Sophia Saze

Ça sort aujourd’hui : vendredi 14 juin

C’est ven­dre­di, c’est jour de sor­tie ! Vu qu’il est par­fois dif­fi­cile de s’y retrou­ver avec tous les dis­ques qui sor­tent chaque semaine, Tsu­gi a décidé de vous faciliter la tâche en vous faisant une petite sélec­tion de galettes – LPs et EPs con­fon­dus – qui vien­nent de paraître et qui nous font vrai­ment envie : voici donc de quoi accom­pa­g­n­er votre week-end avec la tech­no intro­spec­tive de Sophia Saze, celle impi­toy­able de SHDW & Obscure Shape,  la house cos­mique de Space­and­time, les influ­ences pop de Day­mark, le R’n’B chic de Basile di Man­s­ki, les expéri­men­ta­tions de The Tox­ic Avenger et l’élec­tro épuré de Jumo.

Sophia Saze — Self — Part I [Kingdoms]

Com­mençons avec un disque pour le moins inquié­tant. Sophia Saze, pro­duc­trice géorgi­en­ne, nous avait habitué à des sons conçus pour le dance­floor. Avec Self — Part I, il n’en est rien. Entre ses tex­tures gran­uleuses et son ambiance atmo­sphérique, ce long-format nous ferait volon­tiers décoller, avec au pas­sage quelques fris­sons. Née en Géorgie de par­ents réfugiés poli­tiques, la jeune femme a beau­coup voy­agé durant son enfance entre la Russie, la France ou les Etats-Unis. La perte de repères, c’est bien ce que Self nous impose : “L’al­bum incar­ne l’his­toire de ma dual­ité dans un con­texte iden­ti­taire, soit l’idée que chaque per­son­ne pos­sède dif­férentes couch­es plus ou moins pro­fondes qu’elle dis­simule sous la sur­face.” Conçu en 48 heures dans son stu­dio, ce bijou cache quelques frag­ments du passé, comme des dessins-animés sovié­tiques ou des enreg­istrements VHS intimes de sa famille. Impos­si­ble de savour­er cette pièce sans être atten­tif et con­cen­tré : il y a trop de couch­es à saisir. Pour ce qui est de la suite, Self — Part II sort le 12 juil­let prochain. Un mois pour digér­er la pre­mière par­tie.

Daymark — Phare [Colligence Records]

On avait déjà été séduits par “Reach­ing”, le titre intro­duc­tif de Phare, sor­ti en avril dernier. Une tech­no mélodique, presque religieuse, dont les pre­mières notes don­nent franche­ment l’im­pres­sion de pénétr­er dans un sanc­tu­aire. Sec­ond EP pour le duo de pro­duc­teurs de Day­mark, qui prou­ve une nou­velle fois son amour des influ­ences pop sur la tech­no. “Spir­it”, le sec­ond titre de Phare, en témoigne, avec ses voix loin­taines et ses tex­tures stel­laires. Deux ans après DAYMARK, son pre­mier EP, le duo nous livre un court-format plus tra­vail­lé. Tan­dis que les deux pre­miers titres  s’aven­turent sur des ter­rains plus min­i­mal­istes, les deux derniers se réc­on­cilient avec l’ex­ubérance et l’é­mo­tion des débuts. Une réus­site.

SHDW & Obscure Shape — Die Zunge Des Todes [From Another Mind]

La Langue de la mort. Telle est la ver­sion gal­li­cisée d’un titre en langue ger­manique aux con­so­nances dures et gut­turales — par­faite­ment adap­tées à ces qua­tre titres de SHDW & Obscure Shape. Le duo fon­da­teur de From Anoth­er Mind pro­pose une tech­no atmo­sphérique et brute, auréolée de nappes atmo­sphériques et soutenue par des ryth­miques impi­toy­ables. Les musiques son­nent comme les inti­t­ulés : “Mar­ques de mor­sure”; “Regard noir” ou encore “Pas d’échap­pa­toire”. Bonne chance.

