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Blood Orange à l’Elysée Montmartre : un concert qui donne la foi

L’o­r­ange san­guine se tenait là, lunettes tein­tées, cas­quette plate noire et veste assor­tie. Elysée-Montmartre, 15 juil­let 2019, vingt heures tapantes : l’oc­ca­sion était donc trop belle, et surtout trop rare. Né outre-Manche, le désor­mais New-yorkais est effec­tive­ment assez peu cou­tu­mi­er des scènes européennes, encore moins français­es ; la dernière venue de Dev Hynes dans notre cap­i­tale remon­tait à novem­bre dernier, au Pitch­fork Fes­ti­val. D’au­tant plus que cette nou­velle vis­ite esti­vale s’ac­com­pa­g­nait d’une actu­al­ité de taille : ven­dre­di dernier sor­tait Angel’s Pulse, mix­tape annon­cée quelques jours aupar­a­vant et fidèle à la créa­tiv­ité débor­dante du chanteur/producteur de 33 ans. Zigza­guant entre les pseu­do­nymes (on n’ou­blie pas le délais­sé Light­speed Cham­pi­on), Blood Orange — adop­té depuis le début des années 2010 à l’oc­ca­sion de la Blood Orange Home Record­ing Mix­tapedonne suite à l’ex­cel­lent album Negro Swan, à l’aide d’un R’n’B tou­jours élé­gant où les voix envoû­tantes, les sonorités déli­cieuse­ment soul, les influ­ences rap et les bat­ter­ies hybrides accouchent d’un disque inno­vant et très ent­hou­si­as­mant.

Hynes ne vient pas seul ; c’est d’ailleurs l’un des grands points forts du R’n’B “alter­natif” par rap­port au rap, quelle que soit l’échelle. La plu­part des rappeurs — Dieu mer­ci, ça ne con­cerne pas tout le monde, le seul Kendrick Lamar suf­fit à nuancer l’ob­ser­va­tion qui va suiv­re — se con­tentent de shows bien sou­vent paresseux, où une paire de platines et une bande-son se bat­tent en duel. Alors que leurs con­certs se trans­for­ment en vagues DJ-sets option play­back, le R’n’B se mon­tre générale­ment plus généreux en terme de presta­tion scénique. The Week­nd, Frank Ocean ou The Inter­net : tous mis­ent sur les instru­ments et leurs instru­men­tistes, qui amè­nent une saveur organique, une réelle maîtrise et une cer­taine classe non nég­lige­ables en 2019.

Blood Orange fait par­tie de cette école ; débar­quent donc sur scène bat­teur, bassiste, cho­ristes, gui­tariste, clav­iériste et sax­o­phon­iste. Sans oubli­er Dev Hynes him­self, qui alterne avec grande aisance les moments de chant, piano et gui­tare élec­trique. Aisance et beau­coup de tal­ent : tout est fait dans la grandeur et la sub­til­ité. Les solos de gui­tares sont tou­jours maîtrisés et jus­ti­fiés, les explo­sions instru­men­tales ‑propul­sées par un sax­o­phone ou un alliage de vocalis­es — font fris­son­ner, les puis­sants sons élec­tron­iques de la bat­terie sont sub­limés par un jeu bien organique. L’o­r­ange enchaîne ses titres phares et défend ses nou­veautés , les mod­i­fi­ant ou les éti­rant comme il l’en­tend, comme son petit tube “You’re Not Good Enough”, impec­ca­ble­ment dansant et funky. Il n’hésite pas non plus à s’ef­fac­er der­rière ses cho­ristes, qui se lan­cent dans des démon­stra­tions vocales à couper le souf­fle. Le con­cert se finit en apothéose, après seule­ment une bonne heure de jeu… et aucun rap­pel. Mais peu importe la durée, ce genre de presta­tion redonne la foi. Il ne man­quait plus qu’une nef, des vit­raux et une chorale de gospel.

Meilleur moment : quand Dev s’est pris pen­dant quelques min­utes pour un gui­tar hero avec slides, tap­ping et doigts qui par­courent le manche à toute berzingue

Pire moment : pas de rap­pel. Quand même…

© Frédéric Ragot Insta­gram : fre­drgt

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