Ariane Roy, Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy © Victor Diaz Lamich

Ces étoiles montantes de la scène québecoise aux Francos de Montréal

Tou­jours aus­si affriolantes et dédiées cette année à Karim Ouel­let, chanteur dis­paru il y a quelques mois à l’âge de 37 ans, les Fran­cos de Mon­tréal ont livré un panaché à la fois fédéra­teur et pointu entre affir­ma­tion de la musique urbaine, stars locales et belles décou­vertes. Tour d’hori­zon de l’ex­ci­tante nou­velle garde québecoise.

Ariane Roy, Lou-Adriane Cassidy et Thierry Larose

Tout en haut du “sen­sa­tionomètre”. Le trio a provo­qué une vraie défla­gra­tion lors de l’ul­time journée : cri­ant aus­si bien de com­plic­ité que de com­plé­men­tar­ité, armé de chan­sons con­stam­ment fréquenta­bles — foudroy­antes même pour cer­taines -, inten­sité folle et sans relâche. Cette réu­nion musi­cale placée sous le sceau de l’ami­tié (les deux jeunes filles ont d’ailleurs annon­cé, sur scène, se con­naître depuis l’âge de neuf ans) et du partage de réper­toire respec­tif avait comme une allure de déc­la­ra­tion d’in­ten­tion généra­tionnelle. Si on avait scel­lé un solide pacte il y a trois ans avec Lou-Adriane Cas­sidy, con­fir­mé par un embal­lant deux­ième album con­cis et orageux (Lou-Adriane Cas­sidy vous dit : Bon­soir), on vient incon­testable­ment de sign­er un autre accord de totale adhé­sion à l’é­gard d’Ar­i­ane Roy.

Elle aus­si, à mi-parcours de la tra­ver­sée de sa ving­taine. Elle aus­si québe­coise. Elle aus­si, tra­ver­sée par une élé­gance sauvage. Épatants et portés par des vents vari­ables, les morceaux de son pre­mier disque (medi­um plaisir) sont des petites pépites d’at­mo­sphères accrocheuses. Quant au dernier lar­ron, Thier­ry Larose, il offi­cie dans les soubasse­ments d’une pop lo-fi et nav­igue à belle hau­teur indie-rock. Mélodiste qu’on imag­ine déjà impa­ra­ble, la garçon vient de décrocher le prix Félix Leclerc. Et donc, par la même occa­sion, son tick­et l’été prochain pour les Fran­co­folies de la Rochelle.

Valence

Frus­tra­tion extrême que celle de ne pas avoir pu assis­ter à son con­cert solo, annulé en dernière minute pour cause de vio­lents orages. Parce que l’avant-veille du déluge, Valence fai­sait par­tie de l’équipage de La Tra­ver­sée (comme Ari­ane Roy mais aus­si Ter­ri­er et Ussar notam­ment), ren­con­tre croisée franco-canadienne à l’ini­tia­tive du dis­posi­tif d’ac­com­pa­g­ne­ment du Fair et de l’École nationale de la chan­son de Gran­by entre huit artistes issues des deux côtés de l’At­lan­tique. Et dif­fi­cile de résis­ter à sa présence hap­pante, son plaisir con­tagieux, sa voix légère­ment éthérée ain­si que sa sou­p­lesse de musi­cien. S’en con­va­in­cre défini­tive­ment avec l’é­coute de son album sor­ti il y a dix mois, le bien nom­mé Pêle-mêle, entre per­cée jubi­la­toire (“Amer­i­ca”, en boucle), non­cha­lance funky, nos­tal­gie lumineuse et groove irrésistible.

Fredz

Tu as vu ma tête et ma coupe au bol ? J’me suis fait ça en pen­sant que ça allait revenir à la mode, mais c’est jamais revenu…Putain”, ironise-il au sein de “Film”, l’un des excel­lents morceaux de son album Astro­naute. Ne pas se fier à ses faux-airs de Har­ry Pot­ter ver­sion québe­coise, ni sour­ciller parce qu’il a été repéré et signé par K. Maro. Fredz n’est pas vrai­ment dans la mou­vance à réclamer une “Femme like you” ou à met­tre des bourre-pifs dans les aéro­ports. Seule­ment âgé de vingt-ans, le jeune mon­tréalais rejoint le pelo­ton de tête de ceux qui roulent pour un rap disponible à accueil­lir la chan­son française et la pop.

Chez lui, un flow rétro et indo­lent, une alliance des beats et de la chaleur organique, une belle pré­ci­sion dans les textes intro­spec­tifs et générale­ment en phase avec les ressen­tis de la généra­tion Y. Fredz, pont man­quant entre Nefkeu et Les Louanges, se nour­rit de sa can­deur mais ne s’y noie jamais. Boule Noire parisi­enne rapi­de­ment comble sans pro­mo et vit­rine pro­fes­sion­nelle immi­nente à La Rochelle.

Et aussi…

Mary­line Leonard a 21 ans à peine mais une matu­rité déjà impres­sion­nante. Révélée par la ver­sion québe­coise de The Voice en 2017, elle taille ses chan­sons en leur injec­tant une pointe de soul ou de R&B, racon­te des amours con­trar­iées au féminin, sans mélo ni tré­mo­lo. Et reprend avec aplomb “Baby One More Time” de Brit­ney Spears. Si la pro­duc­tion peut encore être rehaussée d’un cran, on sent qu’elle en a sous la semelle. La remar­que vaut égale­ment pour Allô Fan­tôme et le fan­tasque Lumière (pro­tégé de Pierre Lapointe), tous deux hap­pés par la vision musi­cale débridée des années 70.

Meilleur moment : Le spec­ta­cle Le roy, La rose et Le lou℗, en l’oc­cur­rence Ari­ane Roy, Thier­ry Larose et Lou-Adriane Cas­sidy. Coups de cœur renou­velés aus­si pour Ari­ane Mof­fatt, Kori­ass et Hubert Lenoir.

Pire moment : Corneille. C’est bien beau de vouloir vivre “chaque jour comme le dernier” mais ça ne s’é­coute pas.

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