©Juliette Abitbol

🥊 Fight Club : le nouvel album de Polo & Pan, pour ou contre ?

par Tsugi

Un album, deux avis. Aujour­d’hui sur le ring, le nou­v­el album du duo Polo & Pan, Cyclo­rama. Fight !

Arti­cle issu du Tsu­gi 141 : 18 ans d’Ed Banger, en kiosque et en ligne.

Ces con­fine­ments suc­ces­sifs vous ont-ils changé? C’est la ques­tion récur­rente que l’on retrou­ve dans ces pages. Et si on se l’appliquait à nous-mêmes ? Il est cer­tain que sans la péri­ode grisée que l’on vient de tra­vers­er, au milieu de nos villes désertées par les effluves de fêtes et les effu­sions de foule en délire, nous auri­ons sans doute eu un regard beau­coup plus acéré sur ces, sou­vent très naïves, chan­sons de l’innocence retrou­vée qui con­stituent le menu du sec­ond album de ce duo parisien. Il aurait été facile de sor­tir le bazooka pour dézinguer ici un sin­gle à l’allure de BO pour pub de déodor­ant («Ani Kuni »), là un rap-disco à l’eau («Tun­nel »), ou là encore l’orient de carte postale («Oasis ») sans oubli­er la reprise, flû­ti­au com­pris, de la musique du film Le Grand Blond avec une chaus­sure noire signée par le désor­mais culte Vladimir Cos­ma. Eh bien non. On a encais­sé sans frémir. C’est donc avec une grosse banane, irradiés d’ondes pos­i­tives, que l’on a tra­ver­sé l’écoute de ce Cyclo­rama. Avec l’impression de se retrou­ver un peu béat, comme lorsque l’on redé­cou­vre à la télé un vieil épisode de Bob l’Éponge ou de T’Choupi. Mais ce n’est pas un hasard si depuis son pre­mier album Car­avelle (2017), le tan­dem Paul Armand Delille (Polo) et Alexan­dre Gryn­sz­pan (Pan) n’a cessé de rem­plir des salles de plus en plus grandes et de plus en plus com­plètes, jusqu’au légendaire fes­ti­val cal­i­fornien Coachel­la. Quoi de plus ras­sur­ant, dans une époque agitée, promise même à la destruc­tion cli­ma­tique, que de se plonger dans ces com­po­si­tions garanties sans prise de tête, qui mélan­gent exo­tisme, pro­duc­tion dis­co, mélodies tirées en direct de la var­iété française 70s et easy-listening sous MDMA? D’où l’incontestable effet « feel good». Avec une légère crainte sur la durée de péremp­tion. Est-elle supérieure à celle du vac­cin con­tre la Covid-19? Pas grave, on n’aura rien con­tre une piqûre de rappel.

Patrice Bar­dot

 

Comme l’affirmait en son temps d’un air grave l’illustre Roger Gic­quel: «La France a peur. Je crois qu’on peut le dire aus­si net­te­ment. Oui, la France a peur et nous avons peur, et c’est un sen­ti­ment qu’il faut dĂ©jĂ  que nous com­bat­tions.» Peur du virus, peur des vari­ants, peur de l’autre, besoin de rĂ©con­fort, de ten­dresse, de plats rĂ©gres­sifs… Mais tout ceci n’excuse en rien que l’on se trans­forme en bisounours, en Fluff sur pattes ou en adepte de la câlinothĂ©rapie. Car oui, la France souf­fre. Elle souf­fre aus­si d’avoir suc­com­bĂ© au cĂ´tĂ© doudou de la musique Ă©lec­tron­ique, Ă  la «deep foresta­tion» des for­mats, aux mĂ©lodies gen­til­lettes et, affirmons-le, Ă  la niais­erie arborĂ©e avec fiertĂ©. Assez de couch­ers de soleil, d’épaule con­tre Ă©paule et de bais­ers volĂ©s en se regar­dant avec l’œil torve de l’ovin qui vient de naĂ®tre. On n’est pas dans La Boum 2 que dia­ble. Soyons hon­nĂŞtes, nous n’avons rien con­tre Polo & Pan, qui pro­duisent sans doute aucun leur musique avec hon­nĂŞtetĂ©, sans cal­cul – le remix de leur «Gengis » par Red Axes en 2019 avait trou­vĂ© Ă  de nom­breuses repris­es le chemin de nos enceintes. Mais voilĂ , cĂ©lĂ©br­er comme ici « l’esprit » des annĂ©es 1970, sa lĂ©gèretĂ©, ses dessins ani­mĂ©s, ses mĂ©lodies cul-cul ou son dis­co light passĂ© Ă  la moulinette de la bĂ©at­i­tude, n’a jamais fait par­tie de nos fan­tasmes. C’est oubli­er un peu vite les pulls en lycra et la couleur orange mise Ă  toutes les sauces. Alors oui, Cyclo­rama est joli, on y retrou­ve de vieilles lunes comme Pierre Richard, le fan­tĂ´me de l’immense François de Roubaix (et un titre rĂ©us­si en la per­son­ne de «Tun­nel », avec Chan­nel Tres aux vocaux), mais se fad­er qua­torze titres d’une pop easy-listening dĂ©lavĂ©e nous rĂ©jouit autant qu’un plat de navets bouil­lis. On dit tou­jours que si on n’aime pas quelque chose, il ne faut pas en dĂ©goĂ»ter les autres. Ă€ en croire le suc­cès de Polo & Pan, les autres vont aimer. Grand bien leur fasse.

Benoît Car­reti­er

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