Crédit Photo : Nicolas Bresson

Cinq jolies choses à retenir de la Magnifique Society de Reims

Jeune fes­ti­val organ­isé dans le superbe Parc de Cham­pagne à Reims, la Mag­nifique Soci­ety a réaf­fir­mé ses fon­da­men­taux pour sa deux­ième édi­tion. Une pro­gram­ma­tion musi­cale sans œil­lères, faisant la part belle aux décou­vertes l’après-midi avant de laiss­er la place à des artistes plus fédéra­teurs en soirée. Le pub­lic – comme le soleil après des semaines com­plète­ment pour­ries – a répon­du présent avec près de 21 000 per­son­nes sur trois jours : une pro­gres­sion de plus de 60 % par rap­port à l’année dernière. De quoi sat­is­faire les organ­isa­teurs, La Car­ton­ner­ie et Césaré, qui avaient pris un risque en met­tant fin au bien instal­lé Elek­tric­i­ty pour con­duire ce nou­veau pro­jet. La con­nex­ion avec le Japon y était une nou­velle fois mise en avant avec un espace dédié aux artistes nip­pons, la “Tokyo Space Odd”. Un lieu où s’est notam­ment dis­tin­guée la chanteuse Wednes­day Cam­panel­la, accom­pa­g­née de ses bal­lons géants qui ont amusé le pub­lic rémois. Dans cet événe­ment “Mag­nifique”, on y a vu et enten­du plein de “jolies choses”. Pour en retenir cinq.

L’âme de Serge Gainsbourg

Avec les présences de Jane Birkin et Char­lotte Gains­bourg, dif­fi­cile de ne pas penser à l’immense Serge. Même Eti­enne Daho, qui a con­clu le fes­ti­val dimanche soir en enchaî­nant ses nom­breux tubes, y est allé de sa petite tirade. Et de repren­dre “Comme un boomerang”, morceau qu’il avait dépous­siéré en 2001 en duo avec Dany. Mais c’est Char­lotte qui la pre­mière avait invo­qué la mémoire pater­nelle en inter­pré­tant, après de nom­breux morceaux de son dernier et excel­lent album Rest, des inou­bli­ables : “Char­lotte for ever” puis “Lemon Incest”. La presta­tion de Jane Birkin fut encore plus chargée en émo­tion. Accom­pa­g­née d’un orchestre sym­phonique et d’un pianiste japon­ais en charge de tous les réarrange­ments, elle nous a boulever­sés par sa sim­plic­ité et sa gen­til­lesse. Classe, tout sim­ple­ment.

Crédit Pho­to : Nico­las Bres­son

Le hip‐hop est définitivement la nouvelle pop

Si le dimanche accueil­lait donc les stars de la chan­son française Eti­enne Daho et Jane Birkin, ain­si que la nou­velle sen­sa­tion Eddy de Pret­to, ce fut aus­si le seul jour à ne pas faire sold‐out. Force est de recon­naître que les deux artistes – bon, il y avait aus­si la chanteuse Jain – qui ont le plus fait se déplac­er les foules sont deux rappeurs. Orel­san le ven­dre­di, avec un gros show tour­nant essen­tielle­ment autour de son dernier album La fête est finie ain­si que quelques morceaux du précé­dent. Le pub­lic, un très dis­ci­pliné jusque‐là — il parait que c’est nor­mal à Reims — se lâchait enfin. Une belle com­mu­nion avec les fans, comme ce fut le cas le lende­main avec Lomepal, dans un reg­istre plus pop et chan­té. On s’amusait d’ailleurs de con­stater que leur pub­lic a, plus encore que les autres, cette fâcheuse ten­dance à filmer le con­cert plutôt que d’en prof­iter vrai­ment. Il faut bien que jeunesse se passe.

Crédit Pho­to : Nico­las Bres­son

Le rock n’est pas mort

Là où d’autres fes­ti­vals, qui ont pour­tant le rock dans leur ADN, se met­tent à boud­er le genre pour séduire un pub­lic jeune, la Mag­nifique Soci­ety se refuse à aban­don­ner les gui­tares ampli­fiées. Et c’est tant mieux.  On a notam­ment prof­ité du rock garage des japon­ais DYGL et du shoegaze/post‐punk de Sons of Raphael, pour un con­cert très court, 20 min­utes mon­tre en main. Une atti­tude punk ou un réper­toire pour l’instant lim­ité? On ne con­naitra pas le fin mot de l’histoire. Mais le grand moment rock’n’roll du fes­ti­val restera la per­for­mance des Sué­dois de The Hives. Un son brut qui tâche et donne envie de pogot­er – c’est d’ailleurs ce qui a fini par se pass­er. A la fin du show, le chanteur descend au milieu de la foule pour présen­ter les musi­ciens mais aus­si cer­taines per­son­nes du pub­lic. Cet instant sur­réal­iste a d’ailleurs don­né de gross­es frayeurs aux agents de sécu­rité qui n’étaient pas pré­parés à ça.

50 nuances de house music

Côté élec­tro, pas de tech­no cette année même si Vladimir Cauchemar a bien bas­ton­né dans un reg­istre mash‐up à flute un peu putassier. On ne vous par­lera pas non plus du show de Petit Bis­cuit au pays des bis­cuits ros­es -même si ça aurait fait un bon titre. La house en revanche était bien représen­tée, dans toute sa diver­sité. En mode nou­velle généra­tion avec le live sym­pa­thique de Bicep qui, pro­gram­mé en même temps qu’Etienne Daho, avait attiré tout le jeune pub­lic… En mode old‐school avec le House Gospel Choir reprenant des clas­siques – Ultra Naté, Mas­ters At Work, Crys­tal Waters – ou le français Kid­dy Smile, lui aus­si en mode nos­tal­gique et danse vogu­ing… En mode car­ré­ment dis­co avec l’excellent set de Motor City Drum Ensem­ble. Mais la sen­sa­tion est venue du duo Faka, deux trav­es­tis sud‐africains pro­posant une house à la fois expéri­men­tale et décom­plexée, som­bre et sexy. Une per­for­mance faisant référence à la cul­ture LGBT, au son orig­i­nal de Chica­go, à l’Afrique et au punk. Une belle décou­verte.

Crédit Pho­to : Nico­las Bres­son

C’est où l’after ?

Le fes­ti­val se ter­mi­nant vers 01h00, on n’avait pas for­cé­ment envie d’aller se couch­er tout de suite. Pour l’instant, aucun after offi­ciel n’est pro­posé pour un pub­lic chauf­fé à blanc, cette année par Vladimir Cauchemar ou MCDE. On a posé la ques­tion à Cédric Chem­inaud, directeur de la Car­ton­ner­ie, la SMAC de Reims à l’origine de la Mag­nifique Soci­ety avec Césaré — cen­tre nation­al de créa­tion musi­cale. Il nous indique que “c’est en cours de réflex­ion pour les années à venir. Même si cela reste com­pliqué de les organ­is­er à la Car­ton­ner­ie pour des ques­tions de jauge et de logis­tique”. Du coup, on s’est ren­du au Wave : un petit club qui a ouvert il y a un mois et demi à peine, le seul endroit rémois totale­ment dédié à la tech­no. On y a siroté un peu de cham­pagne – nor­mal à Reims – sur fond de hardtek/hardcore, ce qui créait un mag­nifique décalage. On a kif­fé le lieu, alors on voulait en par­ler un peu… Voilà qui est fait.

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