©Ivan Le Pays

Liberté de création totale et solitude : S8JFOU marche dans les pas d’Aphex Twin

Le mys­térieux Nan­tais caché der­rière l’alias S8JFOU (lisez “suis-je fou”), livre aujour­d’hui son sec­ond album, Cynism, entre IDM et ambient.

Chronique issue du Tsu­gi 135, tou­jours disponible en kiosque et à la com­mande en ligne.

La réalité n’est pas faite pour S8JFOU. Le jeune artiste nan­tais a tou­jours évolué à part, dans une démarche résolument DIY. Après avoir créé des squats ou passé 44 jours à vivre sans dépenser un seul cen­time, il a fini par réaliser ce qui était le titre de son pre­mier album, CONSTR8RE MA MAISON, sor­ti fin 2016. Après avoir acheté un ter­rain dans les Pyrénées, il y a bâti, seul, une maison/studio, avec comme pro­jet de s’y enfer­mer chaque hiv­er pour com­pos­er. On aura donc droit chaque année, a pri­ori, à un nou­veau disque. Voilà un pro­jet que la Covid-19 n’impactera pas.

S8JFOU

Art­work

Cette démarche d’autarcie créatrice se ressent évidemment dans ses dis­ques : les con­struc­tions sont min­i­mal­istes, avec quelque chose de ludique et expérimental dans la manière de faire évoluer les boucles des morceaux. Sans être un caméléon pour autant, ce côté touche‑à-tout lui per­met de renou­vel­er le lan­gage de ses dis­ques. Tout en restant sur une base électronica, en lorgnant par­fois l’ambient, les tex­tures évoluent de disque en disque, le sax­o­phone de son précédent album lais­sant la place à la trompette, bien qu’il ne maîtrise aucun des deux instru­ments. Peu importe, S8JFOU revendique une lib­erté de création totale, qui passe par la soli­tude et le dénuement, loin de tout regard extérieur. Le titre de son disque ne se réfère jamais à une atti­tude ironique et désabusée, mais bien à l’école philosophique grecque des cyniques, celle de Diogène, qui vivait dans un ton­neau (si, si). Notre ermite tech­no revendique l’idée fon­da­men­tale de cette école : l’accès à la sagesse se fait par l’autosuffisance, le rejet des con­ven­tions et surtout l’humilité.

Ain­si, S8JFOU nous pro­pose un disque sim­ple en apparence, où transparais­sent sa paix intérieure et le plaisir de l’enfance retrouvée. Mais aus­si, mal­gré tout, une pro­fonde mélancolie. Comme si, débarrassé de notre réalité, il con­tin­u­ait de l’observer avec tristesse. À moins qu’il ait tout sim­ple­ment emporté son spleen avec lui dans les montagnes.



Chronique issue du Tsugi 135, toujours disponible en kiosque et à la commande en ligne.

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