crédit : Ollie Trenchard

Dreamland, de Glass Animals : le rêve, l’enfance et les doutes

On les avait quit­tés avec How to Be a Human Being en 2016. Glass Ani­mals est de retour avec Dream­land, leur 3ème album plus étof­fé que jamais, où les sonorités hip-hop et RnB s’a­joutent à l’in­sou­ciance de leur pop. Un album qui évoque le rêve, l’en­fance, et les grands moments de doute de la vie de Dave Bay­ley, chanteur et leader du groupe. 

Glass Animals

art­work de l’al­bum

À l’évo­ca­tion de Dream­land, Dave Bay­ley ne cache pas sa nos­tal­gie : « Lorsque j’avais huit ans, j’avais une enseignante qui me dis­ait tou­jours : « Réveille-toi, tu rêves encore, Allons ! ». Aujour­d’hui encore, je rêve con­stam­ment et cette image est tou­jours ancrée en moi, surtout lorsque j’écrivais l’al­bum. Je rêvas­sais beau­coup et ressas­sais ses mots dans ma tête durant tout le proces­sus ».

Si Dave Bay­ley (chant / gui­tare), Drew Mac­far­lane (gui­tare / claviers), Edmund Irwin-Singer (basse) et Joe Sea­ward (bat­terie) sont d’in­lass­ables rêveurs, leur troisième album n’en reste pas moins mature. Déjà, sur ZABA (2014), les jeunes d’Ox­ford avaient sur­pris par leur audace, une pop fraîche et nova­trice emprun­tée à leurs aînés de la scène pop / indé bri­tan­nique. Citons Alt‑J. Pour­tant, ils jugent ZABA trop timide, « trop réfléchi » disent-ils aux Inrocks. Der­rière, leur expéri­ence de la scène (Glas­ton­bury Coachel­la, Lol­la­palooza) ren­dra How to Be a Human Being davan­tage con­stru­it, tout en gar­dant une part d’in­sou­ciance.

Une cara­pace enfin per­cée. Sur Dream­land, le ton est rapi­de­ment don­né. À leur pop psy­chée s’a­joutent des sonorités hip-hop déjà croisées sur How to Be a Human Being, mais aus­si des touch­es néo-RnB directe­ment osées en début de LP, sur le futur banger « Tan­ger­ine », puis sur l’envoutant et sexy « Hot Sug­ar ». Des influ­ences enrac­inées en Dave : « J’ai gran­di en par­tie au Texas en écoutant du hip-hop. Dans ma ville, il n’y avait que deux sta­tions de radio qui dif­fu­saient soit de la coun­try, soit du rap… J’ai choisi Dr. Dre et Eminem (rires) ». Caché au fond du sac, son hip-hop sem­ble enfin s’af­firmer au fil de la lec­ture de Dream­land, avec « Tokyo Drift­ing » — point cul­mi­nant -  en feat avec Den­zel Cur­ry. Cette vibe apportée par l’au­teur de  « Ulti­mate » a en par­tie révélé donne aus­si de la longueur et du culot à l’al­bum. Un style que Dave a pour­tant eu du mal à man­i­fester plus jeune : « Je me sen­tais comme un petit kid blanc d’Amérique, donc je n’é­tais pas à l’aise avec ça. J’avais besoin de plus de con­fi­ance en moi pour pro­duire ce genre de musique ».

Dans ma ville, il n’y avait que deux sta­tions de radio qui dif­fu­saient soit de la coun­try, soit du rap… J’ai choisi Dr. Dre et Eminem”

 

Glass Animals

crédit : Pooneh Ghana

Si le virage hip-hop sem­ble aus­si net, c’est peut-être aus­si parce qu’un mal­heureux acci­dent est venu entach­er la pro­duc­tion de Dream­land. Le 9 juil­let 2018, Joe Sea­ward, bat­teur du groupe, est ren­ver­sé par un camion en plein Dublin. Il s’en sor­ti­ra avec plusieurs frac­tures au crâne. Les trois amis annuleront tous leurs con­certs jusqu’à la fin de l’an­née, et par la même occa­sion, devront se pass­er de lui pour la pro­duc­tion de l’al­bum : « L’idée de l’album est venue pen­dant des moments de chaos et de doute. Mon meilleur ami se trou­vait à l’hôpital et je ne savais pas s’il allait s’en sor­tir. L’avenir me parais­sait assez som­bre et totale­ment incer­tain. J’ai éprou­vé énor­mé­ment de mal à penser au futur, mais mal­gré tout, lorsque nous fai­sions l’al­bum, il se remet­tait et nous envoy­ait ses encour­age­ments et ses bonnes vibes ». Un album con­stru­it dans la douleur donc, mais les trois com­pars­es ont de la ressource. Hip-hop et ver­sants RnB explorés, l’auto-tune s’in­vite aus­si sur le pro­jet avec le track « Mel­on And The Coconut ». Tout comme les relents syn­th­pop de « It’s All So Incred­i­bly Loud ». Le groupe n’ou­blie pour­tant pas ce qui a fait son sel : sa pop punchy que l’on retrou­ve par exem­ple sur « Water­falls Com­ing Out Your Mouth ».

 

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Évidem­ment touché comme beau­coup d’artistes par la crise san­i­taire, les qua­tre amis n’ont pu, et ne pour­ront pas jouer de sitôt (à pri­ori) les tracks de Dream­land sur scène. Un rêve con­finé pour Dave qui trou­ve néan­moins d’autres moyens de s’oc­cu­per : « Nous devions jouer l’al­bum en live dans plusieurs salles, comme à Red Rock (Col­orado) mais nous avons dû nous retir­er. Pour pal­li­er à l’an­nu­la­tion des tournées, on essaie de trou­ver d’autres façons de faire de la musique et de pro­duire ». Dave a fait le clip de Dream­land seul chez lui durant le con­fine­ment, péri­ode qu’ils ont mise à prof­it avec leur Quar­an­tine Cov­ers, des repris­es de Nir­vana, Lana Del Rey, Bill Whiters ou Drake partagées sur la toile. Une réus­site. Selon Dave, Inter­net a été un moteur pour garder le moral : « C’est ain­si que je passe mon temps : j’es­saye de trou­ver un moyen de rem­plac­er nos dates tout en con­tin­u­ant d’in­ter­a­gir avec notre pub­lic. Nous avons beau­coup pro­duit grâce à Inter­net où nos fans peu­vent aller en ligne et télécharg­er des sons. Nous essayons en quelque sorte de recréer cer­taines vibes que nous aimons dans la musique live à tra­vers l’écran bien que ce soit déli­cat ». Pour la suite, Dave Bay­ley et sa bande ne sem­blent pas vouloir rester les bras croisés : « Nous sommes en train de tra­vailler sur la réal­i­sa­tion d’un con­cert en stream­ing. Nous essayons de tir­er au max­i­mum prof­it que ce qu’in­ter­net peut nous offrir, je ne sais pas si ça fonc­tion­nera, mais en tout cas, ce sera vrai­ment cool ! Avec un peu de chance, on pour­ra se pro­duire en décem­bre prochain. Nous avons déjà quelques pos­si­bil­ités ». Dream­land nous fera patien­ter d’i­ci là. 

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