Erratum : les débordements de Jackmaster au festival Love Saves The Day étaient bien plus graves qu’une histoire de bouilloire

On y a cru, on s’est fait avoir, aus­si peut-être car c’é­tait l’ex­pli­ca­tion la plus potache : quand Jack­mas­ter a posté un long mes­sage d’ex­cus­es suite à son “com­porte­ment inac­cept­able” au fes­ti­val Love Saves The Day à Bris­tol en mai, et qu’une bonne par­tie des com­men­taires évo­quaient en se mar­rant le DJ en pleine mon­tée en train de défé­quer dans une bouil­loire, pho­to cul-nu à l’ap­pui, on y a cru. Tout en rel­e­vant tout de même du coin de l’oeil une théorie bien plus grave d’un com­men­ta­teur : Jack­mas­ter aurait agressé sex­uelle­ment une bénév­ole. Sans preuve, sans réponse de la part du fes­ti­val ni de l’artiste, qui ne ren­trait pas dans les détails dans son mes­sage, impos­si­ble de porter ce genre d’ac­cu­sa­tion — tan­dis que bon, à part à Tefal, cette his­toire de bouil­loire ne fai­sait de mal à per­son­ne. Et pour­tant… Dans un long mes­sage trans­mis à Res­i­dent Advi­sor, aux côtés de témoignage d’une bénév­ole anonyme et de l’équipe du fes­ti­val, il explique : “Il n’y a pas de quoi rire de cette sit­u­a­tion, et je n’ai pas écrit mon post pour me présen­ter sous un jour posi­tif, loin de là. Mon com­porte­ment était grossier, sans scrupule et inap­pro­prié auprès de nom­breux mem­bres du staff au fes­ti­val — hommes et femmes — pen­dant un black-out lié à la drogue dans lequel je suis tombé après ma per­for­mance et avoir bu une sub­stance appelé GHB. Le GHB, et sa vari­ante le GBL, est une drogue avec laque­lle j’ai des prob­lèmes depuis quelques temps, et j’ai rechuté le same­di soir de Love Saves The Day : plutôt que de pren­dre ce qui pour­rait être con­sid­éré comme une dose “nor­male” de GHB, j’ai été vu en boire directe­ment à la bouteille. Pen­dant le black-out qui a suivi, j’ai essayé d’embrasser et d’empoigner des per­son­nes con­tre leur gré. Je suis vrai­ment dégoûté et hon­teux de mon com­porte­ment, et ne souhaite pas utilis­er mes abus de drogues comme une excuse de mes actions. Ce genre de com­porte­ment ne doit pas être toléré”. Il avoue ensuite avoir con­sid­éré se dénon­cer à la police, avant de se met­tre d’ac­cord avec le fes­ti­val pour s’ex­cuser publique­ment et ain­si espér­er ne pas voir ce genre d’ac­tions se répéter. “Rétro­spec­tive­ment, mon mes­sage d’ex­cus­es était trop ambigu”, poursuit-il, regret­tant les nom­breuses plaisan­ter­ies qu’il a généré. Il con­clut : “par respect pour les per­son­nes impliquées, je ne retourn­erai pas jouer à Bris­tol cette année. J’e­spère être de retour l’an­née prochaine”.

De son côté, la bénév­ole souhai­tant rester anonyme explique que suite aux événe­ments de ce same­di soir de mai, Jack­mas­ter a ren­con­tré les équipes du fes­ti­val, dont cer­taines per­son­nes qu’il a agressées ce soir-là. “La réu­nion était intense”, se souvient-elle. “J’avais peur de le revoir, même s’il m’avait con­tac­tée avant ce face-à-face pour s’ex­cuser. Avant même que nous com­men­cions cette réu­nion, il a dit qu’il ferait tout le néces­saire pour que nous nous sen­tions mieux. Si nous avions voulu qu’il se rende à la police immé­di­ate­ment, il l’au­rait fait. J’ai pu voir et sen­tir qu’il était com­plète­ment sincère dans ce qu’il dis­ait. Il a dit qu’il était dégoûté par son pro­pre com­porte­ment, et que ces événe­ments ont été un catal­y­seur pour lui, le pous­sant à opér­er de vrais change­ments dans sa vie. A la fin de la réu­nion, Jack et nous étions tous d’ac­cord pour dire que des excus­es publiques pour­raient aider à empêch­er que ce genre de com­porte­ment se repro­duise à nou­veau dans cette indus­trie, et encour­ager les gens à inter­venir plus rapi­de­ment s’ils en sont témoins”. 

Entre fes­ti­va­liers ou en back­stage, les prob­lèmes de har­cèle­ments et agres­sions sex­uelles en fes­ti­val sont légion. L’été dernier, le nom­bre de plaintes pour vio­lences sex­uelles dans ces con­textes, pour­tant sen­sés être fes­tifs et bon enfant, était effrayant. En Suède, une plainte pour viol et qua­tre pour agres­sion sex­uelle ont été déposées lors du fes­ti­val Swe­den Rock. Le même été, tou­jours en Suède, qua­tre plaintes pour viol et vingt-trois pour agres­sion (!!!) étaient enreg­istrées au Brå­val­la, dont l’édi­tion 2018 a de fac­to été annulée. Le prob­lème n’est évidem­ment pas unique­ment sué­dois : plus de plaintes y sont enreg­istrées car la déf­i­ni­tion de l’a­gres­sion sex­uelle y est plus large que dans la loi française, le dépôt de plainte y est plus sys­té­ma­tique et les sujets du viol, de l’a­gres­sion sex­uelle et du har­cèle­ment y sont plus libre­ment dis­cutés, ce qui explique les chiffres tris­te­ment impres­sion­nants de nos voisins nordiques. Mais le prob­lème ne s’ar­rête pas à la fron­tière. Voir un DJ de la pop­u­lar­ité de Jack­mas­ter avouer son com­porte­ment, sans se chercher d’ex­cus­es (tout en évo­quant ce fléau qu’est le GHB/GBL) et appel­er à la fin de ce genre de com­porte­ment, pour­rait peut-être aider à faire chang­er les choses. Et tant pis si cette his­toire de bouil­loire fai­sait un peu plus sourire.

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