© Farah Diod

Décès de Alain Maneval, le plus punk des animateurs radio et télé

Après un par­cours médi­a­tique incroy­able­ment riche, Alain Maneval est décédé à l’âge de 69 ans des suites d’un can­cer des os. Par ses goûts, son atti­tude et son phrasé, il avait bous­culé les méth­odes d’animation à la radio et à la télévi­sion. En y amenant une dose de punk.

Il a lais­sé une mar­que. Par son énergie frisant l’hystérie, Alain Maneval s’est imposé comme une de ces fig­ures médi­a­tiques qui fasci­nent ceux qui l’ont con­nus. On le célébrait encore dans le numéro 147 de Tsu­gi, par­mi les « dix légen­des du micro » au sein d’un dossier con­sacré à la radio. Né à Saint-Étienne, il quitte dès 17 ans le domi­cile famil­ial pour Paris, puis Lon­dres. Là, il vit avec le cinéaste Derek Jar­man, et décou­vre le méti­er d’attaché de presse. Il con­tin­ue de l’exercer en France, pour Iggy Pop, Lou Reed, les Heart­break­ers, ou des groupes français comme Starshoot­er. On est alors en pleine fièvre punk. En par­al­lèle, Maneval fait ses armes dans les radios libres : Cité Future, Car­bone 14, Radio Belle­vue ou encore Gilda.

Avec cette énergie punk et sa soif lib­er­taire, il arrive en 1978 chez Europe 1, où il ani­me son émis­sion Po-Go (pour « petites ondes, grandes ondes »). L’animateur s’y mon­tre aus­si furieux que sa musique, avec son tim­bre et phrasé déjà uniques. L’aventure est pour­tant de courte durée. Dès mars 1978, il est témoin du naufrage de l’Amoco Cadiz en Bre­tagne, respon­s­able d’une des plus grandes marées noires de l’histoire. Dès l’émission suiv­ante, il hurle au boy­cott de Shell, pro­prié­taire de ce pét­role… mais égale­ment grand spon­sor de la radio. Maneval est immé­di­ate­ment sus­pendu, et ne fera son retour en radio que trois ans plus tard.

Qu’importe : il se recon­ver­tit comme ani­ma­teur télé. Après plusieurs essais, on le retrou­ve de 1982 à 1984 à l’animation de Mega­hertz, sur TF1 (avant sa pri­vati­sa­tion). Avec son look dandy futur­iste, il y présente les plus grands groupes punk de l’époque. Il repren­dra le même con­cept, mais cette fois accom­pa­g­né d’un con­cert et en direct, dans l’émission Tam-Tam entre 1984 et 1986. Celle-ci se déroule sur TV6, éphémère chaîne de télévi­sion par­mi les pre­mières à se posi­tion­ner sur un créneau jeune dont on retrou­ve l’his­toire extrav­a­gante dans notre nou­veau numéro. En par­al­lèle, on le retrou­ve égale­ment dès 1982 comme présen­ta­teur de la pre­mière soirée con­sacrée au hip-hop en France, “New York City Rap”.

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Suite à la fer­me­ture de TV6, il quitte la France pour le Maroc, où il restera plus de dix ans. Il par­ticipe au lance­ment d’une chaîne du pays, 2M, mais par­ticipe égale­ment aux débuts d’Arte, offi­ciant comme directeur des pro­grammes de 1993 à 1995. Durant les années 2000, il con­tin­ue son méti­er de passeur musi­cal, à tra­vers de nom­breux doc­u­men­taires pour la télévi­sion. En 2013, il réalise égale­ment “Vivre En Posi­tif”, un doc­u­men­taire sur le SIDA où Maneval évoque sa pro­pre séropositivité.

Son retour à Paris en 2009 se fait sur France Inter. « Je reprends con­science de mon corps, j’ai ­arrêté de fumer et de boire pour France Inter » raconte-t-il alors à Téléra­ma. « Je ne suis plus une “fash­ion vic­tim” habil­lée par Jean-Paul Gaulti­er avec une tresse bleue. J’en­grange des chan­sons, j’é­jac­ule des mots pour cacher mes maux. J’es­saie surtout de ne jamais rater les adieux. » Avant de faire les siens. Et en atten­dant d’enfin voir arriv­er son suc­cesseur (en par­ti­c­uli­er à la télé), peut-être peut-on garder en mémoire une phrase tatouée en berbère sur son bras : « Souviens-toi du futur ».

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