vaude­crane, co-fondateur de Technopol, asso­ci­a­tion de pro­mo­tion des musiques élec­tron­iques qui organ­ise notam­ment la Tech­no Parade, se demande quels intérêts cette céré­monie sert. Alors que 40% de la musique française qui s’ex­porte est élec­tron­ique (avec notam­ment Acid Arab ou Car­pen­ter Brut comme ses plus fréquents ambas­sadeurs, selon le Bureau Export du CNM) et que ses artistes sont réputés dans le monde entier, la céré­monie a snobé toute la scène. Dépité, il con­state que “quand il faut pay­er, on ne nous oublie pas, par con­tre quand il faut récom­penser, on nous dit que ‘c’est com­pliqué’.” Cette déci­sion vient pour­tant à un moment où la musique élec­tron­ique n’a jamais été aus­si pop­u­laire : “Les affich­es des fes­ti­vals, même général­istes, affichent des DJs qui font venir beau­coup de monde.”

Quand il faut pay­er, on ne nous oublie pas, par con­tre quand il faut récom­penser, on nous dit que ‘c’est compliqué’.”

Au-delà de cette absence, Technopol reproche aus­si à la céré­monie de ne pas refléter les attentes de son pub­lic : “C’est un événe­ment présen­té par Stéphane Bern où les musiques les plus écoutées par les jeunes sont absentes : pas assez de rap, pas d’élec­tron­ique”. Il salue néan­moins la plus grande part de diver­sité de genre depuis quelques années, mais fustige le manque de diver­sité musi­cale auquel le nom laisse pour­tant croire : “Pourquoi nom­mer cette céré­monie Vic­toires de la ‘musique’ ? Il vaudrait mieux les renom­mer Vic­toires de la ‘pop’, ça aurait plus de sens”.

Incompréhension et déception

Cer­tains chez Technopol en vien­nent à s’in­ter­roger sur la néces­sité d’être représen­té à cette céré­monie et éventuelle­ment de créer un événe­ment à part, représen­tatif de la scène élec­tron­ique française cette fois, avec tous les sous-genres qu’elle inclue. Même si cette idée est encore au stade embry­on­naire, cer­taines pistes sont envis­agées. Il s’a­gi­rait surtout de ne pas repro­duire les mêmes sché­mas qui ont cours aux Vic­toires de la musique où “la dom­i­nance des majors décide de ce qui est légitime ou non” et où l’entre-soi règne. L’éventuel pro­jet per­me­t­trait ain­si de réalis­er un événe­ment fes­tif, dans un for­mat plus court, et de dépass­er la lour­deur de la céré­monie dif­fusée sur France 2. Pour Vaude­crane, si ce pro­jet venait à être réal­isé, la représen­ta­tiv­ité serait le maître-mot : “On oublie tout le cir­cuit alter­natif avec ce genre de céré­monie, mais il faut représen­ter les 5 000 DJs qui sont en France toute la base de notre musique”.

Aus­si, en cette péri­ode où la musique élec­tron­ique souf­fre du Covid, beau­coup chez Technopol pen­saient quon “pou­vait s’at­ten­dre à une preuve de sol­i­dar­ité de la part de l’in­sti­tu­tion. Ces choix décrédi­bilisent les Vic­toires de la musique.” Ain­si, pour la scène élec­tron­ique, cette céré­monie avait un goût par­ti­c­ulière­ment amer, à l’heure où les pro­to­coles san­i­taires dras­tiques inter­dis­ent tou­jours la reprise des soirées et con­certs depuis bien­tôt un an.

On pou­vait s’at­ten­dre à une preuve de sol­i­dar­ité de la part des Vic­toires de la musique.”

Enfin, sur une dernière note plus pos­i­tive, on sent depuis quelques temps une prise de con­science de l’in­sti­tu­tion qui cherche mal­gré tout à s’adapter à son l’époque en réduisant par exem­ple le nom­bre de caté­gories pour réduire son his­torique longueur, ou avec la créa­tion de la caté­gorie du “titre le plus streamé”. Mais les efforts sont à poursuivre.

Le pal­marès des Vic­toires de la musique 2021 :

Artiste mas­culin : Ben­jamin Biolay
Artiste fémi­nine : Pomme
Révéla­tion mas­cu­line : Hervé
Révéla­tion fémi­nine : Yseult
Album de l’an­née : Grand Prix de Ben­jamin Biolay
Créa­tion Audio­vi­suelle : “Nous” de Julien Doré
Chan­son orig­i­nale : “Mais je t’aime” de Camille Lel­louche et Grand Corps Malade
Titre le plus streamé : “Ne reviens pas” de Gradur et Heuss L’Enfoiré

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