Spaceandtime — Cabin Fever [Capsule]

5ème sor­tie pour Space­and­time. Ces spé­cial­istes d’une house cos­mique se sont cette fois alliés au pro­duc­teur cana­di­en Math­ew Jon­son, friand de tech­no futur­iste. La col­lab­o­ra­tion s’est faite de manière totale­ment spon­tanée : après s’être ren­con­trés en soirée, les trois pro­duc­teurs se sont ren­dus dans le stu­dio de Space­and­time sur les canaux d’Am­s­ter­dam, où ils ont joué, com­posé et pro­duit jusqu’au lever du jour. Ain­si est né Cab­in Fever, un court EP com­prenant un titre et deux remix­es. L’o­rig­i­nal est une embar­quée planante qui joue à nous faire retenir notre souf­fle, entre mon­tées et descentes savam­ment tra­vail­lées. Un tra­vail d’or­fèvre. Le remix de De Sluwe Vos & Sjam­soedin apporte quelques touch­es d’acid bien amenées, tan­dis que celui de Darko Ess­er revient vers une tech­no plus sèche qui s’é­tend vers la trance. Un chou­ette tra­vail d’équipe.

Jumo — Que des gens de passage [Nowadays Records]

Tout est éphémère. Clé­ment Lev­eau, alias Jumo, a décidé d’ex­plor­er cette idée avec Que des gens de pas­sage, son tout dernier EP au nom bien trou­vé. En trois titres, il explore cette thé­ma­tique : celle des regards qui se croisent dans la rue pour la pre­mière et la dernière fois. C’est sans sur­prise qu’une cer­taine mélan­col­ie transparaît donc dès “Par­fois”, le pre­mier morceau de cet opus. Epuré et pro­gres­sif, le court-format est savam­ment con­stru­it, s’achevant sur un titre pour faire danser à coup sûr, “Car­ré”, qui arrive en dernier pour clô­tur­er cette mon­tée en puis­sance. Alors on applau­dit, et on retourne sur le dance­floor.

The Toxic Avenger — Modular Session #2 [Enchanté Records]

La con­trainte crée la per­for­mance. Conçus en l’e­space de qua­tre jours, ne s’oc­troy­ant qu’une prise, com­posés unique­ment avec un ensem­ble hard­ware de syn­thé­tiseurs mod­u­laires, ces qua­tre nou­veaux titres sont le fruit des expéri­men­ta­tions et des impro­vi­sa­tions du pro­duc­teur français The Tox­ic Avenger. Le deux­ième volet des Mod­u­lar Ses­sions n’est donc pas dans la même veine que ses autres pro­duc­tions : on y trou­ve une musique élec­tron­ique min­i­mal­iste et expéri­men­tale, badi­geon­née de belles tex­tures. Un retour à l’essence même de sa musique, à la manière d’un com­bat­tant retour­nant au dojo pour tra­vailler ses katas, épaulé par Greg Kozo sen­sei.

Basile di Manski — Transworld [Pain Surprises Records]

Muta­tion auda­cieuse mais réussie. Lorsque Basile Di Man­s­ki débar­quait avec deux EPs en 2016, tout le monde n’avait qu’un mot à la bouche : “dandy”. Par­fait pour définir un élé­gant mous­tachu s’en­gouf­frant dans la trentaine avec une imagerie arty et psy­chédélique, dauphin-banane sur fond cos­mique en pochette. Par­fait égale­ment pour dépein­dre la pop à syn­thés déli­rante qui lui ser­vait de style musi­cal. Mais Basile a changé. Exit les bat­ter­ies lofi, les petites gui­tares glon­flées à la reverb, la voix de croon­er dés­in­volte. Transworld, son pre­mier long for­mat de douze titres, est défini­tive­ment un album de R’n’B pesé et pen­sé comme tel. Les ryth­miques sont déchaînées et syn­copées, repro­duisant régulière­ment des pat­terns trap, en se per­me­t­tant quelques touch­es d’o­rig­i­nal­ité et de folie. Car si les pro­duc­tions sont toutes extrême­ment chi­adées, on se rac­croche ici aux mélodies du chanteur, enrobées pour l’oc­ca­sion dans une coulée d’au­to­tune et de vocoders. Son tim­bre devenu vaporeux nous rap­pelle tan­tôt The Week­nd et le 808s And Hearth­breaks de Kanye West, tan­tôt les chan­sons plain­tive­ment décon­stru­ites du Japon­ais Joji, mais aus­si le mélan­col­ique sec­ond degré du cloud rap alle­mand et les tex­tures élec­tron­iques de Club Cheval. Un virage syn­thé­tique et très sym­pa­thique pour les ama­teurs de bon R’n’B made in France, avec quelques touch­es de jolis syn­thés.

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