©Pierre-Ange Carlotti

Dans son premier album, Bonnie Banane parle vrai autant qu’elle joue avec talent

Après trois EPs et des fea­tur­ings remar­qués avec Flavien Berg­er, Myth Syz­er ou Jazzy Bazz, Anaïs Thomas alias Bon­nie Banane livre aujour­d’hui son pre­mier album, Sexy Plan­et.

Chronique issue du Tsu­gi 135, tou­jours disponible en kiosque et à la com­mande en ligne.

Bon­nie Banane par­le vrai autant qu’elle aime jouer. C’est ce sub­til bal­ance­ment entre des mots lourds de sens et des textes gorgés d’humour qui fait que l’on embar­que sans se faire prier pour la Sexy Plan­et. Dans ce pre­mier album qu’on attendait de pied ferme, Bon­nie Banane se prend pour la planète Terre, « par respect pour l’univers », une Gaïa qui porte en elle le pou­voir d’avancer cartes en main dans sa vie d’artiste et de femme, avec les sym­bol­es, les idées, un cer­tain sixième sens.

Bonnie Banane

Art­work

Depuis son sin­gle « Mus­cles », pro­duit avec Wal­ter Mec­ca en 2012, elle nous a con­va­in­cus de sa force d’impact et de sa sen­si­bilité toute particulière, en mul­ti­pli­ant les col­lab­o­ra­tions, avec par exem­ple Myth Syz­er (« Le Code »), Flavien Berg­er (l’incroyable « Contre-Temps »), Jazzy Bazz (« Stalk­er »)… Aujourd’hui encore, elle s’est entourée de pro­duc­teurs de choix (Para One, Var­nish La Piscine, Louben­sky, Monomite…) pour déployer son pro­jet solo, où elle se dévoile un peu plus : incor­ri­gi­ble, exposant sa vision du R&B « de genre » et à la française, drôle, voire régressive, comme sur « La Lune & le soleil », titre funky à souhait. Affirmée aus­si, ne serait-ce que par sa voix à la tes­si­ture si recon­naiss­able, qui chante les nuances de ses pas­sions et sa sci­ence des rela­tions, ou par sa façon de se met­tre en scène – le dernier clip de « Flash », tourné en haut de la Tour Eif­fel et réalisé par Mati Diop per­met d’ailleurs par­faite­ment de s’en ren­dre compte. Autodérisoire encore, fan­tasque même dans la plu­part des qua­torze titres de l’album, par­fois mal­adroite (« Mau­vaise foi »), mais aus­si engagée, comme lorsqu’elle évoque le con­sen­te­ment (« Lim­ites ») ou l’effondrement de notre monde malade (l’émouvant « Deuil »). Inspi­rante, en fait.

Et c’est parce que Bon­nie Banane assume et théâtralise toutes ces facettes d’elle-même sur un socle d’optimisme qu’elle est la par­faite incar­na­tion de la femme puis­sante et sexy d’aujourd’hui. Direc­tion le monde nouveau.



Chronique issue du Tsugi 135, toujours disponible en kiosque et à la commande en ligne.

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